La Nouvelle Tribune

Madagascar : cacophonie dans la transition politique

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Des candidats qui se mangent le nez, le Conseil électoral supérieur discrédité, la Sadc moins ferme et désormais sur la voie d’un bras de fer avec les principaux acteurs politiques de la crise.

C’est désormais la confusion dans le processus électoral de sortie crise au Madagascar. Le méli-mélo est de retour dans la transition politique au Madagascar. Alors que les uns et les autres retenaient leur souffle, espérant que la  présidentielle de juillet vienne effectivement mettre fin à la crise politique à rebondissements qui secoue la Grande Île depuis 2009, les choses se sont encore compliquées avec les événements de ces dernières semaines.  Et pour preuve, la Sadc (Communauté de développement de l’Afrique australe), médiateur dans la crise, a demandé, vendredi dernier à l’issue de son sommet du Cap, aux trois principaux candidats à la présidentielle de sortie de crise, prévue pour juillet, de se retirer de la course. Il s’agit de Andry Rajoelina, Lalao Ravalomanana et Didier Ratsiraka dont la candidature suscite la polémique et fait planer un Epée de Damoclès sur le processus de sortie de crise.  L’opposition de ces trois candidats à la demande de la Sadc ne s’est pas fait attendre. C’est un « non catégorique » collectif. Et voilà qui ouvre la voie à un bras de fer entre le médiateur, et les principaux acteurs politiques d’une crise qu’il tente de juguler.

Pourtant, la situation était assez confuse et préoccupante avec la validation des candidatures de Andry Rajoelina, Lalao Ravalomanana et Didier Ratsiraka.  Des candidatures non conformes à la législation électorale du pays, mais validées par le Conseil électoral supérieur. Celle de Andry Rajoelina, l’homme fort du pays depuis le coup d’Etat militaro-populaire de 2009 qui a mis fin au régime de Marc Ravalomanana, a été déposée au-delà du délai. Lalao Ravalomanana, épouse comme on peut le deviner de Marc Ravalomanana, et Didier Ratsiraka, ancien président, n’ont, quant à eux, pas résidé sur le territoire malgache les six derniers mois, comme l’exige la législation électorale. Curieusement, toutes les trois candidatures ont été validées par  Cour électorale spéciale. Ce qui a mis en cause la crédibilité d’une institution qui joue pourtant un rôle-clé dans ce processus électoral de sortie de crise.

Salade-gombo

A l’exhortation de la Sadc, la polémique autour des candidatures de Andry Rajoelina, Lalao Ravalomanana et Didier Ratsiraka, et la crédibilité de la Cour électorale spéciale s’est ajoutée la proposition controversée du Conseil chrétien des Eglises, cet organe de médiation malgacho-malgache. Qui plaide pour la prolongation de la transition - donc le report de l’élection de juillet - la nomination d’un premier ministre aux pleins pouvoirs et un une présidence à quatre têtes, un, « quadriumvirat » composée de Andry Rajoelina, Marc Ravalomanana, Didier Ratsiraka et Albert Zaby.

Le médiateur malgache propose quelque chose, et la Sadc en propose une autre. Des candidatures illégales, une Cour électorale spéciale décrédibilisée, des acteurs politiques principaux à couteaux tirés qui jouent au chat et la souris, une Sadc moins ferme et trop circonspect, bras de fer en vue entre le médiateur - la Sadc - et les principaux candidats… La scène de la transition politique malgache ressemble à de la salade-gombo. De ce méli-mélo, tout porte à croire que c’est encore reparti pour la prolongation de la transition. Si tant est que l’on tient à trouver de nouvelles règles de jeu pour contenter tous les camps, sans mettre à mal la paix et la cohésion entre les populations de l’île. Et pour une solution durable de la crise.