La Nouvelle Tribune

Mali : la France va-t-elle abandonner si tôt « sa guerre » ?

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Dans une interview accordée hier à « Métro », le ministre français des affaires étrangères, Laurent Fabius, affirmait que le retrait des troupes françaises du Mali devrait commencer en Mars. Alors que l’opération « Serval » se poursuit et que le Mali n’est pas encore totalement pacifié, une telle décision s’apparente à un abandon de la guerre, qui risque de compromettre tous les efforts fournis.

Le ministre français Laurent Fabius vient de « lâcher » les intentions de son pays sur la guerre qu’elle a déclenchée au terrorisme international au Mali. Si l’on s’en tient à ses propos, la France qui, à travers l’opération Serval est entrée en guerre au Mali le 10 Janvier dernier, devrait commencer à retirer ses troupes dès le mois de Mars prochain. Tout compte bien fait, l’opération « Serval » n’aura pu durer que deux mois. Mais chose curieuse, la déclaration de Fabius est en contradiction avec celles du Président Hollande, mais aussi celle de Jean Yves Le Drian, ministre de la Défense qui affirmait le 10 janvier, en conférence de presse à Paris, que la France fera cette guerre jusqu’au bout et jusqu’au moment où l’ennemi sera totalement vaincu.  Le premier round de cette guerre, celle qui se poursuit encore, en donnera d’ailleurs le ton. Grâce à ses Mirages et à ses Rafales, l’armée française épaulée par celle du Mali est arrivée à reprendre le contrôle des villes naguère dans les mains des terroristes. En quelques jours, les villes de Menaka, Diabali, Mopti et consorts sont reprises. Auréolée de ces succès, elle prend la route du nord et reprend les villes phares de Tombouctou, Gao, Ségou…Partout où elle est passée, l’armée française n’a pas rencontré de grandes résistances. L’ennemi a simplement disparu. Des sources indiquent qu’il se serait refugié dans les montagnes de l’extrême nord ou dans des pays limitrophes comme l’Algérie, la Mauritanie, le Niger, le Burkina Faso. En moins d’un mois de guerre, le calme est revenu au Mali, ces fanatiques coupeurs de doigts, ces pyromanes iconoclastes,  ces fous de l’islam ont disparu mais le péril terroriste est toujours là. Comment la France pourra-t-elle  « lâcher »  le peuple malien dans une situation aussi critique ? Comment pourrait-elle confier ce pays à une hypothétique Misma engluée dans des petits calculs d’Etats « trop méfiants », et dans les discussions onusiennes interminables ? 

Abandon de guerre

Si elle était prise, cette décision de la France de se retirer du Mali le mois prochain s’apparenterait à un abandon de la guerre. Il s’agira, ni plus ni moins, d’une posture de faiblesse qui contraste avec les velléités impérialistes affichées dès le départ. Les mauvaises langues auraient eu ainsi raison de pérorer sur la pleutrerie des socialistes au pouvoir en France. Elles auraient aussi eu raison de dire que la France a juste pris le temps de sauvegarder ses intérêts dans ses régions du Sahel (les mines d’uranium du Niger, les otages français…), avant de disparaître tel un bossu, en laissant derrière lui un pays abandonné aux mains des gangs terroristes qui seraient de retour une fois la France partie. Le risque de transformer le Mali en Malistan, une terre à vie des djihadistes, des terroristes et autres narcotrafiquants, serait grand, face à une Misma qui se mettra lentement et difficilement en place et qui sera composée de forces africaines limitées en logistique et en technicité guerrière.  La France devrait revenir à sa déclaration de départ qui voulait qu’elle reste au Mali autant que durera la guerre. Elle devrait finir la guerre qu’elle a contribué à déclencher. Une autre option l’assimilerait à un Etat incapable qui se dérobe devant les « barbus »  téméraires en quête de terre pour le djihadisme international.