La Nouvelle Tribune

Nord-Mali : Au fait, on tire ou on négocie ?

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Après de longs mois de tergiversations, de valses-hésitations et de polémiques stériles ausssi bien internes aux acteurs sociopolitiques maliens qu’à la communauté  internationale, on pensait que l’heure était enfin à la grande mobilisation et aux grandes manœuvres en vue d’une intervention pour débarrasser le Nord-Mali du cancer islamiste qui le ronge depuis mars 2012.

 Ces derniers jours, les experts militaires locaux, ceux de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO),  de pays occidentaux et d’organismes internationaux s’étaient même retrouvés sur les bords du Djoliba pour, dit-on, trouver le meilleur angle de tir avant d’ouvrir cette  chasse à courre mille fois annoncée et autant de fois reportée.

Mais alors qu’on  s’attelle aux détails pour obtenir le «bon à tirer» définitif du Conseil de sécurité des Nations unies, voici que des délégations d’Ansar Eddine, l’un des groupuscules salafistes qui sévissent dans le no man’s land sahélo-saharien, sont envoyés à Ouagadougou et à Alger pour …discuter. Oui, discuter ; de quoi, là est la question.

Les bruits de bottes donc se rapprochent, mais les partisans de la négociation ne désarment pas. Blaise Compaoré et Abdel Aziz Bouteflika redoutent peut-être que le remède soit pire que le mal, et ils n’ont jamais montré un empressement particulier à monter au front, si ce n’est à reculons. Et s’ils ont semblé se ranger aux arguments, aux sollicitations, voire aux pressions amicales, des interventionnistes, ils n’ont jamais vraiment été convaincus à 100% du caractère incontournable et surtout efficace d’une expédition qui sera tout sauf une virée touristique. L’affaire, il est vrai, n’est pas simple, convenons-en, et ceux qui traînent des pieds ont peut-être de bonnes raisons de se hâter lentement.

En privé, assurent ceux qui sont dans le secret des dieux, le médiateur burkinabè, qui sait sans doute de quoi il parle, puisqu’il fut, dans une autre vie, militaire, estime à raison que les 3000 hommes de la force en attente de la CEDEAO ne seront qu’une goutte d’eau dans  l’océan de sable malien et qu’il en faudrait cinq fois plus pour être vraiment opérationnel. Difficile à trouver, surtout avec les moyens logistiques et financiers que tels effectifs entraîneraient par ricochet. Sans être un fin stratège, on peut d’ailleurs facilemnt imaginer que le plus dur sera moins de déloger les terroristes de leurs santuaires de Tombouctou, de Gao, de Kidal, d’Aguelokh et autres  que de tenir les positions reconquises, avec les risques de guerrila urbaine à laquelle une armée conventionnelle n’est pas forcément préparée.

C’est l’évidence même, on ne pourra pas poster un casque blanc derrière chaque dune de sable, et il faudra bien qu’à terme, les soldats maliens puissent remplacer les contingents étrangers une fois leur mission terminée. Et que dire du risque de déstabilisation des pays dits du champs, et même du nôtre, car, chassés de «leurs» terres, la tendance naturelle des traqués sera de se replier dans les Etats voisins aux frontières poreuses nonobstant les mesures de sécurité préventives qu’on aurait prises ici et là. Difficile équation aux multiples inconnues donc.

Pour autant, on se demande bien ce qu’ on va négocier avec des gens qui veulent instaurer la charia à coups de machette. C’est quand même trop facile de flageller ou de lapider jusqu’à ce que mort s’ensuive des couples adultères, d’amputer des voleurs et de détruire des monuments historiques souvent classés au patrimoine mondiale de l’UNESCO  pour venir maintenant s’asseoir autour de la table de négociation à Kosyam, où on se demandera même si l’eau qui est servie est halal. Ceux qui veulent, à la force du sabre, imposer un islam moyenâgeux vont-ils d’abord renoncer à leur sombre dessein d’érection d’un califat avant tout pourparler ?

Même si la guerre, selon Clausewitz, n'est que la continuation de la politique par d'autres moyens, l’idée de ceux qui s’accrochent désespérement à la négociation pour éviter d'en arriver aux armes serait de couper le cordon ombilical qui lie Iyad Ag Ghali qui a, lui, le mérite d'être Malien, à l'Algérien Abdelmalek Droukdel, l’émir d’Al Qaida au Maghreb islamique (AQMI), pour mieux isoler(et frapper ?)  la filiale de la multinationale du terrorisme.

Il faut seulement craindre que d’arrières-pensées en petits calculs d’arrière-boutique, les différentes parties n’en viennent à s’entredribbler : d’un côté Alger et Ouaga, réputés conciliants, qui pourraient endormir l’ennemi par des négociations auxquelles personne ne croit alors que l’attaque est imminente, de l’autre les «Ansar-dinés», qui prennent de plus en plus au sérieux la menace et qui veulent juste jouer la montre pour retarder l’échéance. Dans un cas comme dans l’autre, on perd inutilement du temps et mieux vaut charger que de se complaire dans un attentisme criminel.

Lu dans l'observateur Paalga