La Nouvelle Tribune

Jubilé d’or de l’Oua : 50 ans de tentatives d’unité sans audace

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S’il y a un aspect du bilan des cinquante ans de l’Organisation de l’Unité Africaine (Oua) qui retient l’attention, c’est bel et bien le chantier de l’unité du continent.

 « Le néo-colonialisme, ça continue ». Ainsi, Dlamini Nkosazana Zuma, présidente de la Commission de l’Ua, donnait le ton, mercredi dernier à Addis-Abeba, dans le cadre des premières festivités de la célébration du cinquantenaire de l’Oua ; comme pour mettre en garde la communauté africaine sur les défis majeurs à relever par l’institution. C’est sans doute donc une manière pour la présidente de la Commission de dire avec euphémisme, « on a échoué, mettons-nous au travail. »

 En effet, la célébration, ce 25 mai, du cinquantenaire de l’Oua, devenue en 1999, Ua, est en fait l’occasion de faire le bilan du chemin parcouru en un demi-siècle. Et ce bilan n’est pas reluisant. Il faudra analyser le niveau d’atteinte des différents objectifs que les pères fondateurs ont assigné à l’Oua en 1963, pour s’en convaincre. C’est surtout l’échec au niveau de l’unité africaine qui retient plus l’attention.

L’objectif premier de l’Oua, si on s’en réfère à sa charte, est de « renforcer l’unité et la solidarité des Etats africains »

Pourtant, sur ce chantier d’unité africaine, l’on est loin de la concrétisation. Non pas au niveau des peuples, mais beaucoup plus au niveau des Etats. Chaque chef d’Etat africain reste encore très jaloux des prérogatives que lui confère son titre dans son pays. Pis, les coups fourrés, la méfiance et la défiance, ont le plus souvent caractérisés les relations entre chefs d’Etat, avec des pays qui servent de base arrière, soutiennent ou financent des rebellions qui déstabilisent les autres.  

Unis en théorie

L’idée d’unité est pourtant la philosophie qui sous-tend la création de l’Oua. Une unité de l’Afrique pour qu’elle soit plus forte sur le plan économique, politique et militaire. Cela a été suffisamment agité, d’ailleurs par Nkrumah, l’un des pères fondateurs de l’Oua, dans son discours du 24 mai 1963, à la veille donc de la naissance de l’Oua. Ce discours dans lequel, il a montré que la voie, et la seule pour que l’Afrique puisse se développer, c’est le Panafricanisme... L’unité politique, financière et économique, diplomatique et militaire du continent. Cinquante ans après, si plusieurs mécanismes institutionnels ont été mis sur pied pour favoriser l’unité via l’intégration, on a comme l’impression que la mayonnaise n’a pas encore pris véritablement.  Et comme pour paraphraser le professeur Honorat Aguessy, il y a trop de tergiversations, de balbutiements, de verbiages, de beaux discours, sans du concret.

Pourtant, au niveau des dirigeants, ils semblent être tous conscients de la nécessité de l’unité et du Panafricanisme.  Mais la réelle volonté politique et l’audace font défaut. Pour preuve, on est tous conscients qu’il faut au continent sa propre monnaie unique, une force armée supranationale, une diplomatie commune, pour parler de la même voie dans le débat géopolitique international. Mais, la volonté pour matérialiser tout cela, s’arrête au niveau des discours, des conférences, des séminaires.

Et le ministre éthiopien des Affaires étrangères Tedros Adhanom, a eu l’appréciation juste quand il dit : « Si cinquante ans après, nous n’avons pas réalisé les rêves de nos pères fondateurs, c’est aussi par manque de leadership et de gouvernance. » Ça a été cinquante ans de panafricanisme béat.