La Nouvelle Tribune

Guinée : une démocratie toujours à l’agonie

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La Guinée se déchire depuis plusieurs mois. L’opposition qui conteste le pouvoir trop «autoritaire» du Président Alpha Condé, a lâché ses militants dans les rues. Le pays s’enflamme, les espoirs d’un dialogue politique s’amenuisent au fil des jours et la démocratie guinéenne, elle, a du mal à retrouver ses lettres de noblesse.

L’opposant Cellou Dalein Diallo, flanqué d’une forte délégation de l’opposition, est à Paris pour dénoncer les excès et les abus de pouvoir d’Alpha Condé, contre qui ses militants marchent depuis plusieurs mois. Interviewé hier par Rfi, il affirme être venu à Paris pour chercher du soutien politique, dénoncer les exactions commises par le pouvoir sur les populations, surtout celles réputées proches de l’opposition, mais aussi pour tenter d’empêcher la tenue des élections législatives le 30 Juin. Depuis plusieurs semaines déjà, les jeunes sont presque tous les jours dans les rues, où ils contestent les excès et les injustices du régime Condé. Au fil des jours, la situation ne semble pas s’améliorer. Au contraire, le discours tenu par Diallo ne plaide pas pour un retour à l’accalmie. Il promet accentuer ces mouvements d’humeur pour empêcher le gouvernement d’organiser les élections législatives du 30 Juin. Tout ceci n’est que le signe d’une rupture de dialogue entre le gouvernement et l’opposition, mais aussi d’un échec cuisant de la gouvernance Condé

Le retour des vieux démons

A dire vrai, toutes ces contestations sont la preuve de l’échec du Président Condé dans sa volonté de doter la Guinée d’une démocratie digne du nom. On s’attendait donc à ce qu’il s’affranchisse des méthodes de gouvernance des Présidents Sékou Touré et Lansana Conté. On s’attendait à ce que lui, l’opposant charismatique, chantre invétéré de la démocratie, puisse en faire la promotion. Mais, une fois au pouvoir, Condé est tombé dans les mêmes travers que ses prédécesseurs. Comme eux, il a commencé à réprimer l’opposition de la façon la plus violente possible. Comme eux, son pouvoir se « bunkérise » et devient de plus en plus réfractaire à la contradiction et au dialogue.  Et pourtant, dans ses envolées lyriques d’opposant, Condé avait souvent dénoncé les excès de ses prédécesseurs qu’il traitait de dictateur.  En guinée, hélas, les régimes se succèdent et se ressemblent presque. De Sékou Touré à Alpha Condé, en passant par Lassana Conté, le pays est resté toujours accroché à ses vieilles mauvaises habitudes de République bananière, où la pratique de la démocratie ne dépasse guère les discours d’opposants politiques. La Guinée semble être frappée d’un mal congénital, d’une sorte de malédiction liminaire qui la tient loin de la démocratie et l’amène à s’enliser dans les poubelles de l’histoire contemporaine. Alpha Condé, en dépit de son parcours et de sa vision politique, n’a pas réussi, malheureusement, à changer la donne.