La Nouvelle Tribune

Putsch déjoué au Tchad : les jours de Déby au pouvoir sont-ils comptés ?

Espace membre

Le Président tchadien Idriss Déby Itno a échappé à la destitution. C’est ce qu’on retient des informations qui nous sont parvenues de N’djaména ce mercredi. Le Gouvernement a communiqué très peu d’informations sur cette affaire de putsch déjoué.

On retiendra seulement qu’« un groupuscule d'individus mal intentionnés a cherché à mener une action de déstabilisation contre les institutions de la République ». Ces derniers « conspiraient depuis plus de quatre mois pour remettre en cause la paix.» Ils ont été arrêtés et présentés à la Justice. De nos confrères de Rfi, on apprendra qu’il y a eu des combats impliquant des civils et des militaires… S’en sont suivies des arrestations dont celui du député de l’opposition Saleh Makki.

Hypothèses

 Ce qui retient d’ailleurs l’attention, c’est le fait que peu d’informations, du moins officielles, soient disponibles autour de cette affaire. Le gouvernement tchadien a été très laconique sur la question. Mais en attendant plus de détails, deux hypothèses sont susceptibles d’être avancées. 

Primo, Il y a vraiment eu coup d’Etat déjoué. Cela signifierait que le régime Déby tire vers sa fin et commence à s’effondrer. Venu lui-même au pouvoir par coup d’Etat, après avoir renversé Hissen Habré en 1990, Déby est, selon cette première hypothèse, rattrapé par l’histoire. Comme l’a été François Bozizé en Centrafrique. Cela voudrait aussi dire que Super Déby n’est plus solidement assis sur son fauteuil présidentiel, tel qu’on en a l’air avec la montée fulgurante de son hégémonie dans la sous-région. Hégémonie qu’il doit à l’intervention des troupes tchadiennes au nord-mali et à sa volonté de ressusciter la Cen-sad. Encore que dans cette affaire du Mali, il passe comme l’intermédiaire idéal sur qui Paris veut compter.  

La rebelles de la Séléka en Centrafrique ont sans doute fait des émules au Tchad. Et aucun des pays de la sous région n’est dans ce cas à l’abri d’une déstabilisation. Si cette hypothèse est vérifiée, ça veut dire que les jours de l’ère Déby sont comptés.

Secundo, ce putsch déjoué n’est qu’un montage du régime. Ce serait donc une manipulation émanant du gouvernement. Cela pourrait permettre à Déby d’affaiblir quelques opposants qu’il a dans sa ligne de mire et raffermir  davantage son régime. Avec nos chefs d’Etats africains, on ne sait jamais.

Dans l’un ou dans l’autre cas, il y a eu complot. Une stratégie d’auto flagellation du régime pour se durcir ou une réelle menace de déstabilisation du régime Déby. Vue l’histoire du Tchad, le contexte sous-régional, ni l’un, ni l’autre des cas ne surprendrait. Affaire à suivre.