La Nouvelle Tribune

Kenya

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Le village des Obama sous protection
(De Nairobi) Cette nuit-là, la pluie torrentielle fouette le toit en tôle de la petite maison en briques d’une pièce dont les murs sont parsemés de portrait dédicacés de Barack Obama. Les individus montent sur une échelle pour tenter de dérober…

un panneau solaire, installé depuis deux ans par Saïd, l’oncle paternel du candidat à l’élection présidentielle, pour pallier l’absence d’électricité dans ce petit village de la région du Lac Victoria. Ce panneau solaire constitue le seul signe extérieur de richesse de la maison paternelle de Barack Obama.
C’est seulement le lendemain matin que Sarah Onyango Obama, appelée familièrement Mama Sarah, découvre que la porte de la cuisine a été enfoncée, mais que rien d’autre n’a été volé. Le panneau solaire est toujours sur le toit, mais cette tentative de vol provoque un certain affolement.

« Acte crapuleux ou jalousie ?  »

La police arrive sur les lieux quelques heures après pour constater les dégâts et, sur requête de la famille, déploie une patrouille de la police provinciale de manière permanente dans le jardin où ont été érigées trois tentes de campement.

Interrogée par des journalistes sur place, la grand-mère se dit soulagée par cette protection, et affirme craindre pour sa sécurité à l’approche de l’élection prévue le 4 novembre prochain. Même son de cloche de la part de l’oncle Saïd, qui vit à Kisumu, à une quarantaine de kilomètres du village.

    « C’est la première fois qu’un tel événement survient dans le village. C’est aussi la première fois qu’un candidat à l’élection présidentielle a de la famille en Afrique alors nous n’avons pas les moyens de comparer à d’autres situations. Est-ce seulement un acte crapuleux ou de la jalousie ? Les gens croient en effet que nous sommes devenus riches grâce à Barack, ce qui est faux, nous n’avons rien changé à notre mode de vie depuis qu’il est candidat. »

Une attraction touristique

Depuis le début de la campagne, le village de Kogelo est devenu une véritable attraction pour les visiteurs de toutes origines, Américains, Japonais, Chinois, Européens, journalistes ou simples touristes.

Discuter avec Mama Sarah, quatrième épouse du grand-père de Barack Obama (qui a élevé le sénateur de l’Illinois, mais qui n’est pas sa grand-mère biologique), au milieu des champs de maïs et de haricots relève du passage obligé, de l’expérience quasi mystique.

Certains prétendent même être des journalistes pour pouvoir l’approcher et visiter sa ferme. Cet afflux suscite de plus en plus l’inquiétude de la famille, qui demande désormais une protection rapprochée au gouvernement kenyan.

Des demandes de visas pour les Etats-Unis

Dans le village, les habitants espèrent sincèrement que Barack sera élu pour apporter l’électricité, des routes bitumées, des semences pour les cultures… En bref, que cette élection changera leur vie.

D’où une pression accrue sur la grand-mère, qui racontait déjà en février dernier, le jour du Super Tuesday (5 février dernier), qu’il ne se passait pas un jour sans que des personnes viennent lui quémander un visa pour les Etats-Unis.

Jeudi, la police a annoncé avoir arrêté quatre personnes, qui, en comparution immédiate, ont été condamnées à un an de prison. La communauté locale a donné son accord pour laisser une station de police s’installer le plus rapidement possible dans la zone, pour la période préélectorale.

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Par Lucie Vérinque | 13/09/2008 | 12H14

Photo : Sarah Onyango Obama le 29 août devant sa maison (Moses Eshiwani/Reuters)