La Nouvelle Tribune

Tchad : une saison de chasse à l’homme assez préoccupante

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Une saison de chasse à l’homme. C’est ce qui se passe au Tchad depuis le début de cette affaire de supposée  tentative de déstabilisation manquée. Une affaire rendue publique par les autorités gouvernementales le jeudi 02 mai.

Depuis, Députés, journalistes, universitaires, sont mis aux arrêts et, parfois, en violation de la procédure indiquée en la matière.

Arrestations en cascade. C’est ce à quoi l’on assiste au Tchad depuis le début de cette affaire de coup d’Etat déjoué rendu publique jeudi 02 mai dernier par les autorités gouvernementales. Après le député de l’opposition Saleh Makki, arrêté le jour même où cette affaire a été déballée, ce mardi, Saleh Kebzabo,  Gali Gata (opposition), Ngoté Ngarjely Yorongar et Routouang Yoma Golom, ont été interpellés par la police judiciaire. Entre temps, dans la journée du vendredi 03 mai, l’ancien recteur de l’université de Ndjamena, le professeur Khalil Alio, et le général Ngaro Ahidjo, gouverneur de la région du Salamat, ont, eux aussi, été arrêtés. Et lundi 06, ce fut l’interpellation et l’inculpation pour « atteinte à l’ordre constitutionnel »  du journaliste Eric Topona, secrétaire général de l’Union des journalistes tchadiens. Cette dernière arrestation n’a, à priori, rien à avoir avec les nombreuses orchestrées depuis jeudi 02 mai dans l’affaire dite de tentative de déstabilisation manquée.

Chasse aux sorcières

On n’en voudra pas au régime Déby de vouloir faire toute la lumière dans cette affaire de supposée tentative de coup d’Etat manqué. Mais l’idéal serait que cela se fasse  dans les règles de l’art. Pourtant, ce qui se passe au Tchad semble prendre l’allure d’une chasse aux sorcières sur fond de règlement de compte vis-à-vis d’opposants gênants. Et pour preuve, la procédure d’arrestation et d’interpellation des députés.  Ces interpellations et arrestations qui violent la procédure en la matière. En effet, les députés bénéficient de l’immunité parlementaire. Par conséquent, la norme dans le pays, voudrait que l’interpellation et l’audition d’un député soient précédées de l’autorisation de la Conférence des présidents de l’Assemblée Nationale. Pourtant, la police judiciaire n’a pas attendu cette autorisation avant de faire une descente, sans un motif au préalable, aux domiciles de Saleh Kebzabo et Gali Gata Ngoté ; tous deux députés de l’opposition. De même, saisie, la conférence des présidents du parlement n’avait pas encore donné son aval avant même que ces deux opposants aient reçu leur convocation. Pis, dans la vague d’arrestations opérées la semaine dernière, deux autres députés ont été arrêtés sans avis du Parlement.

Bien que le gouvernement ait fourni peu d’information sur la supposée tentative de déstabilisation déjouée, on pourrait déduire, à travers ses arrestations, que Déby et les siens veulent nous sortir un scenario où tous les chemins mènent à des opposants à son régime. Les autorités n’ont pas encore établi un lien entre l’incarcération du journaliste Eric Topona et l’affaire de déstabilisation. Mais, il faut remarquer que ce professionnel des medias est le fils d’un opposant. Autre ramification, Topona a été interpellé dans le cadre des suites de l’affaire Jean Laokolé. Ce dernier, fils d’un opposant, est  un jeune blogueur accusé de diffamation. Il est lui aussi en prison.

Position indélicate

L’on a donc des raisons de croire à ceux de la classe politique tchadienne qui avancent que le régime Déby veut profiter de cette affaire de coup d’Etat manqué pour « régler de vieux comptes. » De quoi  provoquer la paranoïa dans la classe politique, notamment celle de l’opposition. Surtout qu’en février 2008, Ibni Oumar Mahamat Saleh, un autre opposant, avait été arrêté par des militaires. Mais depuis, plus aucune nouvelle de lui. Et l’on n’a pas besoin d’être un expert en droits de l’homme pour constater que Déby commence à sortir des limites de l’Etat de droit. Et cela ne manquera sans doute pas de mettre dans une position indélicate Paris, qui a fait de Déby un pion essentiel dans le cadre de la résolution de la crise malienne.