La Nouvelle Tribune

La Crimée aujourd’hui, comme Mayotte hier !

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Depuis quelques semaines, les caméras du monde entier ont détourné leurs objectifs du Mali et de la Centrafrique pour les braquer sur un seul pays l’Ukraine, pardon la Crimée. Vue d’Afrique, la Crimée est une contrée perdue du bout du monde que peu de nos dirigeants, pour ne rien dire du citoyen Lambda d’Afrique peuvent situer sur la carte du monde.

Or c’est à Yalta, petite ville de Crimée au bord de la Mer Noire, que les grands de ce monde ont dessiné en fin1945 la nouvelle carte du monde qui a précédé ce qu’on a appelé pudiquement la guerre froide. Une histoire inscrite au programme des classes terminales de nos lycées et collèges dans les années 60 et 70. Plus d’un demi- siècle après, rebelote pour la Crimée qui occupe aussi tristement les devants de l’actualité politique internationale reléguant au second plan les causes même de la nouvelle crise  à savoir, le coup d’état parlementaire contre le régime pro-russe et corrompu du dictateur Yanukovitch en Ukraine. Ces deux dernières semaines en effet, tous les médias de notre planète ne parlent que de la Crimée, pas de la manière dont les successeurs de Yanukovitch gèrent l’Ukraine mais des exactions supposées des milices pro russes et du référendum annoncé comme gagné d’avance par la Russie. Cette dernière est perçue comme une puissance impérialiste accusée de vouloir renouer avec les pratiques dites éculées de la guerre froide. Nous sommes inondés d’ images chocs contradictoires des manifestations de protestation des Ukrainiens et des scènes de liesse populaire des milices soit disant manipulées par Vladimir Poutine, présenté par les médias internationaux comme le nouveau Tsar de toutes les Russies.

Les puissances occidentales manient avec Poutine successivement le bâton de la menace des sanctions et la carotte d’une entente cordiale avec prise en compte de ses intérêts. La Russie, consciente des nouveaux rapports de force dans le monde, ne veut pas laisser la seule Amérique régenter la planète- terre et entend visiblement retrouver la toute puissance de l’ex Urss, ne serait-ce que par l’encouragement d’un irrédentisme pan-russe. Elle sait que des pays de l’Union européenne comme la grande et puissante Allemagne dépendent d’elle, pour le gaz exporté via l’Ukraine. L’Union européenne quant à elle veut tout et son contraire : regrouper dans une vaste Union de l’Atlantique à l’Oural tous les peuples de culture européenne -avec ou sans la Turquie musulmane- pour devenir la grande puissance capable de rivaliser autant avec la Russie qu’avec l’Amérique. C’est l’Union Européenne qui a fait dans la provocation de la Russie en encourageant les « pseudos démocrates » ukrainiens ex alliés de Yanukovitch, à refuser l’offre financière de la Russie. L’attrait de l’Union européenne, de son euro fort et du pouvoir d’achat qui en découle a fait le reste. D’un autre côté, l’Amérique n’était pas en reste. Les leaders de l’opposition républicaine comme John Mc Cain, ancien candidat ont fait le voyage de Kiev, la capitale ukrainienne, pour soutenir les manifestants pro- européens. Parce que l’Amérique affaiblie par les guerres d’Iran, d’Irak et d’Afghanistan est tiraillée entre la volonté de se désengager des conflits dispendieux pour son économie rattrapée par la Chine et la volonté de demeurer la seule puissance mondiale.

Il n’y a guère que l’Afrique qui continue d’être en marge du monde, le seul continent où toutes les autres puissances peuvent intervenir impunément à sa propre demande souvent, sans soulever aucune indignation de par le monde. Au contraire, au moment même où la Russie est épinglée comme une puissance en quête de territoire étranger à annexer, la France a acquis le statut de puissance protectrice de l’Afrique dont les fils sont incapables d’organiser une riposte appropriée contre une bande de terroristes déguenillés dont la seule force vient des armes abandonnées par les troupes de Kadhafi défaites et mises en déroute par les Occidentaux. L’Afrique est tellement affaiblie et si inconsciente de sa force qu’elle est incapable de comprendre que la pièce de théâtre qui se joue en Crimée s’est déjà jouée chez elle-même en toute ignorance et en toute impunité aux Comores avec l’annexion by force par la France à la fin des années 70, pas si loin que ça, de l’île de Mayotte .Mayotte devenue depuis, un département français peuplé de populations noires de même langue et de même religion que celles des Comores. L’enjeu pour la Russie d’aujourd’hui comme pour la France d’hier est le même : la présence permanente et stratégique dans l’Océan Indien pour la France et dans la Mer Noire avec débouché sur la Méditerranée pour la Russie.

Cependant, la Russie peut se prévaloir de deux avantages que la France n’a pas aux Comores : le premier et de loin le plus important est que La Crimée était une possession soviétique cédée dans les années 50 à l’Ukraine par Kroutchev. En contrepartie de quoi, la Russie y conserve une importante flotte navale depuis lors .Deuxième avantage certain :la Crimée est peuplée à hauteur de .60% par des populations d’origine russe .On ne peut pas en dire autant de Mayotte peuplée majoritairement , sinon exclusivement de Noirs musulmans contraints de devenir français, pour ne pas subir le sort peu enviable de leurs frères de sang comoriens. L’élévation de la France au statut de grande puissance vaut le sacrifice d’une « immigration » librement consentie et solidement contenue et jamais remise en cause par l’ensemble de la classe politique hexagonale.