La Nouvelle Tribune

Le Tchad, pour l’honneur du Mali et de la Cedeao (vidéo)

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Ce samedi 2 mars, une nouvelle fort rassurante est annoncée par les dépêches… L’un des principaux chefs d’Al Qaïda au Maghreb Islamique (Aqmi), aurait été tué par les forces tchadiennes engagées aux côtés de la France dans l’Opération Serval.

En effet, celui qui était présenté comme imprenable dans ce désert qu’il connait comme sa poche, Mokhtar Belmokhtar, et qui narguait les troupes françaises au Mali, vient d’être abattu comme un vulgaire bandit dans le massif des Ifoghas. Cette nouvelle donne dans la situation au Nord-Mali, nous amène à nous pencher sur le rôle non-négligeable joué par le Tchad dans les opérations, tout en nous interrogeant sur l’immobilisme observé du côté de la Cedeao. « Serval m’a tué », serait le dernier cri poussé par Mokhtar Belmokhtar, si on pouvait encore l’entendre.

Quand la guerre au Mali se réchauffa…

Il y a quelques semaines encore, nous présentions l’Opération Serval comme une promenade de santé et comme une « guerre tranquille » pour des soldats français en manœuvre militaire au Mali. C’était sans compter avec les derniers développements dans le nouveau défi que nous avions pourtant annoncé pour Serval : « Chasser les terroristes de leurs repaires, notamment du massif de Tigharghar, dans l’Adrar des Ifoghas, un sanctuaire réputé imprenable. »

Ainsi, les combats font désormais rage pour contrôler cette portion de territoire, le dernier refuge des terroristes d’Aqmi, après que Serval les eut chassés des grandes villes où le nettoyage final se poursuit. Les pertes s’alourdissent des deux côtés, évidemment avec la disproportion nécessaire pour rappeler les rapports de forces : des centaines de rebelles islamistes tombés sous les assauts de Serval, quelques dizaines de soldats de l’infanterie tchadienne fauchés par les balles de l’Aqmi… et quelques soldats français (le Caporal Cédric Charenton tué le samedi 2 mars, est le troisième).

Le massif des Ifoghas, dernier bastion !?

Pour en finir définitivement avec la guerre au Mali, Serval s’est désormais attaqué à l’un des derniers bastions de l’ennemi, où des rebelles insaisissables, sur un terrain qu’ils maîtrisent, se cachent dans des coins, parfois à quelques dizaines de mètres à peine des troupes alliées…

C’est dire que les opérations ont donc pris une tournure qui réduit considérablement l’avantage relatif de l’aviation française. Au lieu de frappes chirurgicales et tirs de missiles, il y a désormais obligation pour les militaires français d’engager un combat au corps-à-corps, sur un terrain très difficile, caillouteux, désertique, où la nature semble jouer contre eux.

Mais, heureusement, les Français ne sont plus seuls. Ils sont désormais soutenus et accompagnés par les troupes tchadiennes qui ont l’avantage de bien connaitre et de maîtriser ce type de terrain où elles ont déjà de l’expérience, pour avoir combattu les rebelles sur leur propre territoire. 

Les soldats tchadiens aux avant-postes…

Depuis quelques semaines, l’armée tchadienne est bien présente, dans la zone de Tigharghar, notamment dans le massif des Ifoghas où leurs troupes sont engagées aux côtés des Français pour apporter à Serval leur savoir-faire et leur connaissance du terrain. C’est eux qui « vont au contact », titillant l’ennemi, en étant aussi véloces que les terroristes, moins visibles que les « blancs de Serval », donc plus aptes à se fondre dans le paysage.

L’armée française a donc trouvé de « bons éclaireurs » sur qui elle peut compter pour baliser le terrain et annoncer les zones à risque, les cachettes des terroristes dorénavant plus faciles à débusquer pour des militaires français, mieux équipés.

Les soldats tchadiens ne sont pas venus au Nord-Mali pour faire de la figuration. Ils apportent un réel plus à Serval, et ce n’est que justice si leur courage et la force de leur engagement les mettent sous les feux de la rampe, avec des prises de premier choix : la tête de deux des principaux chefs d’Al Qaïda au Maghreb Islamique, Mokhtar Belmokhtar et Abou Zeid.

Ainsi l’annonçait, samedi dernier, l’état-major tchadien : « Les forces tchadiennes au Mali ont détruit totalement la principale base des jihadistes dans le massif de l'Adrar des Ifoghas, plus précisément dans la vallée d'Ametetai… Plusieurs terroristes… ont été tués… dont le chef Mokhtar Belmokhtar ».

Ces deux décès, s’ils sont confirmés (Paris joue la prudence pour le moment), constitueraient une grande perte pour le camp des terroristes, et une victoire indéniable pour le Tchad qui y voit une consécration de sa maîtrise des zones désertiques à haut risque du Sahara, un faire-valoir que le Président Idriss Déby n’hésitera pas à monnayer devant la France dans le futur, pour faire oublier ses exactions du passé.

Pendant ce temps, la Cedeao fait monter les enchères !

Pendant que des soldats français et tchadiens sont tués sur le front malien, les chefs d’Etat de la Cedeao, réunis en fin de semaine dernière à Yamoussokro, sont empêtrés dans des considérations financières, liant leur implication dans la Misma à la disposition des fonds nécessaires, quelques centaines de millions de dollars promis par les donateurs.

Serait-ce à dire que le Tchad disposerait de plus de moyens, à lui seul, que seize Etats ouest-africains dont le géant Nigérian et la Côte-d’Ivoire ? C’est un peu le monde à l’envers, quand c’est un lilliputien qui vient à la rescousse des géants de la Cedeao, dans une guerre qui les concerne plus.

On dirait bien que les armées ouest-africaines ont peur de s’engager dans les combats, arguant que leurs troupes seraient déjà présentes au Mali, avec la Misma. Mais, où sont-elles ces troupes de la Cedeao qu’on ne voit nulle part sur le terrain, lors des combats ? Voilà des pompiers qu’on envoie éteindre un incendie, mais qui se sont cachés bien loin des flammes.

En tout cas, une vraie guerre se poursuit dans le massif des Ifoghas où les Français peuvent désormais compter sur un allié efficace, le Tchad. En entendant « Serval m’a tué », on se demanderait bien à qui le tour ?