La Nouvelle Tribune

Une solution «ivoirienne» pour la Syrie ?

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A première vue, cette idée semble utopique étant donné la complexité de la crise syrienne et la multiplicité des acteurs avoués ou cachés. De toute façon, les nombreux experts et médiateurs qui se sont penchés sur la question ont déjà probablement étudié et balayé d’un revers de la main une telle solution. 

Néanmoins, elle vaut peut-être la peine d’être encore explorée en raison de la durée de ce conflit dont on vient de célébrer tristement le deuxième anniversaire avec comme bilan des milliers de morts. Tout ceci se passe avec une si surprenante banalité dans les médias qu’on peut se demander la valeur des vies humaines dans un tel contexte.

Le régime de Bachar Al Assad se prévaut d’une certaine légitimité historique et même d’une certaine légalité puisqu’il avait été élu avec un mandat toujours en cours. Pour clamer la vérité de son pouvoir, il a l’appui de la Russie et de L’Iran. Quant à la Chine, elle se cramponne à sa sacro-sainte doctrine de non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats pour se prévaloir d’une certaine neutralité. Au plan interne, le régime en place a le soutien de nombreuses minorités qui sont certains de ne pas être discriminées tant qu’il perdurera.

Quant aux rebelles, ils sont certains de leur majorité numérique due à la mouvance sunnite. Pour triompher, ils comptent sur l’appui des pétromonarchies du Golfe dont le fer de lance est le Qatar, décidé à étendre son influence. Les pays occidentaux qui, selon les grandes déclarations, sont contre tout extrémisme surtout celui musulman, ne manquent pas non plus de soutenir ces insurgés en leur fournissant armes, finance et formation au nom de la défense des droits humains. La présence dans les rangs insurgés de nombreux groupes terroristes ne semble pas les gêner pour autant.

Loin des grands principes, des innocents se font manipulés et tués pour les luttes d’influence et d’intérêts des puissances qui veulent à tout prix gagner la bataille de la Syrie sur l’échiquier mondial. S’ils recherchent des solutions diplomatiques selon les apparences, la lutte continue tous les jours sur le terrain. A ce stade, le pouvoir de Damas contrôle une bonne partie du territoire. Les rebelles également grâce à leurs soutiens ont conquis une autre partie. Cependant, ils exigent le départ de Bachar Al Assad comme préalable à toute négociation. Ce dernier s’estimant élu, garant de la survie de l’Etat et des minorités n’adhère pas à cette idée.

En Côte-d’Ivoire où le pays était divisé comme la Syrie actuelle, chaque partie avait contrôlé et sécurisé sa zone en vue des élections. Une fois les élections terminées après maintes péripéties, le « gagnant » a été investi grâce à une légitimité acquise par les urnes aux yeux de la communauté internationale et avec l’appui de cette dernière.

Pour en revenir à la Syrie, la légitimité des insurgés ne leur vient que des armes avec lesquelles ils conduisent à la mort leurs concitoyens et des étrangers. Le vrai pouvoir ne leur serait accordé que par les urnes. S’il arrivait qu’ils gagnent, Bachar Al Assad pourrait partir la tête haute et non par les armes et avec une bonne excuse pour ceux qui les soutiennent. Bien sûr, un tel processus ne pourrait se faire que sous une Constitution acceptée de tous. Ils peuvent, à cet effet, s’inspirer des mécanismes de du Liban voisin vrai mosaïque identitaire, ou de l’Irak qui connaît moins succès.

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Comme arbitre d’une telle démarche, l’ONU et la Ligue Arabe, étant donné les influences qui leur sont prêtées pourrait jouer des rôles de second plan. Des pays émergents d’une certaine neutralité et ayant moins d’intérêts dans la région comme le Brésil, l’Afrique du Sud et pourquoi pas la Chine ou autres peuvent être mis en avant. Evidemment, je le soulignais tantôt, ce scénario ne pourrait se réaliser que dans un monde idéal ; alors que le notre ne l’est pas. Néanmoins, cette idée saugrenue pourrait permettre de sécuriser les zones contrôlées par chaque partie et préserver la vie de milliers d’innocents si tant est la préoccupation de tous. Mieux, elle conduirait peut-être à la paix pour ce pays meurtri.

Cependant, le bon sens recommande à ce qu’on ne croit pas à une solution ivoirienne pour la Syrie car aucun des acteurs ne joueraient le jeu. En effet, dans les relations internationales, l’hypocrisie et les jeux d’intérêt sont la règle. En conséquence, aussi bien les rebelles que le régime Assad avec leurs parrains respectifs feront tout pour utiliser le répit des négociations à leur profit. S’il en est ainsi, la paix en Syrie n’est pas pour demain et seul le vainqueur par les armes fera la loi au détriment de la stabilité régionale et mondiale.