La Nouvelle Tribune

Attentat contre l’Ambassade de France à Tripoli : la rançon de « l’imprudence »

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L’Ambassade de France à Tripoli a été victime, hier, d’un attentat à la voiture piégée. Si aucune perte en vie humaine n’a été enregistrée, tout le monde s’accorde à reconnaître que l’acte est terroriste et vise les intérêts de la France en Libye.

Près de deux ans après la mort de Mouammar Kadhafi, le sauveur d’hier est de plus en plus perçu comme une force impérialiste qui empêche l’hégémonie de l’islamisme en Libye et dans le Sahara.

La France vient de recevoir sa part de récompense dans la guerre qu’elle a menée pendant des mois contre l’ancien homme fort de Tripoli, Mouammar Kadhaffi. On se rappelle qu’en septembre dernier, les Etats-Unis - dont l’intervention dans la guerre qui a liquidé Kadhafi et son régime autocratique n’était pourtant pas majeure - avait reçu sa récompense dans sa lutte obstinée contre le terrorisme. L’attaque avait été plus violente que celle d’hier et a entrainé la mort de l’Ambassadeur des Etats Unis en Libye et de deux autres Américains.

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Cette fois-ci l’attaque n’a pas eu la même ampleur. Et pour beaucoup de spécialistes, ce n’est qu’un avertissement, puisque les djihadistes ont planifié les choses de manière à ce qu’il ne soit pas mortel, en le faisant à 7 heures du matin, une heure où le personnel de l’ambassade n’est pas encore au service. A Tripoli, on soupçonne les organisations terroristes qui sont de plus en plus opérationnelles en Libye, depuis la mort de Kadhafi. En effet, pour vaincre ce dernier, le Conseil national de transition (Cnt) s’était fortement appuyé sur des terroristes qui avaient fait le djihad dans plusieurs pays, et des groupes islamistes. Avec la découverte des caches d’armes de Kadhafi, ces groupes qui ont aidé le Cnt dans l’effort de guerre, se sont retrouvés orphelins. Non seulement, ils n’ont pas été intégrés dans l’armée régulière, mais en plus, ils n’ont pu être « récompensés » par des postes dans la nouvelle administration qui gère le pays depuis l’arrivée au pouvoir de Moustapha Adbeljalil. Mais, l’autre point de discorde entre le nouveau gouvernement libyen et les groupes terroristes qui ont infesté le pays après la mort de Kadhaffi, c’est la revendication de ceux-ci de ne pas voir les membres de l’ancien régime dans le gouvernement.

Imprudence française

Qu’une attaque terroriste soit préparée et dirigée contre son ambassade, la France doit s’y attendre. Depuis des mois, elle devrait être informée, par le biais de ses agents de renseignement, mais aussi compte tenu des nombreuses déclarations des djihadistes, ainsi que des menaces qui planent sur ses intérêts. Il est clair que son intervention au Mali n’a pas dû être vue d’un bon œil par les mouvements djihadistes et terroristes, et qu’avec celle-ci, bon nombre de ces terroristes chassés du nord Mali trouveraient refuge dans le sud de la Lybie. Il est aussi bien évident qu’après les avoir désintégrés au Mali, ces groupes chercheront sûrement à s’en prendre aux intérêts français dans d’autres pays. Tout ceci était évident, comme l’est aussi la montée en puissance de leurs affidés libyens requinqués après la mort de Kadhafi. La France a mené une guerre rude pour liquider « un tyran », mais n’a plus pensé à pacifier ce pays désormais laissé à la merci des terroristes de tout acabit. Alle a tapé dans le dos du terrorisme et s’est laissée imprudemment taper dans le dos. Curieux sort pour un pays qui chasse un tyran et qui ressuscite le terrorisme qu’il a toujours combattu.