La Nouvelle Tribune

Vous avez dit impasse budgétaire ?

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Les  Etats-Unis, première puissance mondiale devant la Chine, (pour combien de temps encore ?) sont dans la tourmente. Certains de  leurs services publics ne fonctionnent plus  qu’au ralenti, depuis lundi dernier. La plupart des agents, plus de 800.000, sont au chômage.

Conséquence : les parcs publics, la  fameuse Statue de New-York,  les musées et les aéroports, sont paralysés, pour ne citer que ces espaces que le grand capital américain  a laissés dans le domaine du Service Public. Les  habitués des aéroports   américains savent combien la Douane et les services de Police sont tatillons, depuis les attentats du 11 novembre 2001. Eh bien ! Ils devraient s’habituer  encore à plus de tracasseries, dans les prochains jours, à moins d’un accord entre les deux protagonistes de la tragédie budgétaire, que sont les Démocrates et les Républicains. En effet,  c’est faute d’un accord  entre  les deux chambres du Congrès - le Sénat dominé par les Démocrates et la Chambre des Représentants où les Républicains sont majoritaires – que l’impasse budgétaire, que les Américains appellent «Shutdown»,  s’est installée. Il y a quelque chose qui tient de l’idéologie ultralibérale, prônant l’individualisme à tout crin, et de la mesquinerie politicienne qu’on rencontre sous nos cieux africains, dans ce refus des Républicains  de voter le budget. Car derrière ce refus,  se  profile la volonté des Républicains, conduits par les fondamentalistes du Tea Party, de torpiller  ce qu’on appelé l’Obama Care, du nom de cette réforme du système de santé qui permet à des millions d’Américains pauvres, de contracter une Assurance-santé, dans un pays où seuls les plus riches peuvent s’assurer.

  Les Etats-Unis ne sont pas à leur premier Shutdown. Déjà, sous le Président Clinton (1993-2001), l’impasse budgétaire a duré trois bonnes semaines. En 2012, aussi, presqu’à la veille de la dernière présidentielle,  le pays avait failli connaître une situation similaire,  quand le Congrès a traîné les pieds pour autoriser le relèvement du plafond de la dette. Mais l’alerte a été chaude,  puisque la note des Usa a été  dégradée d’un cran, pour la première fois de leur histoire, du simple fait de la menace de non-relèvement de ce plafond. Tous les observateurs conviennent que les Etats-Unis sont le seul pays au monde  à connaître cette impasse budgétaire, qui paralyse littéralement les services sociaux de tout le pays. Ailleurs, les majorités fluctuantes qui se succèdent à la tête des gouvernements occidentaux, arrivent toujours à s’accorder sur l’essentiel,  pour ne pas trop tirer sur la corde des intérêts divergents. Quel  parti oserait prendre en effet le risque d’apparaître dans l’opinion, pour celui qui torpille les services sociaux ?

La leçon de l’impasse budgétaire américaine est  moins pour les démocraties anciennes d’Occident que pour les démocraties naissantes d’Afrique et d’ailleurs. Une leçon pour plus de rigueur dans la gestion de la chose  publique, et un appel aux représentants du Peuple, pour un marquage à la culotte de l’Exécutif, pour s’assurer que le budget voté est celui qui a été exécuté. On sait  que, depuis l’avènement du régime du Changement, c’est loin d’être le cas. Tout le monde sait que le budget voté  en fin décembre, ne commence à être mis en œuvre qu’au mois de mars,  soit plus de trois mois plus tard. Pendant ce temps, seules les charges salariales de l’Etat, et les déplacements multiples, sont exécutés et assurés. Faites un  tour au Trésor et vous vous entendrez dire, si vous êtes opérateur économique ou simple chef de Pme, que la priorité est donnée au  paiement des salaires et des pensions. Les écritures sont closes autour de la mi-novembre et même en octobre. Il en est ainsi depuis l’avènement du régime du Changement. Depuis lors, un nouveau terme est apparu dans le vocabulaire des agents du Trésor : le Sigfip (le Système intégré de gestion des Finances Publiques) est fermé. Cette année 2013, il déjà été fermé deux fois. La dernière  fois, c’était en juin dernier. Dans les milieux financiers, on annonce  son ouverture pour ces jours prochains, pour le fermer définitivement, dit-on,  courant novembre, soit un mois avant la fin de l’année budgétaire. C’est dire qu’à la différence de l’Amérique, notre pays,  le Bénin, connaît en réalité plusieurs «impasses budgétaires», au cours desquelles tous les paiements au titre de la dette intérieure sont bloqués