La Nouvelle Tribune

Annonce de la création d’une force d’intervention rapide par l’UA: encore une utopie à l’africaine ou une gifle pour Hollande ?

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L’Afrique connaîtra bientôt la création d'une force d'intervention rapide pour le règlement des conflits armés sur le continent. L’annonce a été faite le lundi 25 mai dernier, par le Premier ministre éthiopien et président en exercice de l'Union africaine (Ua), Hailemariam Desalegn, au cours du sommet de l’Ua.

Un sommet qui commémorait le cinquantenaire de la naissance de l’Organisation de l’Unité Africaine (Oua), devenue Union Africaine depuis 2002.

Cette nouvelle qui s’impose comme l’une des décisions majeures de la célébration du cinquantenaire de l’Union Africaine, est une disposition qui aura pour vocation de pallier les retards notés dans la constitution d'une Force africaine en attente (Faa), attendue depuis une dizaine d'années, notamment depuis le passage de l’Oua à l’Ua. Il s’agit également d’une décision qui dévoile une volonté des chefs d'États africains, de prendre au plus tôt leur destin en main ; c’est-à-dire de régler, eux-mêmes, leurs conflits, sans attendre les Occidentaux. Le cas tout récent du Mali a plus que jamais étalé l’impéritie des pays africains dans la prise de leurs responsabilités, ne serait-ce que sur le volet sécuritaire. Mais, qu’est ce qui peut expliquer la prise d’une telle décision, alors que depuis une dizaine d’années, on attend sans succès la mise en place de la Faa, censée jouer le même rôle, ou presque ?

Encore une utopie à l’africaine ?

Initialement prévue dès la constitution de l'Ua, puis programmée pour la fin de 2010, la Faa ne sera finalement mise en place qu'en 2015. A moins de deux ans de cette échéance, qu’est-ce qui justifie encore l’annonce de la création d’une autre force ? A en croire le commissaire de l'UA à la Paix et la Sécurité, Ramtane Lamamra, «  la mise en place de cette force se veut une mesure provisoire en attendant que le projet de Force africaine en attente (Faa) soit totalement opérationnelle ». Pourquoi alors cette mesure provisoire ne vient qu’à deux ans de l’échéance de 2015 fixée ? Mieux, si l’Union africaine n’a pas réussi en dix ans à mettre en place sa Force africaine en attente (Faa), qu’en serait-il de la Force d’intervention rapide annoncée en grande pompe ? Voilà autant d’éléments qui nous poussent à nous demander si la Force d’intervention rapide ne sera pas, elle non plus, une autre forme d’utopie à l’africaine.

Par ailleurs, Ramtane Lamamra a précisé que la nouvelle force d’intervention rapide « serait immédiatement opérationnelle grâce aux contributions en hommes, matériel et financement, d'ores et déjà offertes par l'Afrique du Sud, l'Ouganda et l'Éthiopie, sur la base du volontariat ». Tout porte à croire qu’aucune disposition au préalable n’avait été prise avant ce sommet du cinquantenaire à Addis-Abeba. Pour l’instant, le projet relève uniquement de l’initiative de trois pays ; ce qui, d’autre part, suppose qu’un grand consensus n’entoure pas encore la naissance de cette force. Mieux, la contribution en hommes, matériel et en financement, sera basée sur du « volontariat ». Et la volonté des dirigeants africains, en de pareilles initiatives, nous savons tous un peu ce que cela vaut. Le cas de la Misma (Mission Internationale de Soutien au Mali), est encore dans les mémoires. Nul n’ignore la participation hésitante et mitigée de cette mission africaine dans la libération du nord Mali.

Dans le cas actuel de la création d’une force d’intervention rapide, on peut d’ores et déjà affirmer qu’il y a comme de la précipitation qui entoure cette nouvelle initiative. Et à cette allure, il sera tout à fait légitime et justifié de craindre que cette force ne subisse le même sort que la Faa.

Une gifle pour Hollande ?

La décision de la création prochaine, pour l’Afrique, d’une force d’intervention rapide, pourrait, sous d’autres prismes, être aussi interprétée comme un cinglant désaveu infligé à François Hollande par ses pairs africains.  Il faut déjà noter que cette annonce fait suite à une autre, faite le Samedi 25 mai, trois jours plus tôt, à l’ouverture du sommet de l’Ua, à Addis-Abeba, par le Président français. François Hollande a annoncé qu’il invitait les pays africains à Paris pour un sommet sur la Paix et la sécurité sur le continent. Si l’on tient compte du rôle prépondérant qu’a joué la France dans la libération des territoires du nord Mali, on peut penser que cette invitation est toute naturelle. Mais, la plupart de ses homologues africains présents, n’auraient pas réservé un accueil favorable à cette invite. Ces derniers reprocheraient au Président français de ne pas les avoir consultés avant d’annoncer son initiative. Même s’ils sont conscients de la pertinence du contenu de cette main tendue de François Hollande. Ainsi, leur réplique ne s’est pas fait attendre. Trois jours après, les dirigeants africains annoncent la création d’une Force de sécurité d’intervention rapide. Cette annonce sonne comme une gifle des chefs d’Etat africains à leur homologue français, un peu comme pour lui signifier que l’Afrique n’aura pas besoin de lui pour assurer la Paix et la sécurité sur son territoire.