La Nouvelle Tribune

15 octobre 1987 - 15 octobre 2013 : 26 ans après, l'Afrique pleure toujours Thomas Sankara

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26 ans déjà que disparaissait Thomas Sankara. Celui dont le seul nom suffit à redonner la fierté à ceux qui l'entendent. Cet écrit va à ceux qui le pleurent et le regrettent. Un homme exceptionnel qui rêvait d'un destin exceptionnel pour le Burkina, pour l'Afrique. L'un des rares à son époque à défier des présidents occidentaux pour revendiquer le bonheur de son peuple et de son continent.

A l'instar de cette fois où, en face de François Mitterand en visite officielle au Burkina, il n'a pas hésité à dénoncer le soutien de la France d'alors, au régime assassin d'Afrique du sud, ce régime qui avait mis en place l'apartheid, et qui refusait aux noirs de bonnes conditions de vie, sur leurs propres terres.

« La paix dans le monde, c’est également cette région tourmentée du Sud de l’Afrique. Comme si par un sort quelconque on y avait concentré des éléments incompatibles dans un cafouillage et dans des affrontements qui chaque jour se multiplient et s’agrandissent. Il n’y a pas longtemps, nous avons été consternés par la mort de Samora Machel. En même temps, nous y avons vu un message, une indication : la nécessité de lutter contre un ordre barbare, inique, rétrograde ; de lutter contre un ordre que les peuples civilisés et nous comptons la France parmi ces peuples-là ont le devoir de combattre pied à pied, qu’il s’agisse de sanctions économiques, qu’il s’agisse de mesures politiques et diplomatiques, qu’il s’agisse également de combats militaires directs et ouverts contre le racisme, l’apartheid en Afrique du Sud. C’est dans ce contexte, Monsieur François Mitterrand, que nous n’avons pas compris comment des bandits, comme Jonas Savimbi, des tueurs comme Pieter Botha, ont eu le droit de parcourir la France si belle et si propre. Ils l’ont tachée de leurs mains et de leurs pieds couverts de sang. Et tous ceux qui leur ont permis de poser ces actes en porteront l’entière responsabilité ici et ailleurs, aujourd’hui et toujours. » (Lire le discours en entier)

Thomas Sankara était exceptionnel à plus d'un titre. De par ses discours enflammés et engagés, de par ces initiatives prometteuses mais sabotées, de par sa générosité envers ses amis qui n'ont pas hésité à le trahir, et qu'il n'a pas voulu mettre aux arrêts malgré les nombreux avertissements de ses proches. Thomas Sankara était l'un de ces dirigeants que l'Afrique ne voit malheureusement pas souvent, mais qu'elle recherche toujours ardemment. C'est l'homme à qui tous les dirigeants africains disent vouloir ressembler, mais qui, une fois au pouvoir, prennent la direction inverse. Ces dirigeants qui miment Sankara quant il s'agit de parler d'impérialisme, mais agissent comme les vendeurs d'esclaves quant il s'agit du bien de leur peuple.

Thomas Sankara était comme Patrice Lumumba, Kwame N'krumah, Nelson mandela ou encore Martin Luther King, tous ces grands hommes qui ont toujours milité pour la condition des noirs, au prix d'une vie sacrifiée. 26 ans après son souvenir reste, mais ces actions et ses pensées toujours inappliquées.  N'avait-il pas raison quand il s'exprimait sur la dette des pays africains? « Nous estimons que la dette s’analyse d’abord de par ses origines. Les origines de la dette remontent aux origines du colonialisme. Ceux qui nous ont prêté de l’argent, ce sont ceux-là qui nous ont colonisés, ce sont les mêmes qui géraient nos États et nos économies, ce sont les colonisateurs qui endettaient l’Afrique auprès des bailleurs de fonds, leurs frères et cousins. » disait-il. N'avait-il pas raison quand il demandait à ses compatriotes de consommer local? Ou quand il parlait de la bière lors d'une interview à un magazine panafricain?  « La bière n’est pas une priorité. Qu’est-ce qu’on choisit, le mil pour manger ou le mil pour boire ? Je crois qu’il faut d’abord nourrir les gens. Ensuite on verra le sort de ceux qui veulent boire. Tous les burkinabé ne boivent pas de la bière, mais tous les burkinabé mangent chaque jour ».

Thomas Sankara avait raison sur plusieurs points, mais avait peut-être tort sur d'autres. Il ne s'agit pas d'idôlatrer Sankara; aucun homme ne devrait l'être. Mais il ne s'agit pas non plus de saluer sa mémoire chaque année en écoutant ses discours. Chaque africain devrait porter les idées de Sankara. Et, dans ce cas, même avec des dirigeants corrompus, les peuples pourront reprendre leur droit; même avec des occidentaux qui saboteraient soit-disant le continent noir, les Africains reprendront le dessus. Les chinois l'ont fait, l'Afrique peut le faire. Thomas Sankara a pendant sa courte vie, tenté de le faire comprendre à ses frères. Africains debout!

Quelques extraits de ses discours

« L’esprit de liberté, de dignité, de comp­ter sur ses pro­pres forces, d’indé­pen­dance et de lutte anti-impé­ria­liste doit souf­fler du Nord au Sud, du Sud au Nord et fran­chir allè­gre­ment les fron­tiè­res. D’autant plus que les peu­ples afri­cains pâtis­sent des mêmes misè­res, nour­ris­sent les mêmes sen­ti­ments, rêvent des mêmes len­de­mains meilleurs. »

«La dette ne peut pas être remboursée parce que d’abord si nous ne payons pas, nos bailleurs de fonds ne mourront pas. Soyons-en sûrs. Par contre, si nous payons, c’est nous qui allons mourir. Soyons en sûrs également.»

« Il faut pro­cla­mer qu’il ne peut y avoir de salut pour nos peu­ples que si nous tour­nons radi­ca­le­ment le dos à tous les modè­les que tous les char­la­tans de même acabit ont essayé de nous vendre 20 années durant. Il ne sau­rait y avoir pour nous de salut en dehors de ce refus là. Pas de déve­lop­pe­ment en dehors de cette rup­ture là. Il faut rani­mer la confiance du peuple en lui-même en lui rap­pe­lant qu’il a été grand hier et donc, peut-être aujourd’hui et demain. Fonder l’espoir. »