La Nouvelle Tribune

Mali : une autre république nommée Kidal

Espace membre

Et nous voilà toujours avec Kidal. Depuis quelques semaines, c’est cette ville du nord est qui est sous les feux de la rampe et attire l’attention des médias, régionaux qu’internationaux qui se sont rués sur la Mali depuis le début de cette guerre en Janvier dernier.

 La ville située aux confins de l’Adrar des Ifoghas est devenue une république à part. Occupée et dirigée les Touaregs, elle s’est opposée à l’arrivée de l’armée et de l’administration malienne. Aucune trace de la présence de l’Etat malien n’y est. Las patrons ici sont les anciens « indépendantistes » du Mnla et des mouvements satellites, ceux là mêmes qui ont déclenché la guerre contre le Mali. Requinqués par l’arsenal de guerre libyen depuis la chute de Kadhaffi, Mohamed Ag najem, ancien officier de l’armée libyenne, touareg rompu au métier des armes mais qui voue une haine inextinguible à Bamako qui a tué son père lors de l’éclatement de la première rébellion touarègue en 1962. C’est lui le Chef de l’Etat major du Mnla lorsque ce groupuscule de touaregs armés venus majoritairement de la Libye et qui avait une seule revendication, l’indépendance de l’Azawad composé des trois régions du nord du Mali que sont Kidal, Tombouctou et Gao. Affaiblis depuis longtemps par le Mujao et le groupe Ansar Dine, tous d’obédience djihadiste, les indépendantistes du Mnla ont revu leur ambition à la basse et sont revenus se recroqueviller à Kidal, leur fief traditionnel qu’ils ont pu garder de main de maître et contre vents et marées. Quand vinrent les forces françaises et africaines, le Mnla- aujourd’hui éclaté en deux mouvements -  n’adopte pas une posture belligérante.  Il ne sera pas estampillé comme un groupe terroriste. Arrivées à Kidal, les troupes françaises ne les attaquent pas, elles les ménagent au contraire, les utilisent au début comme des éclaireurs et des pisteurs pour débusquer les terroristes du Mujao, d’Ansar Dine et d’Aqmi dans leurs caches des montagnes des Ifoghas. L’armée française les laisse un peu en terre conquise et Paris se fait parfois le chantre du projet du Mnla. Celui-ci ne veut pas sentir l’Etat malien. Il ne veut ni son administration, ni son armée. Kidal devient une république à part. Les ex-indépendantistes changent de revendication. Désormais, ils parlent d’autonomie mais ne veulent toujours pas des attributs de l’Etat souverain malien. Depuis quelques jours, c’est Blaise Compaoré qui ouvre à Ouagadougou des pourparlers sur le statut de Kidal afin que l’élection du 28 juillet puisse se tenir dans cette région comme le souhaite le gouvernement malien. Les réticences sont toujours pesantes du côté de Kidal  mais les autorités de Bamako n’entendent pas lâcher prise sur le sort de cette région qui fait tout pour échapper à l’autorité de l’Etat malien. Plus de 52 ans après son indépendance, le Mali court toujours derrière son intégrité territoriale. Le Mnla obnubilé par une revendication identitaire aussi vieille que les indépendances tente d’ôter Kidal du joug malien. Et la France, patrie mère, semble hélas s’accommoder à  leur forfaiture.