La Nouvelle Tribune

Mali : vers une énième guerre dans la guerre

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Au Mali, les choses deviennent de plus en plus sérieuses sur la question du contrôle de la ville de Kidal, jusque là aux mains des rebelles du Mnla.

L’issue de cette crise dans la crise, risque de déteindre sur la relation idyllique qu’entretiennent  la France d’Hollande et le Mali de Dioncounda, depuis le déploiement français dans le pays. Attaquera, attaquera pas ? La guerre de Kidal aura-t-elle lieu ? Ce sont là les questions que tous se posent désormais sur la nature de l’offensive que veut mener au Nord-Mali l’armée régulière du pays, face aux rebelles touaregs du Mnla (Mouvement national pour la libération de l’Azawad) qui refusent l’accès de la localité de Kidal à l’armée républicaine. 

Co-auteurs de la déstabilisation du pouvoir malien, en plus des hommes du capitaine Sanogo, la rébellion du Mnla avait attaqué les positions de l’armée régulière malienne au nord du pays, avant d’être déroutée à son tour par les islamistes armés. Depuis l’intervention militaire franco-internationale qui a mis fin au règne des Jihadistes dans le nord-Mali, les rebelles du Mnla se sont retranchés dans leur bastion de Kidal, interdisant l’accès à la ville aux forces armées maliennes.  L’entrée des soldats maliens dans cette localité sous contrôle du Mnla, et par ricochet toute la question touarègue,  fait d’ailleurs partie  des sujets sensibles  de cette « affaire du Mali ». Désormais, l’on redoute l’imminence  de la reprise des combats entre soldats de l’armée malienne et les rebelles du Mnla. Le Mnla refusant de déposer les armes, comme le souhaite le pouvoir malien pour qui il est urgent de reprendre le contrôle du pays avant l’échéance électorale, notamment la présidentielle de juillet.  On apprend donc que le Pourvoir a fini par donner l’ordre à l’armée de reprendre le contrôle de la ville de Kidal. Et comme pour joindre l’acte à la parole, une colonne de militaires maliens a donc quitté Gao pour Kidal, d'une part, et une autre se dirige vers la ville de Ménaka.

Les affrontements entre les rebelles du Mnla et l’armée malienne ont été la première guerre de la crise malienne.  Cela est d’ailleurs tributaire du coup d’Etat contre le régime de Toumani Touré et l’entrée des Jihadistes dans le pays. Cette occupation Jihadiste du Nord-Mali  a débouché sur  la guerre dite internationale contre le Jihad. D’éventuels combats pour le contrôle de Kidal seraient donc la reprise de la guerre dans la guerre.

Fin du ‘’love story’’ Paris-Bamako ?

La question de Kidal est le grain de sable dans le moulin franco-malien. Depuis le début de l’opération serval qui a sauvé Bamako de la menace jihadiste et libéré les populations du Nord des affres de l’occupation des « terroristes », les relations entre la France d’Hollande et le Mali de Dioncounda sont au beau fixe. Bamako voit Paris en sauveur. Paris perçoit le Mali comme « son partenaire » à protéger. L’accueil triomphal réservé à Hollande lors de sa visite malienne, en début février, en dit long.  Mais la position de Paris sur la question touarègue risque de mettre fin à cette lune de miel. Tout porte à croire que Paris soutient le Mnla dans son refus à l’entrée de l’armée malienne à Kidal. Et pour preuve, les autorités françaises proposent que l’administration civile soit déployée à Kidal. Curieusement, elles ne demandent pas aux rebelles de laisser les forces gouvernementales prendre le contrôle de la ville. Face à la menace des islamistes armés, Paris a soutenu avec promptitude Bamako. Mais, depuis que cette menace a été neutralisée, on a l’impression que sur la question Touarègue, la France joue le jeu du Mnla.  Les autorités maliennes actuelles sont pourtant très jalouses, voire intransigeantes, quant à l’intégrité du territoire du pays. Cela justifie d’ailleurs l’ordre donné à l’armée de reprendre le contrôle de Kidal contrôlé par le Mnla qu’on soupçonne Paris de soutenir.  

Par conséquent, l’on est face à un scenario qui pourrait, si chaque acteur reste campé sur sa position, transformer la lune de miel actuelle entre Paris et Bamako en lune de fiel. Mais Bamako va t-il pousser les pions jusqu’à ce niveau ? D’autant plus que les autorités maliennes sont conscientes du poids de l’ancienne métropole dans la résolution de la crise qui secoue leur pays. On en a pour preuve la table ronde internationale qui se tient ce jour à Bruxelles, et qu’elle a initiée avec l’Union Européenne, en vue de mobiliser des ressources pour la reconstruction du pays. Double-jeu, délicatesse et dilemme.