La Nouvelle Tribune

Côte d'ivoire : le cumul de mandats en politique, source de frustrations, de divisions et de défiance

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Enfin, la date des élections régionales et municipales est fixée. Elles doivent clore la série des consultations électorales destinées à doter la Côte d’Ivoire d’institutions et d’instances décentralisées de développement, choisies par le peuple en toute liberté. 

Alors qu’on pensait que le Rdr remporterait les dernières législatives partielles, à la surprise générale, les électeurs en ont décidé autrement. Ils ont tout simplement choisi de faire, enfin, triompher la démocratie, par le suffrage universel direct. Cette défaite est un coup dur à encaisser pour les cadres de ce parti, mais elle était presque prévisible, et sonne comme un sérieux avertissement pour les élections à venir.

Comme dans toutes les démocraties au monde, après l’élection présidentielle, il était logique que le peuple donne une majorité à l’Assemblée nationale, à celui qu’il a choisi pour diriger l’Etat et parler en son nom, pour défendre ses intérêts dans le monde. Visiblement, cet état de grâce du nouveau pouvoir semble désormais laisser la place à une période de désenchantement et de déconvenue électorale. Dans les démocraties, cette réalité politique traduit une bonne santé de la démocratie exercée par les peuples. Ils sont souverains et, par leur droit de vote, sanctionnent ou reconduisent ceux à qui ils ont confié la gestion de leur nation. En Côte d’Ivoire, après moins de deux années de pouvoir effectif de l’alliance Rhdp, les électeurs semblent de plus en plus préoccupés par la voracité des dirigeants de cette coalition politique. L’absence de lois interdisant le cumul de mandats électifs favorise l’avidité et l’insatiabilité de certains militants. À chaque élection, ce sont pratiquement toujours les mêmes cadres, dans chaque parti politique, qui sont choisis. Ils sont parfois déjà ministres, directeurs de cabinet, directeurs généraux d’administration centrale ou de société d’Etat ou très hauts fonctionnaires. Ils sont souvent aussi, en plus de leur fonction officielle, député, (déjà maires pour certains) et sont à nouveau candidats, tête de liste, à ces élections du 21 avril prochain. Lorsque l’électeur sait qu’un ministre, déjà député, est candidat pour la présidence d’un Conseil régional ou la mairie, il devient légitime qu’il s’interroge sur la pertinence de ces cumuls. Comment peut-on être efficace et disponible pour la population quand on a autant de mandats et de fonctions à gérer en même temps ?

Aujourd’hui en Côte d’Ivoire, certaines populations ne voient pratiquement jamais leurs élus. Ils vivent à Abidjan où ils ont d’autres activités ou fonctions. Lorsqu’on est ministre, puis député, maire ou président d’un Conseil régional, il semble vraiment très difficile de répondre favorablement aux attentes des populations. Elles choisissent souvent ces personnalités parce qu’elles pensent et espèrent qu’elles peuvent les aider à améliorer leurs conditions de vie. En général, ces dernières donnent délégation à leurs seconds pour administrer leur localité ou les représenter au Parlement.

Dans ce cas, pourquoi ne pas laisser ces seconds être pleinement les élus de la localité, afin qu’ils soient totalement disponibles pour leurs populations. L’erreur politique que font les états-majors des partis, c’est qu’ils misent sur la notoriété des ces hauts fonctionnaires de l’Etat pour remporter les élections locales. Or, les élections législatives de 2011 et partielles de février 2013 ont montré qu’un candidat indépendant local est souvent mieux apprécié par les populations et peut battre loyalement le candidat soutenu et financé par un grand parti politique du Rhdp.

Ce cumul de mandats crée beaucoup de frustrations chez les cadres de ces partis dont les candidatures sont rejetées au profit de celles d’un ministre ou ancien ministre à recaser. Parfois, au profit d’un candidat dont la légitimité sur le terrain reste encore à démontrer. Ce cumul suscite également des divisions au sein même de ces partis au pouvoir. De manière logique, il entraîne aussi une défiance de ces candidats frustrés et d’une partie des militants contre leur propre parti politique. Pour ces élections régionales et municipales, si rien n’est fait pour changer cela, beaucoup de surprises sont à prévoir. Même sans loi pour limiter le cumul des mandats avec de hautes responsabilités au sein de l’Etat, la morale et les exigences de la bonne gouvernance imposent naturellement une forme de décence politique et de considération pour les autres militants et cadres de ces partis.