La Nouvelle Tribune

Reconstruction du Mali : les défis après le «bon coup» de Bruxelles

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Comme prévue, la conférence internationale des donateurs pour le Mali s’est tenue hier à Bruxelles. La somme mobilisée va au-delà des attentes. Mais, au vu des préalables au décaissement et à la bonne gestion des fonds promis, on pourrait dire que c’est maintenant que le plus dur commence pour les autorités du pays.

Bravo ! Pari gagné, est-on tenté de dire à Dioncounda Traoré, François Hollande et José Manuel Baroso. Et pour preuve, la conférence internationale des donateurs pour le Mali, organisée à Bruxelles hier mercredi 15 mai, conjointement par l’Union Européenne et la France, avec l’étroite collaboration du Mali, a été un succès. Les 3,25 milliards d’Euros mobilisés par les 108 pays et institutions présents ce mercredi dans la capitale européenne. Axée sur le thème « Ensemble pour le renouveau du Mali », le rendez-vous de Bruxelles avait pour objectif la mobilisation de fonds pour le financement du plan de développement du Mali sur les deux prochaines années. Le coût de ce plan pour le renouveau du Mali est estimé à 3,9 milliards d’euros dont la moitié est prise en charge par Bamako. Le défi d’hier était donc de mobiliser la moitié de ces 3,9 milliards d’euros, soit environ deux milliards d’euros.  Le pari a été gagné. Surtout que l’on doutait que la communauté internationale, qui avait déjà mobilisé 455 millions de dollars, il y a quelques mois pour financer la guerre contre le Jihad au Nord-Mali, aille plus loin dans sa générosité envers le pays de Modibo Keita. Soutien militaire, soutien financier de taille. On a l’impression que le Mali en guerre est devenue l’enfant choyé de la communauté internationale.  

Elections et bonne gouvernance oblige

Seulement, entre la mobilisation de ce pactole et son décaissement, il y a des préalables que le Mali doit respecter. Et une chose est de mobiliser des ressources et l’autre chose est que ces ressources soient effectivement décaissées, et au bon moment. Le souhait, à ce niveau, est donc que tous les bailleurs de fonds décaissent les fonds promis, et qu’au Mali, de nouveaux événements ne viennent porter un frein à l’engouement de ces donateurs à remettre le pays sur les rails. Le premier préalable, comme l’a signifié le chef de la diplomatie française, c’est la résolution des aspects politiques de la crise malienne. Cela implique donc la fin des tiraillements entre acteurs politiques maliens, la résolution, une fois pour de bon, de la question du capitaine Sanogo, qui tire apparemment les ficelles via des acteurs politiques, et l’organisation à bonne date et de façon transparente de l’élection présidentielle. Une élection présidentielle dont l’organisation semble être forcée, selon l’impression générale, pour la faire tenir obligatoirement en juillet.  Et l’autre chose, c’est la gestion à faire des fonds à débloquer. Il faudrait que la gouvernance du pays permette qu’une fois débloqués, les fonds soient alloués à ce pourquoi ils ont été mobilisés : le financement du développement. On apprend qu’à ce niveau, pour rassurer les bailleurs de fond, les autorités maliennes se sont engagées à faire voter rapidement une loi anti-corruption. Pourtant la loi, bien qu’elle vienne renforcer l’arsenal juridique en matière de lutte anti-corruption, ne suffit pas à elle seule pour faire changer les choses. Il faut une réelle volonté politique et une conscientisation. Le Bénin est un exemple en la matière. L’adoption et la promulgation de la loi 2011-20 du 12 octobre 2011 portant lutte contre la corruption et autres infractions connexes en Républiques du Bénin avait suscité beaucoup d’espoir pour ce qui est de la fin de la corruption et des détournements de deniers publics. Pourtant, depuis l’adoption de cette loi, le pays a connu de gros scandales financiers (corruption, détournements de fonds), touchant même parfois le cœur du régime et impliquant des proches collaborateurs du Président de la République. Après donc le pari de Bruxelles, le plus dur commence pour le Mali. Si tant est que les acteurs politiques, sociaux et militaires veulent mettre définitivement fin à la crise.