La Nouvelle Tribune

Le G20: Un sommet rouge comme un coquelicot

Espace membre


Une portion congrue pour un système financier malade de ses propres dérives

Les dirigeants des pays industrialisés et des économies émergentes du G20 se réunissent le 15 novembre à Washington pour tenter de trouver une réponse à la crise financière et monétaire et de parer au risque grandissant de récession internationale. Ce sera un sommet rouge comme un coquelicot, rouge de confusion et de timidité. Et non pas parce que la Chine y sera présente – tant mieux d’ailleurs - ; mais parce que la nouvelle star des Chefs d’Etats, Barack Obama ne sera pas de la partie.
{mosgoogle}
Certes, mais aussi tout ceux qui ont fait entendre leur voix pour que la voix des sans voix puisse être entendue à cet sommet - assez particulier – n’y seront pas non plus. Exit, Yayi Boni, Sassou N’guesso et autres. Ils n’ont pas été conviés à Washington – qui aura des allures plus que "Yalta" ce jour-là. C’est dire que l’utopie n’aura pas droit de cité au sommet. Dommage ! On y pensera sérieusement et résolument - entre gens de la haute appétence capitalistique – finance et monnaie. Pas la petite finance, la très haute, la sévère, la sauvage. D’où, l’idée de ne pas se distraire, ni s’embarrasser de pauvres gens qui n’arrivent même pas à boucler leur budget et qui n’ont cesse que de crier aide ; aide à ceci, aide à cela, aide au développement, aide au budget – tiens ! - ….
 

En attendant les grandes ambitions 
Le temps n’est plus aux petites ambitions, donc – il ne faut plus s’en contenter d’ailleurs -, et ce faisant, Barack Obama qui a su avant tout le monde flairé cela n’a pas fini d’étonner le monde. Il ne veut pas donner écho ni prêter – à l’instar de Sarkozy - son aura et sa prestance à des signaux confus et des programmes qu'on pourrait lancer et qui changeraient en très peu de temps, parce que discriminatoires et formatés, parce qu’il sait lui que l’économie réelle – qui a besoin de captiver la majorité des investissements pour pouvoir produire davantage de ressources, des emplois et préserver les équilibres environnementaux et écologiques - tiens bon.  

Les raisons - d’éviter aux USA une voix dyarchique à cet sommet - avancées par le tout nouveau Président élu des USA Barack Obama pour reléguer l’idée offusquante de sa non-participation au G20 paraissent alambiquées et suspectes, à plus d’une raison. Car l'une des interrogations suscitées par l'élection de M. Obama porte, comme tout le monde le sait, sur un nouveau plan – une de ses promesses électorales - pour stimuler l'économie américaine, après le plan mis en oeuvre par l’Administration Bush/Paulson. Aussi, on voit mal comment Barack Obama pourrait ne pas répondre aux questionnements et interrogations de ses pairs aux prises aux violents et dévastateurs effets de cette crise, sans dévoiler les substances de son plan de relance. Tant ses différences de vue et d’approches - avec les Bush et autres Sarkozy – sur les mesures de sortir de la crise financière et de relance de l’économie américaine et l’assainissement de l’économie mondiale sont flagrantes. Et, les préoccupations et contraintes exprimées pour décliner l’offre de participation au G20 d’Obama paraissent purement « diplomatiques » et stratégiques. Ainsi, invité au banquet des Rois, le tout nouveau "Roi des Rois" a préféré la politique des coquelicots et de la chaise vide. On ne saurait le condamner pour autant car ce qui sera pensé – au sommet du 15 novembre prochain – dans la précipitation et dans la discrimination – sans base législative interne propre à chaque pays, comparée et harmonisée avant d’être unifiée – pourra être modifié ou remis en cause s’il ne peut qu’apporter des résultats négatifs, fumants et nauséabonds. Obama n’a jamais entendu signer un chèque en blanc à George Bush ni endosser ses turpitudes. Et c’est finalement bien qu’il n’assiste pas à la réunion de Washington, car il convient de mieux mûrir les réflexions en ces temps durs et confus que de se noyer dans des bains médiatiques.


Les parents pauvres de la mondialisation
L’Afrique quant à elle ne sera pas totalement absente, elle s’offre une timide perceptibilité via l’Afrique du sud. Une Afrique du sud "Reine" d'Afrique certes, mais très loin de connaître les réalités économiques, financières et sociales que vivent les autres Etats subsahariens et les Etats du Maghreb, ses parents pauvres.

Agrégeons que cette crise est purement financière et que l’Afrique du sud est assise sur les mêmes fondamentaux capitalistes. Mais, n’occultons pas les conséquences économiques, sociales et environnementales désastreuses d’une récession économique, voire d’une dépression monstre, qui sont, elles, planétaires, donc pour la poire de tout le monde. Et pour cela, les grandes puissances financières de la planète auraient été mieux inspirées d’élargir - par pure considération - le cercle de discussion aux représentants désignés par les blocs des intégrations régionales. C’est dans ce sens qu’il faut saluer le plaidoyer du Président béninois Yayi Boni pour une ouverture exceptionnelle d’une représentativité africaine au G20 ; et la délégation de pouvoir de représentation reçue de ses pairs de l’Afrique centrale par le Président Sassou N’guesso. Démarches, somme toute, logiques dans la mesure où l’Afrique et tout les pays pauvres ont besoin de plaider leur propre cause avant de savoir ce que les grandes puissances pensent d’eux et comment elles voient les choses. On sait , par exemple, que de nouveaux textes pour assainir certaines pratiques, dans l’optique d'une bonne régulation, ont été introduit tout récemment seulement en France – dans les toutes premières heures chaudes de la crise – et les réflexions internes ne sont pas finies. Qu’en est-il dans les autres pays industrialisés et pays émergents ? Tout n’est visiblement pas encore ficelé. Alors pourquoi cette agitation ? Encore un de ces cyniques coups médiatiques dont certains sont passé maîtres ?

 Ce G20 de refondation ou de réforme du système financier, semble – vue sa précipitation - tout juste une opportunité entre copains capitalistes pour s’échanger des cartes de visites et négocier des contrats, et ça même la grande Chine rouge, longtemps réfractaire à ces luxurieuses cérémonies a bien compris l’utilité d’un tel "machin" qui s’abreuve que de sueurs, de sang, de misère, de noirceur, d'obscurité et de pétrodollars, d'once d’or, diamant, platine, bauxite et autres matières premières et ressources minières… dont tout les chemins conduisent curieusement en Afrique. Ah ! Tout de même l’Afrique, quand il est question de tout ça – pétrole, or , diamant, cacao, etc… -, l’Afrique on connaît, hein, l'Afrique ? Si elle était obligée de leur répondre l'Afrique ....

Messieurs les Présidents Yayi Boni du Bénin, Sassou N’guesso du Congo, Abdoulaye Wade du Sénégal et d’autres d’Afrique, "roitelets" dans les arcanes internationales - c'est sans la moindre méprise -, vous ne perdez vraiment rien en n'assistant pas à cet sommet, la suite nous le confirmera. Car l’Afrique – qui a tant à vendre -, ne vend finalement rien. Elle a été formatée – on dirait - à donner aux grands de ce monde ce qui leur fait envie, et en retour à prendre le prix ou les promesses et les quelques réalisations qu’ils veulent seulement lui donner ou faire. Et ce n’est pas rien déjà peut-être. Mais ce n’est pas dans cette dynamique que l’Afrique va espérer changer quelque chose à sa condition de continent sous-développé. Non. Ne vous tromper pas de conférence, chers Chefs d’Etats africains, Washington, c’est pas la bonne. Il vous faudra en initier beaucoup d’autres, des conférences africaines - inter-Etats -. Et pour cause, quel Etat africain échange au moins une vingtaine de produits ou matières avec un autre Etat africain, en développement des règles d’échanges durables et bénéfiques ?
{mosgoogle}
Vivement que l’euphorie Obama et tout les espoirs les plus fous qu’Obama suscite en Afrique – aussi - tombe assez rapidement et que les esprits se calment et se remettent vite au travail. Car, Obama qui est aussi un des héritiers du capitalisme ne sacrifiera pour rien au monde les doctrines et fondamentaux de ce système. Pas pour l’Afrique de papa. Mais on peut espérer que , son Administration et ses amis démocrates - qui disposent de la majorité législative partout aux USA - et lui-même prennent tout leur temps pour mettre en place leurs plans d’assainissement du système et de relance de l’économie américaine avec des incidences positives en cas de réussite sur l’économie mondiale. Et souhaiter qu’Obama donne l’impulsion de la réforme des mécanismes de la gouvernance mondiale.

Guillaume Adouvi (Sikainfo.com)