La Nouvelle Tribune

Drogues en Afrique:

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la destruction le 15 mai 08 au Mali de 200 kg de cocaïne, 4 tonnes de cannabis et 1115 boïtes et 20 cartons d’éphédrineAttention danger !
Le trafic de drogue et des produits stupéfiants et illicites est devenu le moyen le plus usité - par certains - pour faire rapidement fortune en Afrique. Nombreuses des grandes villes du continent sont devenues en l'espace de 15- 20 ans des plaques tournantes, de vrais satellites des narcotrafiquants en direction de l'Europe, de l'Asie, de l'Amérique et surtout des USA.  Autrefois, l'Afrique un simple lieu de transit des drogues de toutes sortes; aujourd'hui la jeunesse africaine est consommatrice et est désormais en proie à cette addiction qui l'oppresse, la comprime et la marginalise davantage dans sa propre société. Les ravages des drogues douces et dures  en Afrique et en particulier en Afrique de l'Ouest sont effrayant et laissent pantois. Les autorités en dépit de leur nombreux efforts semblent être dépassées par le phénomène qui prend une ampleur sanitaire des plus détestables; lorsque certaines autorités ne sont pas tout simplement complices. Et d'autres - autoritées - désabusées n'appliquent simplement le fameux "laisser faire, laisser aller".

Une jeunesse déstructurée, déshumanisée

Le coût de ce drame humain, sociétal et social lié à la consommation et au trafic de drogues est inestimable pour les Etats et le continent africain. Dans ce cocktail explosif, tout semble réunir pour maintenir davantage les Etats et le continent fortement abîmés dans un gouffre sans fond. Et sans faire de jeu de mot, tant le sujet est important. C'est des fonds qui manquent le plus. Oui l'argent pour mener la guerre contre les narcotrafiquants; l'argent pour contrer les méfaits, les effets néfastes de cette déstructuration organique et sociologique du continent, cet argent en vient à manquer cruellement aux Etats. Et la question de la réinsertion de cette jeunesse "défoncée" et abîmée par la prise excessive de produits stupéfiants et illicites s'apparente à la parabole de la boîte de pandore que d'aucuns n'osent ouvrir ni même vouloir en entendre parler. Mais jusqu’à quand faire la politique de l’autruche  devant un tel fléau - qui prive aussi de leur champ de braves paysans et de bonnes volontés qui se livrent désormais à la recherche de sensations fortes et de l’argent facile - ?  Et que dire de la réinsertion de cette autre jeunesse de la diaspora, narco déstructurée elle aussi, expulsée manu militari et sans le moindre kopeck ni bagage vers le continent, après de longs séjours "d'embastillement" dans les geôles occidentales ? Oui. Que faire de ses narcotrafiquants souvent bien implantés dans leur pays d’accueil que les pays d'Europe, d'Asie et d'Amérique expulsent sans aucun plan ni programme d'accompagnement vers leurs Etats d'origines ? Car, force logique est de constater que ce sont ses anciens détenus africains rapatriés d'occident qui entretiennent les réseaux et servent de relais aux grands pontes moyen-orientaux, sud américains, nord américains, européens, asiatiques et caraïbéens. La question de reconversion est d’une impérieuse nécessité pour les refoulés d’occident. Et quant à la jeunesse désoeuvrée africaine, la consommation et le trafic de drogue ne sont que des procédés indignes lui permettant de noyer bien de soucis en surfant sur des vagues de sensations fortes et artificielles, pour les uns, et un moyen d’auto emploie ou une vraie industrie pour les autres -  expression de leur génie, leur sens de créativité et instinct de survie, pensent-ils vraisemblablement. Aussi, un certain cynisme voudrait que quelques membres de la diaspora, recrutent et tuyautent, sous fond de promesse d'un avenir radieux - fait de fortune et de vie facile - de jeunes et naïfs étudiants, lycéens, maître-ouvriers, apprentis, femmes isolées et parfois des sexagénaires qui n'hésitent pas à courir des risques énormes en transportant, en convoyant des produits stupéfiants vers les pays développés où certaines populations sont friandes de drogues douces comme dures. Certes, l’absence de prévention des autorités africaines au plan interne préparant la jeunesse contre "le miroir aux alouettes" étranger et l’absence d’organisation de nos légations pour assister nos compatriotes à l’étranger sont des éléments concourant et entretenant aussi ces drames. Cas, il sera aisé à n’importe qui de constater que bon nombre de ressortissants africains se retrouvent souvent piégés par des réseaux de narcotrafiquants bien huilés. Et les cas de primo-voyageurs tombant sous les chefs d’inculpation de possession ou transport de produits stupéfiants par la justice française, suisse, belge, américaine, canadienne ou autres sont bien nombreux. Et beaucoup de personnes se retrouvent lourdement condamnées faute d’une meilleure défense et la détention se déroule souvent sans assistance ni soutien familier, pendant que les vrais commanditaires et organisateurs du trafic s’évaporent dans la nature ou ne sont même pas inquiétés faute de charges et de preuves suffisantes contre eux, nonobstant, l’étroite collaboration existant aujourd’hui entre les polices et les justices du sud et du nord.

 Absence de volonté de prévention et absence criarde d'équipements de lutte

Les Etats africains doivent mieux protéger leur jeunesse et leur population. Ceci est valable à l’intérieur et encore plus nécessaire à l’extérieur. Tant la prédation des narcotrafiquants au sein des couches fragilisées est plus forte. Et loin de jeter facilement la pierre à ceux qui se retrouvent naïvement embarquer dans ces galères, il convient de rappeler aussi l’utilité pour un Etat de protéger et d’assister ses ressortissants – sans se mettre dans un rapport de force ni en contradiction avec le pays d'accueil – dans le but de se préserver d’un effet boomerang sur son propre sol plus tard. Et d’avoir à payer le fort prix d’un effort de restructuration sociale pour des populations sciemment négligées et laissées pour compte, plutôt.

Quant aux narcotrafiquants, ils disposent eux de gros moyens de trafic, de beaucoup de liquidité, des immeubles à faire pâlir d'envie n'importe quel honnête travailleur. En Afrique aussi, l'argent gagné par les narcotrafiquants locaux est souvent blanchi ou reconverti en oeuvre familiale ou sociale, en financement de projets sociaux et communautaires; ou parfois cet argent sert à financer des activités politiques totalement licite s'il n'est utilisé pour l'ascension politique des trafiquants eux-mêmes ou leurs affidés. Ainsi, sièges de Député,  fauteuil de Maire, siège de Conseiller, Chef de parti politique ou bras financier de mouvement politique et associatif... ce sont autant de nouvelles planques pour les  narcotrafiquants aujourd'hui. L'impunité assurée par-ci, quête d'immunité politique ou de notabilité par-là. Les nouveaux et spontanés riches ne se cachent plus, ils ne sentent pas comme les autres authentiques hommes ou femmes d'affaires, capitaines d'industries ou planteurs propriétaires la sueur, mais les substances stupéfiantes (morphine, cocaïne, héroïne, cannabis, etc.) et psychotropes (médicaments, antidépresseurs, tranquillisants, hypnotiques, etc.). C'est clair. Ils sont toujours en route pour le concert de casseroles, tant pis, ils en ont une bien bonne gamme de batterie. Mais il faudra bien une coalition internationale qui surpassera  la seule volonté nationale, avec de très gros moyens et une aide accrue pour les Etats les plus faibles, pour arriver à les freiner, les arrêter dans leur expansion meurtrière avant que l’avenir de plusieurs générations de femmes et d’hommes ne soit définitivement compromis. Dans tous ça, il faut reconnaître que les forces de l'ordre et de sûretés, les douanes et les garde-côtes(confrontées quotidiennement à la porosité de nos frontières) ne disposant que de moyens disproportionnés par rapport aux missions à elles confiées, abattent un travail extraordinaire, mais néanmoins extraordinairement insuffisant face à l’ampleur du fléau. Toutefois, agrégeons et louons leur courage et leur bonne volonté. Ce qui suscitent encore la vocation chez d'autres jeunes gens toujours conscients qu'on peut se mettre au service de la loi et de la société en toute dignité. Et l'engouement pour les concours de recrutement au sein de la police, la douane et autres corps de sécurité et de sûreté partout en Afrique et dans le monde entier le prouve.

Le bon exemple malien

 Félicitons tout de même les services de sécurité et des douanes des Etats africains pour leur vigilance et leur dévouement, ce qui leur permet régulièrement de mettre la main sur d’importantes quantités de drogues, produits stupéfiants et produits pharmaceutiques. Même si les salaires et autres primes de risque et de rendement restent encore très bas et faibles dans nombreux pays africains. Et c'est bien là que le bât blesse. Comment lutter efficacement contre des réseaux tentaculaires et multi cellulaires pilotés par de narcotrafiquants internationaux chevronnés avec des moyens scientifiques, technologiques et logistiques novateurs, quand on ne dispose que de 30, voire 40 fois moins de moyens et d'équipement qu'eux  et qu'on touche un salaire ridicule par rapport au risque métier ? Ce n'est pourtant pas la volonté politique et la conscience professionnelle qui manque en Afrique au sein des classes politiques et des corps armés et autres corps d'élite ou en uniforme. Non. Le discours y est, le programme aussi et la volonté de nos agents ne souffre d'aucune entorse éthique et déontologique à vue d'oeil. Comme le prouve et l’atteste la solennelle cérémonie de destruction de produits stupéfiants du 15 mai 2008 au Mali. A cette occasion les autorités maliennes avaient procédé devant témoins et devant les caméras de télévision et les antennes radio, et devant la presse, à la destruction par le feu de  200 kg de cocaïne, 4 tonnes de cannabis et 1115 boîtes et 20 cartons d’éphédrine saisis par les vaillantes forces de l’ordre maliennes sur la période allant de janvier à  mai 2008. Pourquoi ? Par nécessité de transparence, peut-être. Pour donner un signal fort à la communauté internationale et aux narcotrafiquants sur leur détermination, sûrement. Mais cela a du mettre un peu de baume au cœur des forces de l’ordre, qui obtiennent par cet acte exceptionnel et rarissime sur le continent, une bonne gage de sincérité de leurs autorités mais aussi l’assurance que ses produits stupéfiants ne seront pas réintroduit sur le marché.

Il faudra que ceux qui sont aussi soucieux que les africains, de protéger leur jeunesse et leur population des effets néfastes et dévastateurs des drogues consentent à mettre la main à la poche pour que les Etats africains – dont la maigreur des ressources financières n’est plus à conter - puissent convenablement jouer leur partition afin de gagner ensemble le défi de la prévention, la lutte et la répression des drogues et produits stupéfiants et leur trafic. Et c'est l'affaire de tous, dans une certaine mesure et dans un sens comme dans l'autre, pour sauver des vies humaines, pour restructurer des organismes, pour réinsérer socialement et économiquement des personnes, pour redonner espoir au plus faible, pour restaurer la puissance de la loi.

 Harmoniser les textes juridiques et développer la coopération et l'intégration des Etats

Aussi les Etats africains doivent sérieusement penser à renforcer leur législation anti-narcotique, mieux ils doivent s’entendre pour intégrer l’élément l’alcool et le tabac – qui font autant de ravages sur le continent - dans la liste des produits narcotiques. Ils doivent harmoniser leur législation par rapport au cadre juridique international applicable aux drogues. Ce cadre juridique international est constitué par *trois conventions internationales – voir encadré - qui lient les États signataires et les obligent à une transposition dans leur législation interne. Ces conventions  imposent aux Etats les ayant ratifiées cinq types d'obligations que les Etats africains ne semblent pas toujours en mesure de respecter ou d’instaurer par manque de moyens techniques, logistiques et financiers, ce sont :

    * °Posséder des institutions nationales appropriées au contrôle des drogues.
    *

    * °Etablir une classification nationale des différentes drogues au moins aussi stricte que celle retenue dans les précédentes conventions.
    *

    * °Associer à chaque activité liée aux drogues un dispositif pénal déterminé. Si l'incrimination de l'usage est laissée à la discrétion de chaque pays, la possession et le trafic de drogue doivent être systématiquement incriminés et poursuivis.
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    * °Mettre en place des dispositifs de réduction des risques et de diminution de la demande.
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    * °Coopérer avec les institutions de l'Organisation des Nations Unies (ONU) dans leur activité de contrôle des drogues.

«La drogue est un fléau qui tue un pays parce que   c’est la jeunesse qui est concernée. Aujourd’hui, le combat que nous devons mener est de faire en sorte que la jeunesse soit préservée contre le fléau. Un pays dont la jeunesse est droguée est un pays qui perd tous ses équilibres et repères», dixit, Oumar Ibrahima Touré, ministre de la Santé du Mali.

* Les trois conventions évoquées supra, ce sont :

    * - La convention unique sur les stupéfiants de 1961, modifiée par un protocole en 1972 qui met en place la "liste des stupéfiants".
      Principaux produits visés : opium, morphine, héroïne, méthadone, codéine, cocaïne, cannabis ...
      179 États avaient ratifié cette convention au 1er novembre 2002.
    * - La convention de 1971 sur les substances psychotropes qui met en place "la liste des substances psychotropes".
      Principaux produits visés : MDMA (ecstasy), LSD, amphétamines, buprénorphine, benzodiazépines ...
      172 États avaient ratifié cette convention au 1er novembre 2002.
    * - La convention de 1988 contre le trafic illicite de stupéfiants et de substances psychotropes qui renforce la coopération internationale dans la lutte contre le trafic sous toutes ses formes.
      Elle prévoit également le contrôle de 23 substances utilisées pour la fabrication illicite de stupéfiants:les "précurseurs chimiques".
      166 États avaient ratifié cette convention au 1er novembre 2002.

Les États signataires de ces conventions s'engagent à prendre les mesures nécessaires pour que les substances concernées ne soient utilisées qu’à des fins médicales ou scientifiques. Ils sont libres d'ajouter à ces listes d'autres substances qu'ils jugent dangereuses et d'adopter des mesures de contrôle plus sévères s’ils le jugent nécessaire pour la protection de la santé publique.

Les listes de classement définies par ces conventions peuvent être actualisées sur décision de la commission des stupéfiants de l'Organisation des Nations Unies (ONU), après avis scientifique de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

Remarquons que l’alcool et le tabac ne font pas l’objet d’un classement international.

L'organe international de contrôle des stupéfiants, l'OICS, est chargé de la surveillance du respect, par les États, des conventions internationales.

 Guillaume ADOUVI - D P  www.sikainfo.com

Documentation/Source : CAA - France( Conseil d'Aide et Action contre la toxicomanie)

Pour plus d'information: consultez le site : http://www.caat.online.fr/loi/stup2.htm