La Nouvelle Tribune

Burkina Faso : des journalistes protestent contre la censure et l’auto-censure

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Hier au Burkina Faso, les professionnels des medias de service public ont protesté contre la censure et l’auto-censure dont ils font objet dans le traitement de l’information.

Au Burkina Faso, les journalistes des medias de service public sont mecontents. Ils sont mécontents pour ce qu’ils appellent «l’immixtion» des autorités dans le traitement de l’information dans les medias de service public. Réunis au sein du Syndicat autonome des travailleurs de l’information et de la culture (Synatic) et de l’Association des journalistes du Burkina Faso (AJB), rédacteurs, vidéastes et techniciens, ont décidé, pour une première fois, de sortir de leurs gongs, pour préserver leur indépendance dans l’exercice de leur profession, a-t-on appris de l’Afp. Information confirmée par le site d’informations Koaci.com, qui précise qu’en guise de protestation, hier mardi 16 juillet,  plus de 200 journalistes des médias ont observé un sit-in de trois heures au sein du ministère de la Communication, a constaté sur place Koaci.com. Ces medias de service public comprennent la radiodiffusion et la télévision nationales, les Editions Sidwaya, qui regroupent le quotidien d’Etat Sidwaya et l’Agence d’information du Burkina (Aib).

Le Secrétaire général du Synatic, Justin Coulibaly, et ses confrères et consœurs, dénoncent «l’immixtion» du ministère de la Communication dans le traitement de l’’information par les médias publics. Allusion est faite à la marche organisée par l’opposition le 29 juin dernier, contre la création du Senat. Un Sénat dans lequel l’opposition voit un moyen pour le Président Compaoré de faire réviser la Constitution afin de se représenter en 2015.

De façon concrète, selon l’Afp, le syndicat des journalistes accuse notamment le Secrétaire général du ministère de la Communication d’être intervenu «directement» pour «charcuter» un reportage de la télévision nationale sur une marche organisée par l’opposition le 29 juin dans la capitale.

Le Sg du Synatic a d’ailleurs souligné que «l’immixtion du pouvoir dans les médias publics ne date pas d’aujourd’hui, elle commence maintenant à prendre une certaine ampleur.»

Démenti formel

Le démenti du gouvernement est formel. «Je n’ai jamais donné d’instructions à personne»,  s’est défendu à l’AFP le Secrétaire général du ministère de la Communication, Adama Barro. Il va ajouter que les autorités opèrent  un suivi au niveau des médias publics, en leur disant de rester professionnels. «On ne leur a pas demandé d’être des griots du pouvoir ou du gouvernement, mais de ne pas être non plus les griots de l’opposition.»

«Sur le point relatif à l’immixtion des autorités du ministère dans le traitement de l’information, à aucun moment une telle démarche n’a été entreprise par mon département», a déclaré à son tour le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Alain Edouard Traoré, lors d’une conférence de presse.  Le ministre Edouard Traoré a évoqué une accusation «gratuite et sans fondement».

Un exemple à suivre par l’Ortb

L’exemple vient du Faso. Et le «Non à la censure des articles et des reportages dans les rédactions, Non et non à l’ingérence dans notre travail» par les journalistes du service public burkinabé, devrait faire des émules chez leurs confrères et consœurs béninois de l’Ortb. Et pour cause, au Bénin, l’Ortb (la télévision nationale) est devenue le symbole du monolithisme médiatique. La chaine de télévision donne l’impression d’être au service de la propagande pour les actions du Chef de l’Etat, Boni Yayi et son gouvernement. C’est un événement quand elle diffuse des éléments portant sur des activités de l’opposition, ou même de toutes les personnes critiques vis-à-vis du gouvernement. Des débats contradictoires sur les grands dossiers de l’actualité, il n’en existe pas. Curieusement, le personnel de la maison n’a jamais protesté contre cette situation. Les mouvements d’humeur organisés par le syndicat des agents, ont toujours trait à des revendications d’ordre corporatiste. Ce n’est pas un appel à la révolte. Mais les agents de l’Ortb doivent aller à l’école de leurs confrères et consœurs du Burkina Faso.