La Nouvelle Tribune

Exactions de militaires maliens : quand la guerre aggrave les clivages nord-sud

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Alors que la guerre bat son plein dans l’Adrar des Ifhogas avec de violents combats contre les djihadistes, certains soldats maliens s’investissent dans une autre entreprise. Depuis quelques jours, des témoignages recueillis dans plusieurs contrées du nord du Mali, attestent que des soldats maliens commettent des exactions sur les Touaregs civils.

On avait entendu parler dès le début du conflit, d’agressions contre les « blancs » qui vivent à Bamako et dans le sud du Mali. Depuis quelques jours, ce sont les militaires maliens, combattant dans le nord, qui sont accusés d’exactions sur les maliens de peau blanche comme les Touaregs, les Arabes, les Peulhs et les Songhaïs du nord. A Gourma, région située dans le centre-nord du Mali, plusieurs témoignages ont attesté de ces actes de violence commis sur les populations civiles de peau claire. Dans cette ville, plusieurs maisons de nomades touaregs ont été pillées ou incendiées et des populations ont  été tabassées. Selon les mêmes sources, les soldats maliens s’en prennent à ces nomades qu’ils accusent, à tort, d’être des instigateurs de la rébellion qui a conduit à la guerre dans le nord du Mali. Le Président malien, Dioncounda Traoré, interrogé sur cette question a nié les faits. Pourtant, depuis le début de l’opération Serval, des organisations des droits de l’homme comme Human rights watch, Amnesty international et bien d’autres, ont tiré sur la sonnette d’alarme en  publiant des rapports qui exposent ces exactions.

Vengeance sur fond de racisme

On  se rappelle, l’opération Serval avait pour objectifs de pacifier le nord du Mali et d’aider ce pays à retrouver sa souveraineté sur l’intégralité de son territoire. Dans un tel contexte, cette guerre déclenchée contre les organisations terroristes devait aboutir à unir le pays après une tentative de division par le Mnla. A l’allure où vont les choses, l’union des fils du mord et du sud sera difficile à négocier dans ce pays. Si la guerre arrivait à pacifier tout le territoire, il n’est pas si sûr qu’elle réussisse à gommer les rancœurs et les rivalités ethniques aggravées par les exactions des soldats maliens. Tout se passe comme si ces soldats étaient animés d’un  esprit de vengeance en réponse à leurs compagnons d’armes abattus par le Mnla au début du conflit, lors des combats de Tessalit, Aguelok . Cette guerre n’a donc pas servi à réconcilier les Maliens du nord et du sud. Au contraire, elle a réussi à aggraver cette plaie béante ouverte depuis 1960, avec la revendication de l’identité touarègue. Et c’est là que l’armée malienne est passée à côté d’une mission capitale pour le retour définitif à la paix au Mali.