La Nouvelle Tribune

La nouvelle Françafrique

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Deux  faits  de l’actualité politique franco-africaine jettent une lumière crue sur les rapports de la France et ses anciennes colonies, depuis l’avènement au pouvoir en France de l’ « Administration socialiste » , pour employer la terminologie américaine de différenciation des régimes  :

la  visite du président François Hollande   aux Usa coïncide en effet  (une coincidence qui n’a rien de fortuit) avec celle de son ministre de la Défense dans trois pays clés d’Afrique centrale,(Tchad, Congo Brazzaville et Centrafrique).Le Drian, c’est ainsi que s’appelle ce ministre français, est avec Manuel Vals, le tout- puissant ministre de l’Intérieur, l’un des ministres du gouvernement de gauche  qui n’a jamais subi les foudres de ses adversaires de la droite. Ces deux  visites vont,  à n’en point douter, déciller les yeux des sceptiques et autres  naïfs d’ici et d’ailleurs  sur la vraie fausse mort de ce qu’on a appelé la Françafrique.

Tenez : le ministre Français le Drian qui cultive dans ses rares interviews, la  même discrétion, et tient les mêmes propos teintés de paternalisme que les  gourous foccartiens de la Françafrique est venu préciser aux chefs d’Etat des pays visités la nouvelle architecture de la « présence militaire française en Afrique .Ainsi, dans un article publié sur son site d’nformation continue , Radio France Internationale précisait lundi dernier: « La France veut installer à Ndjamena son centre de commandement opérationnel pour la zone sahélo-saharienne. Idriss Déby a renouvelé son accord ce dimanche….Plus à l’ouest, au Niger, Niamey sera le centre dédié au renseignement. Madama, dans l’extrême nord du pays, près de la Libye, où se trouve un ancien fort français, pourrait aussi devenir un autre point d’appui. Enfin, l’armée française restera à Tessalit, dans le nord du Mali, non loin de la frontière algérienne »Au Congo Brazzaville , 2ème étape de la visite du ministre français, il est question de  protection des forages off-shore contre les actes  de piraterie maritime dont tout le golfe de Guinée est le théâtre ».

                    Ainsi, en ce début de 21ème siècle,et plus de 50 ans après les indépendances nominales , la France acquiert, bien qu’elle s’en défende,  le statut de super  gendarme du continent noir ,  une sorte de puissance tutélaire de l’Afrique , au nez et à la barbe de l’Ua qui peine à mettre sur pied une force d’intervention rapide .C’est en tout cas, l’un des objectifs vérifiables et patents de la visite officielle de trois jours de François Hollande aux Usa. Les deux présidents ne s’en sont d’ailleurs pas cachés. Dans une tribune libre commune parue simultanément dans le quotidien français Le monde et dans le Washington Post,ils l’ont dit clairement : « c'est peut-être en Afrique que notre nouveau partenariat trouve son expression la plus visible. Au Mali, les forces françaises et de l'Union africaine, bénéficiant de l'aide des Etats-Unis en matière de logistique et de renseignement, ont fait reculer les insurgés liés à Al-Qaida, ouvrant ainsi au peuple malien la voie d'un avenir démocratique.Dans tout le Sahel, nous nous associons avec d'autres pays pour empêcher Al-Qaida de gagner de nouvelles positions. »  Hollande s’en tire à bon compte : tout en se présentant comme le seul pays européen en dehors du Royaume Uni à faire barrage au terrorisme international au Sahel, il apparaît comme le président qui a le mieux protégé les intérêts français dans une classe politique où  l’Afrique est perçue comme «  l’avenir de la France », selon le mot de l’ex ministre français Jean Marie Bockel co-auteur d’un rapport du même nom.

Ce statut, la France l’avait déjà, à travers le maintien de ses bases militaires sur le continent après les indépendances et ses nombreuses interventions en Afrique, pour soutenir les dictateurs comme Mobutu ou chasser ceux d’entre eux qui ne sont pas prêts à lui obéir au doigt et à l’œil, comme Laurent Gbagbo. Ce qui paraît nouveau  c’est la reconnaissance quasi universelle de ce rôle et l’acceptation de ce statut par les Etats africains eux-mêmes, comme le prouve le très récent appel pressant du ministre nigérien de la Défense  aux puissances qui ont vaincu  Khaddafi à venir finir le « job »dans le sud libyen contre les réseaux dormants d’ Al Qaïda qui menacent les intérêts occidentaux au Sahel. Il ressort de ce qui précède que la Françafrique qui est morte est celle de « la colonisation de papa » où la France intervenait directement dans ses anciennes colonies. Aujourd’hui, tout se fait  indirectement,  en accord avec les « partenaires » africains. Il est à craindre  cependant que ce nouvel ancien statut  ne continue à faire le lit  des autocrates  comme l’inénarrable équato-guinéen Théodoro Obiang Nguéma Mbasogo, le Tchadien Idriss Déby Itno et autres Sassou  qui ne sont nullement pressés de passer le témoin.