La Nouvelle Tribune

Côte d'ivoire d'houphouet

Espace membre


L’élection présidentielle du 30 novembre 2008, aura t-elle vraiment lieu ? 
C’est la question qui brûle toute les lèvres, en ces temps de spectacles désolants  qu’offrent les acteurs de la scène politique ivoirienne. Nous avons souffert avec nos frères ivoiriens, nous avons compatis aussi à toutes leurs douleurs.

Aussi, nous nous sommes nourris de tous les espoirs afin de revoir une Côte d’Ivoire unifiée, pacifiée de retour dans le concert des nations. Nous avons constaté et apprécié le bon et le mauvais génie politique ivoirien dans la plénitude de son expression à Ouagadougou, pour le bon – dont l'accord nous émerveille et nous étonne encore et toujours -. Espérons que les épreuves de coup de force, tensions diverses et instabilité chronique ; tous les dialogues et accords initiés rejetés ou conclus et mal appliqués – Marcoussis, Lomé, Accra, Pretoria et Ouagadougou - ; germes de l’incompréhension, de la rivalité et de la haine politique, confessionnelle et ethnique ; porterons enfin leur fruit. Avec la volonté affichée d’en finir des braves et courageuses populations ivoiriennes. Le 30 novembre 2008 est une grande date. Une date tellement importante, non seulement pour nos amis et frères ivoiriens, mais aussi pour tous les pays africains et la communauté internationale toute entière. Le peuple ivoirien et l’Afrique, en particulier l’Afrique de l’ouest, ont le souffle coupé. Et pour cause les déclarations et nouvelles en provenance d’Abidjan, Bouaké, Séguéla, Vavoua et Daoukro, ces derniers jours ne sont pas de nature à rassurer sur la tenue à bonne date de la prochaine élection présidentielle.  Et pourtant, tout porte à croire que la Côte d’Ivoire de Nana Houphouët, est prête, psychologiquement prête, institutionnellement et financièrement prête à aller aux élections. Les acteurs et opérateurs institutionnels impliqués dans l’organisation de l’élection, semblent en passe de relever le défi de la bonne préparation et à bonne date des deux tours de scrutins prévus pour novembre et décembre 2008. Ils affichent, en tout cas, leur optimisme à relever ce défi républicain, et l’ont démontré à un président GBAGBO dubitatif mais néanmoins rassurant quant à sa bonne volonté de jouer son rôle, en fin de semaine écoulée.  

Le processus issu de Ouagadougou est torpillé, vitriolé et violé
 Mais seulement, que au plan politique et pour des raisons électoralistes aussi, les querelles politiciennes, de personnes et de clans battent à nouveau les pavés. Bien nombreuses sont les embûches et barricades électoralistes, ethniques et séparatistes, dressées contre l’unité nationale, la concorde civile, la paix et la démocratie en Côte d’Ivoire. Chacun y va de son influence, en cachant ses propres insuffisances.Laurent GBAGBO - et ses amis FPI -, Alassane OUATARA, Henri Konan BEDIE, Guillaume SORO – et ses amis ou anciens amis : Zackaria KONE, Ousmane SHERIF, Ibrahim COULIBALY, alias IB – et Blé GOUDE.Chacun y va de son génie et habileté politique ou de sa capacité de nuisance milicienne ou armée pour porter son coup à la dynamique de paix en cours. Mais une Côte d’Ivoire, sans élection présidentielle, sans un nouveau président élu, arrangera qui ? Et pour combien de temps ? La dernière décision du président Laurent GBAGBO de remanier le gouvernement semble être la nouvelle grosse pomme de discorde que les autres leaders politiques ne sont pas prêts de digérer. D’ailleurs à l’issue d’une réunion à Daoukro, entre les sommités politiques issues du rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) les leaders du RHDP ont déclaré leur opposition et hostilité à cette logique de remaniement à 4 mois seulement de la tenue du premier de l’élection présidentielle. L’idée d’un remaniement ministériel, qui doit être le fait du seul Prince, est légitime – ou serait légitime si le prince avait gardé l’exercice de la plénitude de ses attributs constitutionnels, et le président GBAGBO n’est plus, depuis la fin constitutionnelle de son mandat, que le « président consensuel » d’un gouvernement d’union nationale -. Avec une portée constitutionnelle à demi-teinte. Cette nuance cultivée par l’ensemble de la classe politique ivoirienne, n’est pas sans exacerber l’entourage présidentiel, eu égard aux comportements anarchistes et réfractaires de certains ministres. Il va sans dire que les ministres font les jeux de leur obédience politique, et la dyarchie s’est fait souvent inviter au sommet de l’Etat ivoirien ces derniers temps.Du côté des forces armées, c’est souvent les coups de semonces et autres bruits de bottes qui foisonnent, et font rappeler que le pays est toujours divisé en deux, nonobstant la présence de Guillaume SORO et de quelques belles factures de la rébellion de septembre 2002. Rumeurs de coup d’Etat par ci, tentative de déstabilisation par là, le capitalisme paramilitaire des copains coquins et mafieux s’active à maintenir, vaille que vaille, le génie politique et l’intelligentsia ivoirienne dans les ornières d’une répugnante anarchie. L’Establishment politique et la nomenklatura administrative ne sont pas en reste non plus, pas à un coup tordu près. Tout le monde rivalise d’idées de mauvais génie comme si la situation actuelle arrange la maison « Côte d’Ivoire ». C’est la chienlit avouent impuissantes les vaillantes populations ivoiriennes dont le courage, la patience, la ténacité et la détermination finiront par venir, de toute façon, à bout de ces désordres orchestrés.

La dyarchie au sommet de l’Etat
L’autorité du président GBAGBO n’est pas acceptée, ni entièrement par le Premier Ministre, ni par tout les ministres, directeurs généraux et cadres de l'Administration. Bon nombre de décrets présidentiels souffrent de manœuvre dilatoire des ministres non FPI. D’ailleurs le président du CES M. Fologo n’a-t-il pas expliqué, dans une récente déclaration au siège de son nouveau parti politique, que : «  lorsqu’un décret est signé, il faut un arrêté ministériel du ministère concerné pour passer à l’application ». ‘’ Ce sont les ministres qui veillent à l’application des mesures. Mais si vous ne regardez pas dans le même sens, c’est difficile. Une équipe dont les joueurs ne jouent pas dans le même sens ne peut pas gagner ‘’. Mais pourquoi remettre, seulement maintenant, en cause cette équipe dont les joueurs n’auraient jusqu’à maintenant, semble –t’il, fait que le jeu de leur entraîneur respectif, au détriment de la vision du Chef de l’Etat et des intérêts collectifs des ivoiriens ? Et pourquoi pas, si l’on veut bien mettre à profit, pour l’intérêt suprême de la nation et des ivoiriens, les 4 prochains mois qui nous séparent du premier tour de l’élection présidentielle ? De toute façon, il n’est jamais trop tard pour bien faire. Mais à force d’intrigue et de calculs électoralistes ont fini bien souvent par faire le lit de la division, la séparation et l’anarchie ou de la dictature militaire – dans un pays où l’armée a eu déjà à prendre ses responsabilités, pour la première fois tout récemment – ; si ce n’est le lit d’un soulèvement populaire sans précédent. Les problèmes nombreux de la Côte d’Ivoire, ne sauront pas attendre 2009 pour trouver une solution politique tant la crise alimentaire mondiale fait déjà, partout, des ravages. Et plus vite, le corps électoral ivoirien sera convoqué pour l’élection présidentielle du 30 novembre, moins fortes seront les pressions populaires et syndicales. Attention, attention, chers gouvernants et responsables politiques ivoiriens, acteurs de la pantomime dramatico-politicienne en cours depuis 2002, vous semez de la désolation, la défiance, vous jouez avec la patience du tolérant et pacifiste peuple ivoirien ; ne vous  enlisez point dans le futile et le furtif, ce n’est pas le moment. Allez au concret …
Il faut que le 30 novembre 2008 sonne, vraiment l’heure du renouveau démocratique ivoirien. Et espérons que ce sera aussi l’ouverture d’une nouvelle ère politique de réconciliation et de paix pour la Côte d’Ivoire. Un nouveau cycle de prospérité pour la Côte d’Ivoire, la CEDEAO, l’Afrique noire et l’UA.
 
Radiographie
Le report de l'élection présidentielle est devenu un moyen de prolongement du mandat présidentiel, et un moyen sûr pour l'opposition armée et l'opposition politique de partager le gâteau Ivoirien, au grand dam des populations, épuisées par des intrigues politiciennes aux élans tribalistes, ethnicistes, confessionnels et religieux.
Déjà reportée une fois, depuis l'entrée en vigueur de l'accord de Ouagadougou, nul doute qu'un nouveau report de l'élection présidentielle, à moins de 4 mois de l'organisation du scrutin, devra mettre le feu aux poudres - ce que personne ne souhaite -. Tout le monde espère voir rapidement le bout du tunel, en découvrant au passage ce que vaut chaque parti politique ou alliance de partis politiques. La vraie valeur des valeurs promues et défendues par les uns et les autres sera enfin connue. Et la Côte d'Ivoire et les ivoiriens pourront enfin se consacrer aux vraies valeurs de tolérance, fraternité, paix, progrès et développement économique et durable. Valeurs auxquelles restent très attaché l'admirable et très patient peuple ivoirien.

 Sik@ info – 28 juillet 08 - Dossier réalisé par Guillaume ADOUVI & Aribath DOUMBIA

AVERTISSEMENT : Cet article répondait au moment de sa rédaction à certaines préoccupations qui semblent être d’actualité, malheureusement pour nos frères et amis ivoiriens. Aujourd’hui encore l’organisation de l’élection présidentielle prévue pour le 30 novembre prochain est compromise pour cause de démarrage tardif de certaines opérations importantes prévues par le calendrier défini à Ouagadougou.