La Nouvelle Tribune

Tournée en Afrique : Hollande vient confirmer son virage libéral ou relancer la Françafrique

Espace membre

Le président français effectue 3 jours de voyage sur le continent africain. Ce périple le conduira du 17 au 20 juillet en Côte d’ivoire, au Niger et au Tchad. Le choix des pays du Café-Cacao, de l’uranium et du pétrole par le numéro 1 français n’a rien de surprenant quand on sait ce que représentent ces pays dans l’économie de  la France et les intérêts qu’ils revêtent pour elle dans sa stratégie d’action en Afrique. 

Au-delà des dossiers judiciaires et sécuritaires (Guy André Kiffer, le patron de la SIFCA et la sécurité au Sahel) et à l’agenda de la délégation  présidentielle, c’est l’économie et les élections à venir qui seront au menu de ce voyage.

En Côte d’Ivoire, après les élections contestées de 2010 et la crise qui l’a accompagnée, l’ultra libéral Alassane Ouattara a été préféré au socialiste Laurent Gbagbo. Accusé de crime de guerre, crime contre l’humanité, l’audience de confirmation des charges a eu lieu et il attend désormais avec sérénité à en croire ses partisans, son procès à la Haye au Pays Bas. Du côté d’Abidjan, son tombeur tente tant bien que mal de reprendre les choses en main.

Au Niger, c’est à l’issue d’âpres négociations qu’Areva a fini par se résoudre à respecter les accords et payer le juste prix pour l’uranium. Mais la tension ne s’est pas calmer pour autant. Le climat politique est tendu et bien malin qui pourra exclure, des intentions de déstabilisation venant de l’extérieur. Dans ce désordre, les rebelles Touaregs qui ont déjà élu domicile au nord Mali ne demanderaient pas mieux pour poursuivre dans leur volonté d’asseoir l’Azawad. Et Boko-Haram déjà présent dans la zone n’hésiterait pas à s’installer.

Au Tchad, si c’est la puissance militaire dont fait preuve cet Etat qui pourrait intéresser, il est fort probable que le pétrole et la vente d’équipements militaires pourraient être à l’ordre du jour. 

Pourtant, avec l’avènement de Hollande, on espérait mieux. Mais, poursuivi par le fantôme de la croissance à tout prix, il a fini par céder à la tentation de la finance. Et désormais, il arpente  les capitales à la recherche de marchés.

Rassurer des partenaires stratégiques

Pendant son séjour au pays de feu Houphouët, François Hollande tentera de confirmer son virage socio-libéral en vue de relancer la coopération Franco-Ivoirienne mise à mal par ‘’l’arrogance de Sarkozy’’ et le nationalisme affiché de Gbagbo.

Cette visite, la première du genre après la crise postélectorale et la première depuis l’avènement de Hollande à l’Elysée sera mise à profit pour rapprocher les deux dirigeants qui n’ont pas toujours partagée les mêmes idéologies. Mais au-delà des dossiers sur la mort du journaliste Guy André Kiffer, et du patron de la SIFCA, deux français tués en Côte d’Ivoire et dont les instructions trainent, bien d’autres dossiers seront au menu des échanges.  L’interdiction de sortie du territoire du fils de Gbagbo dont la mère est française ne sera pas en reste. Hollande et Ouattara auront à s’entretenir aussi sur des aspects de coopération économique et de la géopolitique dans la sous-région.

Les relations économiques entre la France et la Côte d’Ivoire ont souffert depuis 2002 de la volonté de normalisation des échanges entre le pouvoir ivoirien hostile aux velléités néocoloniales et la détermination de la France de maintenir ses réseaux d’influence dans la zone franc. Dans cette guéguerre, les entreprises françaises implantées dans ce pays ont beaucoup perdu. Ce qui a surtout profité aux entrepreneurs chinois, américains, israéliens et bien d’autres. En annonçant la fin de la Françafrique, Hollande  n’imaginait pas la forte dépendance de son pays aux matières premières africaines. Aujourd’hui, face à la crise et la perte des parts de marchés surtout dans ses ex-colonies, la France tente un retour en force sur le continent noir avec la diplomatie économique. Dans les deux autres pays, s’il tentera de rassurer ses interlocuteurs, ce sont les questions sécuritaires qui seront mises en avant. Ce qui n’occultera pas les enjeux politiques et économiques.

Incertitudes et risques

Si cette visite ne mentionne pas les allures économiques, elle ne peut cacher le volet politique dans ce contexte où Ouattara semble avoir besoin de soutien pour consolider son pouvoir et rempiler. Au Niger, Mahamadou Issoufou fait face à une opposition dirigée par son ex allié, le président de l’Assemblé Nationale. Dans la région, l’agenda électoral est chargé pour 2015. Ouattara doit gagner pour confirmer qu’il a bel et bien remporté le scrutin de 2010. Mais à l’interne, il doit convaincre ses alliés, le Parti Démocratique de Côte d’Ivoire dont deux camps risquent de se dégager si Bédié n’accédait pas à la demande d’une majorité de ses partisans et  le Président de l’Assemblée Nationale, Guillaume Soro qui n’exclurait pas de tenter l’aventure. Et ce ne sont pas les militants du Front Populaire Ivoirien qui semblent ne pas avoir dit leur dernier mot après le boycott des précédentes consultations. En l’absence de leur leader charismatique, ils voudront confirmer leur présence sur la scène politique. Avec eux, une alliance avec l’ancien Président de l’Assemblée Nationale ne serait pas à négliger. Au Niger, l’incertitude est grandissante et les menaces qui se profilent ne peuvent pas cacher une dégradation de la situation. Un coup de force ne serait pas à exclure connaissant le passé politique de ce pays et les capacités de réactions des acteurs en présence. Du côté du Tchad, Déby règne en maître et ses récentes victoires le conforteront dans sa position de leader en Afrique central. Il pourrait à nouveau être sollicité pour aider la France à sortir du merdier centrafricain ou jouer le médiateur entre les différents camps en Centrafrique.

Avec ces donnes, Ouattara pourrait être inquiété. Dans le voisinage de la Côté d’Ivoire, 2015 et 2016 verront l’organisation de plusieurs présidentielles avec des équations diverses. Au Burkina, un probable départ de Blaise Compaoré pourrait mettre en difficulté et fragiliser Alassane dans la consolidation de son pouvoir. En attendant d’en savoir plus sur le contenu de l’agenda de Hollande, voilà ce qui paraît plausible.