La Nouvelle Tribune

Burkina - référendum : Compaoré défie Washington et devient un os dans la gorge de Paris

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Aucun arbre ne cache plus la forêt des ambitions monarchiques de Blaise Compaoré, le président burkinabé. En procédant mardi, en conseil extraordinaire des ministres, à l’adoption  d’un projet de loi pour la tenue d’un référendum en vue de la révision de la constitution,  il a posé un grand pas vers son but ultime, celui de demeurer au pouvoir jusqu’à son dernier souffle. 

L’adoption de ce projet de loi, qui va être soumis à l’Assemblée nationale où il a une majorité écrasante pour vote, sonne comme un défi aux mis en garde de Washington contre toute réforme constitutionnelle à des fins opportunistes en Afrique. Sentant déjà les ambitions  révisionnistes des chefs d’Etats africains, en marge du sommet Afrique-Etats-Unis, l’administration Obama avait indiqué qu’elle ne tolérerait  ce type d’initiative attentatoire à la paix et à la démocratie. Mais visiblement, pour Blaise Compaoré, c’est « le chien aboie à Washington, la caravane passe à Ouagadougou».

Un souci pour Paris

Un Blaise Compaoré indécrottable. Ce n’est visiblement pas ce dont Paris a besoin en ce moment.  Acteur clé dans la médiation pour le retour de la paix au Mali, Blaise Compaoré est le doyen des chefs d’Etats ouest-africains et il s’était jusqu’ici montré comme un fidèle allié de Paris pour régler des contentieux dans la région. Avec cet acte qui bafoue un des principes cardinaux en Démocratie, l’alternance au pouvoir, Blaise Compaoré met Paris  en mauvaise posture.  En vertu de la défense des principes démocratiques, Paris devrait désavouer  Compaoré.  Vue les intérêts en jeu, le régime Hollande pourra-t-il le faire sans gêne et compromission ? La France pourrait aussi évoquer le principe de la souveraineté des Etats à décider par eux-mêmes pour laisser les Burkinabé prendre leur propre destin en main.

Mauvais exemple pour la sous-région

A Ouagadougou, c’est bien plus que le destin du Burkina-Faso qui se joue. Au-delà des conséquences  qu’un déverrouillage de la constitution au Burkina  peut avoir sur le pays, c’est toute la sous-région qui se trouve menacée.  Si Blaise Compaoré réussit à sauter le verrou constitutionnel en dépit des menaces des partenaires techniques et financiers, il pourrait également encourager les autres chefs d’Etats dont celui béninois qui nourrissent les mêmes ambitions.  Au Togo où le débat est encore houleux sur la limitation du nombre de mandat constitutionnel, un succès du président burkinabé, ne sera pas une bonne nouvelle pour  l’opposition à Faure Gnassingbé.  De même au Bénin où les choses sont plus  ou moins complexes   pour parvenir à un tel dessein, le Président Boni Yayi peut encore trouver les moyens de s’offrir une prolongation après 2016.  

Compaoré tire le diable par la queue

Le Président Burkinabé paraît sûr de lui-même. Mais ce qu’il entreprend pourrait se retourner contre lui. On le voit tirer le diable par la queue. Les exemples du printemps arabe avec les soulèvements populaires qui ont fait voler en éclat les régimes de Ben Ali en Tunisie et de Moubarak en Egypte peuvent bien inspirer les Burkinabés qui prendront la rue pour soutenir l’opposition et  les organisations de la société civile afin de faire échec aux ambitions monarchiques de Blaise Compaoré. A défaut d’un soulèvement populaire, le feuilleton Tandja pourrait se répéter à Ouagadougou. Surtout que lui-même est arrivé au pouvoir grâce à putsch avec l’assassinat du jeune capitaine Thomas Sankara qui était à la tête du pays.