La Nouvelle Tribune

Italie : Enrico Letta de gauche à droite !

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Après avoir prêté serment ce dimanche 28 avril, le nouveau Chef du Gouvernement italien, Enrico Letta, a présenté les grandes lignes de sa gouvernance ce lundi 29 avril 2013, à travers son Discours de politique générale…

Mais, dans les propositions du nouveau gouvernement italien pour sortir le pays d’une crise qui devient de plus en plus préoccupante, on note une certaine « droitisation » nécessaire pour mettre en œuvre les actions hardies que compte mener Enrico Letta. Quels que seront les résultats atteints à l’heure du bilan, dans dix-huit mois a-t-il dit, on peut déjà affirmer que le nouveau Chef du Gouvernement italien, Enrico Letta, est au début d’une épopée qui le conduira de gauche à droite !

Une prestation «mémorable» de serment!

De mémoire d’Italien, jamais la prestation de serment d’un Gouvernement n’aura été plus remarquée, à l’international !

En effet, alors que le nouveau Chef de Gouvernement italien, Enrico Letta, prêtait serment avec tous ses ministres au Palais du Quirinal à Rome (Palais de la Présidence), une chaude alerte secouait les carabinieris (policiers italiens) devant le Palais Chigi (Palais de la Présidence du Conseil, la Primature italienne), à cause d’une attaque perpétrée par un forcené qui a ouvert le feu sur les carabiniers en faction devant le palais.

L’auteur des coups de feu, un Calabrais quadragénaire, a aussitôt été appréhendé par les forces de l’ordre. Cet « acte isolé » n’est pas le fait d’un réseau terroriste. Il s’agit plutôt d’un acte de désespoir, un « geste criminel tragique d’un chômeur qui voulait se suicider », selon les déclarations du ministre de l’intérieur, Angelino Alfano.

C’est dire à quel point la société italienne est confrontée à l’incertitude quant à l’avenir, à cause de la crise économique qui touche toutes les couches de la population, y compris la dynamique classe moyenne, moteur de l’économie italienne.

Le nouveau gouvernement se doit donc d’aborder, en priorité, la crise économique, notamment la question du chômage, en apportant des solutions pertinentes.

Face à de nombreux défis…

A peine a-t-il pris fonction que le Gouvernement Letta est déjà rappelé sur ses priorités, en l’occurrence la crise économique, le principal défi qu’il incombe au nouveau gouvernement de relever.

En remettant le  nouveau gouvernement face à ses responsabilités, le chômeur à la gâchette facile voulait juste faire une action d’éclat, histoire d’attirer l’attention sur sa situation désespérée.

Mais, même si l’acte est isolé, la situation n’en est pas moins générale. Car, aujourd’hui, la crise économique touche une large part de la population italienne. Le chômage fait des ravages aussi bien chez les jeunes que chez les cadres moyens jusque là épargnés par la crise de l’emploi en Europe.

Le défi économique est donc le principal que devra relever Enrico Letta pour entrer dans son épopée… Lui qui a hérité d’un Gouvernement composite formé après d’interminables tractations, et maintes tribulations et renvois. Une situation institutionnelle inédite qui a duré près de deux mois.

Ainsi, l’autre défi majeur auquel doit faire face le Gouvernement Letta, c’est la rénovation des institutions italiennes, une réforme longtemps reportée aux calendes... «romaines», mais dont l’acuité se fait de plus en plus sentir:

1. blocages récurrents de l’action gouvernementale ;

2. difficile consensus pour former le gouvernement, à cause des majorités éclatées ;

3. problèmes de coordination entre les différentes forces politiques qui se voient obligées de collaborer dans un même gouvernement,  alors qu’elles ne partagent pas les mêmes programmes ou la même vision.

Enfin, au niveau des défis, il y a aussi la question européenne sur laquelle les autorités de Bruxelles attendent, avec grand intérêt, la position du nouveau gouvernement, dans un pays réputé pour son anti-européanisme croissant.

… des réponses adaptées !

Malgré la nature hybride du gouvernement italien, une coalition de droite et de gauche, pour une alliance de circonstance, Enrico Letta a montré, avec fermeté, l’orientation de son gouvernement. Son Discours de politique générale prononcé ce lundi 29 avril 2013 est très ancré à droite, dirait-on, avec deux sujets principaux à retenir : l’économie et l’Europe.

Sur ces deux questions, la réponse se veut vigoureuse, avec des mesures vraiment hardies comme nous l’avions noté au début. En ce qui concerne la question européenne, le Chef du Gouvernement a bien rassuré les autorités de Bruxelles en souhaitant que l’Europe, qui traverse une « crise de légitimité » selon Enrico Letta, devienne un « moteur de développement durable ».

Aussi affirme-t-il en substance : « Le port vers lequel nous nous dirigeons s’appelle les Etats-Unis d’Europe et notre navire est la démocratie. Nous ne devons pas rêver les rêves des autres, nous avons le nôtre qui est celui de l’union politique européenne… »

C’est donc vers cette « Europe fédérale » qu’Enrico Letta compte aller pour trouver des solutions appropriées, globales et européennes, à la crise économique. Voilà qui devrait certainement rassurer les partenaires européens, Berlin, Paris et Bruxelles, pour qui Enrico Letta réserve ses premiers déplacements.

Evidemment, ce gage de confiance peut également être perçu comme une manœuvre du nouveau Chef de Gouvernement italien qui aura tant besoin de l’Europe pour la relance économique de son pays ; lui qui s’apprête à négocier avec la Commission de Bruxelles pour la mise en œuvre de ses politiques économiques. Toutefois, le chômage ne sera pas occulté, même si la marge de manœuvre est très réduite, en attendant le feu vert de Bruxelles.

Réponse dans 18 mois pour connaître l’issue de cette épopée pour laquelle Enrico Letta ne voit qu’une seule destination : Le succès !

Quand un chrétien démocrate de gauche devient farouche défenseur du fédéralisme européen, cela ne peut que plaire, pour raison de nécessité économique, mais aussi pour l’originalité de l’orientation politique. Telle est donc l’épopée Letta qui commence par l’Europe, un peu à la Berlusconi… A gauche celui-ci.