La Nouvelle Tribune

Centrafrique : l’habillage de la CEEAC pour légitimer le putsch de la Séléka

Espace membre

Les Chefs d’Etat de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale se sont réunis, de façon extraordinaire, ce mercredi au Tchad, pour se pencher sur la situation en Centrafrique.

Tout en affirmant la difficulté à reconnaitre Djotodia comme Président de la République, les chefs d’Etat d’Afrique centrale ont sorti un schéma qui signe la fin du régime Bozizé et relance le débat sur les coups d’Etat en Afrique.

C’est l’acte 2 de l’après Bozizé en Centrafrique. Réunis en sommet extraordinaire ce mercredi 03 avril chez Déby, les chefs d’Etat de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (Ceeac) ont visiblement donné le top pour l’acte 2 de la fin de l’ère Bozizé en Centrafrique. Tout en refusant de reconnaitre l’actuel homme fort de Banguy, Michel Djotodia, comme Président de la République, la Ceeac a sorti un schéma qui annonce la fin du régime Bozizé et ouvre la voie à une transition de dix-huit mois.

Sur le même sujet : Centrafrique : Djotodia accepte l'organisation d'une élection dans 18 mois

La Ceeac prévoit en fait la création d’un collège qui sera désigné par les forces vives – toutes les composantes de la société centrafricaine. Ce collège désignera à son tour le chef de l’exécutif, qui aura en charge de diriger le pays pendant les dix-huit mois que durera la transition. Elle propose aussi un organe législatif appelé « constituant », désigné de la même façon. Ce constituant sera chargé de rédiger la Constitution et légiférera en attendant la mise en place d’une Assemblée Nationale élue. Précision, aucune restriction n’est précisée concernant les personnes pouvant occuper la présidence de ce collège.

Contourner l’Union Africaine

A travers ce schéma, la Ceeac cautionne la prise du Pouvoir par les rebelles de la Séléka et donne sa bénédiction à une transition qu’elle essaie juste de recadrer. Et en ne mettant aucune restriction sur le poste de président du collège, c’est comme si la Ceeac avait mis sur pied un mécanisme pour permettre à Djotodia de se tailler un costume légitime et légal, pendant tout le temps que va durer la transition.

Lire aussi : Kenya-Centrafrique: le consensus à l’africaine!

C’est, sans doute, ce pourquoi Michel Djotodia n’a pas hésité à accepter cette solution proposée par ses voisins. Actuel homme fort du pays, Michel Djotodia pourra mettre les petits plats dans les grands pour se faire élire à la tête du collège, ou placer « son homme », quitte à refaire lui-même surface pour la course à la présidence, dans le cadre des élections présidentielles de fin de transition.

Dans l’optique de décourager les coups d’Etat sur le continent, l’Union Africaine a adopté le principe de condamner automatiquement toute prise de pouvoir par les armes, et de suspendre tout pays dans lequel survient un putsch, jusqu’à ce que l’ordre constitutionnel soit rétabli. L’Ua condamne donc le fait. Elle ne tient pas compte de la légitimité ou même de l’opportunité du renversement d’un régime constitutionnel par une insurrection populaire, armée ou par un putsch.

Mais avec la Centrafrique, la Ceeac a fait le choix de la collaboration au détriment de celui de la pression et de l’isolement. On pourrait donc voir dans cette solution, une manœuvre pour légaliser la transition aux yeux de la communauté internationale et contourner le principe anti-putsch de l’Union Africaine. Cela s’appelle simplement faire la part belle à la Séléka et à son leader, Michel Djotodia. Voilà qui semble donner raison à ceux qui pensent que Bozizé a été lâché par ses pairs de l’Afrique Centrale, notamment par Déby, qu’il accuse lui-même d’avoir soutenu les rebelles.