La Nouvelle Tribune

Et voici l’Amérique : démocratique … inégalitaire et inimitable !

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Ils auront attendu, le dernier jour et même la dernière minute, pour parvenir à un accord  qui  lève - provisoirement du moins - l’hypothèque d’une crise majeure en Amérique et dans le reste du monde. Les membres du Congrès américain, puisque c’est d’eux qu’il s’agit, auront maintenu le suspense jusqu’au bout. Ouf ! On l’a échappé belle !

L’Amérique  joue depuis deux ans  à se faire peur et… à faire peur au monde. L’adoption du Budget 2012, avec la question du plafonnement de la dette, avait donné lieu aux mêmes inquiétudes et interrogations. Provoquant même la première décote de la note de  l’économie américaine.  Cette année 2013, pendant les  trois semaines qu’ont duré les tractations entre les Républicains, d’un côté, largement majoritaires  à la Chambre des Représentants, et les Démocrates, de l’autre,   dominant d’une courte tête leurs adversaires au  Sénat, le monde entier était suspendu aux résultats de ce combat de coqs, sans équivalent dans le monde occidental. Les Usa sont en effet le seul pays au monde où un désaccord profond sur le budget, peut paralyser le service public, mettant du coup au chômage des centaines de milliers de citoyens (plus de 800.000), sans susciter l’émoi provoqué par la fermeture d’une simple usine ailleurs. Pourtant, tout le monde – y compris les fanatiques de l’ultralibéralisme  du Tea-Party – savait que l’impasse budgétaire aurait des conséquences désastreuses sur toutes les économies du monde,  et nuirait gravement à l’influence de l’Amérique. Mais, chacun des deux camps - les irrédentistes du Tea Party en premier – nourrissait le secret espoir que l’imminence de l’échéance fatidique du 17 octobre, et surtout la peur du chaos, feraient plier l’adversaire. Obama était assuré du soutien indéfectible de la majorité des citoyens déshérités, cibles principales de son projet d’Assurance-maladie, et campait majestueusement sur sa position. C’est lui  qui sort grandi de ce bras de fer avec le lobby des grands assureurs qui jouent dans l’ombre des radicaux du Tea Party. Mais, ce n’est qu’un sursis à son plan d’assistance médicale, connue sous le nom de Obama-care, la réforme-phare de son double-mandat, qu’aucun Président avant lui n’avait jamais réussi à mettre en œuvre. Car Obama n’est pas être assuré de gagner la partie, dans les trois  prochains mois de répit  à lui accordé. D’ici à là, en effet, les Républicains qui semblent avoir laissé des plumes, peuvent remonter dans les sondages, et renverser la vapeur.

Et voici l’Amérique dans toute sa complexité : démocratique, certes, mais  individualiste,  inégalitaire et fière de l’être. Ce pays créé de toutes pièces par des hordes de pionniers désargentés, venus de tous les endroits de la  planète-Terre a fait inculquer dans les cervaux – y compris celui des plus pauvres - la vérité qui peut tourner à l’illusion - qu’à force de travail,  tout individu peut devenir riche. De là, on conclut allègrement  que celui qui est pauvre, l’est  par sa propre faute. «Il n’a qu’à travailler pour parvenir au même résultat que les riches», semble-t-on dire. Obama, et avant lui Bill Clinton,  s’évertue à marteler qu’un pays aussi  riche que l’Amérique, ne peut fermer les yeux  sur la grande masse de pauvres. L’Assurance-maladie qu’il voulait  instituer, visait à permettre aux plus pauvres de bénéficier des soins médicaux à moindre coût, avec le concours de l’Etat fédéral. Mais, les radicaux  du Tea Party qui se réclament de l’esprit des Pères fondateurs de l’Amérique, répètent à l’envi, qu’on  ne saurait dépouiller les riches pour enrichir les pauvres, ne l’entendent pas de cette oreille. Derrière cette profession de foi ultralibérale, il y a bien sûr,  le grand capital des industries pharmaceutiques, le lobby des grands assureurs  qui voient d’un mauvais œil l’intrusion de l’Etat fédéral dans leur domaine réservé, mais aussi les héritiers du Ku Klux Klan, qui n’ont jamais digéré l’accession d’un  Noir à la tête de l’Amérique. Tout le monde sait en Amérique, que les couches les plus pauvres sont en grande majorité les Noirs. Alors, l’Amérique fascine par sa démocratie, faite de négociations,  de discussions interminables sur des détails qui n’ont aucune importance dans les autres pays du monde occidental. Ou qui provoqueraient des putschs,  ici, ou des changements de majorité ailleurs. Mais, elle est toujours une démocratie des grandes multinationales où des lobbies totalement décomplexés, ont pignon sur rue, manifestent  outrageusement leur opulence, faisant pleuvoir des pluies de dollars sur les élus,  là où ailleurs,  les riches sont contraints de se camoufler ou de faire profil bas. De ce point de vue, la démocratie américaine est inimitable et non-transposable sous nos cieux où tout est à faire : promouvoir une petite bourgeoisie, mais veiller à une répartition  équitable des ressources.