La Nouvelle Tribune

Meles Zenawi : un dictateur qui s’éteint

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Après une vingtaine d’année de gouvernance monopolitique de l’Ethiopie, Meles Zenawi a tiré sa révérence le 20 Août dernier. Malgré sa manière forte de gouverner, l’homme était un maillon fort dans la stabilité de l’Afrique. À ce titre, il pourrait manquer à ses pairs africains.

La nouvelle est tombée tard dans la nuit du 20 au 21 août 2012. Meles Zenawi, le Premier ministre Ethiopien a tiré sa révérence à 57 ans à Bruxelles après une hospitalisation d’urgence. Selon certaines sources, Zenawi avait une tumeur au cerveau mais d’après d’autres, il souffrirait d’un cancer de la gorge. Trois jours après sa disparition, la majorité des éthiopiens trouvent encore son décès mystérieux car l’homme paraissait encore en bonne forme. Cependant, Des rumeurs avaient circulé pendant des mois sur la santé du dirigeant, qui a pris le pouvoir en 1991 sur la junte militaire de Mengistu Haile Mariam. Ces rumeurs se sont amplifiées dès que son absence a été constatée à l’assemblée de l’Union africaine en juillet dernier. Meles Zenawi dirigeait l’Ethiopie d’une main de fer depuis qu’il avait pris le pouvoir en 1991 à la tête d’une guérilla qui venait de faire tomber le dictateur Mengistu Haile Mariam. Depuis Juin, Zenawi n’avait plus été vu en public. En juillet, des sources diplomatiques avaient indiqué qu’il était hospitalisé dans un état critique dans la capitale belge. D’après les mêmes sources, Il récupérait bien. Mais tout d’un coup il a eu une nouvelle crise qui l’a conduit d’urgence dans l’unité de soins intensifs. Mais hélas celui qui aura régné pendant 20 ans sur le deuxième pays le plus peuplé d’Afrique n’a pu échapper à la mort. Et s’il ne paraissait pas malade, alors qu’il soufrait depuis un an, à en croire le porte-parole de son gouvernement, c’est parce qu’il ne se considérait pas comme tel. Crédité d’avoir placé son pays sur le chemin de la croissance économique, qui reste néanmoins très inégalement répartie, Zenawi était entré dans le groupe très fermé des dirigeants africains en poste depuis plus de deux décennies après une victoire écrasante aux élections de 2010, au cours desquelles sa coalition avait raflé 99% des voix.

Zenawi, un pôle de stabilité pour la corne d’Afrique

Les mandats de Zenawi ont notamment été marqués par une guerre frontalière très meurtrière avec l’Erythrée voisine entre 1998 et 2000 et deux interventions militaires en Somalie, la première de fin 2006 à début 2009, la deuxième depuis novembre 2011 contre les insurgés islamistes shebab. Progressivement, il a su, Par la force, imposer son autorité à ses voisins. Dès lors, il détient la stabilité du Soudan, l’Erythrée et la Somalie. Ainsi, Il a réussi à se faire entourer des ressortissants du Tigré sa région d’origine, en étant le seul capitaine du ‘’bateau’’ Ethiopie, pour faire face aux nombreux mouvements rebelles. Ses nombreuses médiations dans de diverses crises sur le continent font de lui, un maillon important dans la stabilité du continent. Malgré sa manière forte dans la gestion de son pays, il bénéficie d’un profond respect de ses pairs. Même le président américain Barack Obama et le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon ont exprimé leur «admiration» pour sa politique de lutte contre la pauvreté et son militantisme exceptionnel de la cause africaine».

Le parcours en bref de l’homme

Meles Zenawi, du nom de Meles Zenawi Asre, né Legesse Zenawi le 8 mai 1955 à Adoua dans la province de Tigray, alors au sein de l’Empire d’Éthiopie. Il intègre successivement la Queen of Sheba Junior Secondary School puis la General Wingate School à Addis Abeba où il achève son éducation secondaire en 1972. La même année, il devient étudiant à la faculté de médecine à l’Université d’Addis Abeba. Il interrompt ses études deux années plus tard pour rejoindre les rangs du Front de libération du peuple du Tigré (FLPT), un mouvement de guérilla dans le nord du pays opposé au régime du Derg. En 1979, il est élu à la tête du comité de direction du parti puis président du comité exécutif. En 1989, il devient le président du FLPT et du Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (FDRPE), une coalition de quatre partis dominée par le mouvement de Meles Zenawi.

Après la chute officielle du régime du Derg le 28 mai 1991, Meles Zenawi devient président du gouvernement de transition jusqu’au 22 août 1995. Il engage son pays dans une phase de réformes : multipartisme, liberté religieuse, élections démocratiques et privatisation de certains secteurs. Sa présidence sera également marquée par la sécession de l’Érythrée après référendum en 1993 et l’adoption d’une nouvelle Constitution en 1994 : l’Éthiopie devient officiellement la République fédérale démocratique d’Éthiopie. Au niveau administratif, le pays sera découpé, selon des bases ethniques, en différentes régions.

Suite aux élections de 1995, il devient officiellement Premier ministre le 23 août. Il a été réélu en 2000, 2005 et 2010. À partir du 6 juin 2007, il devient le président du NEPAD.

En 2009 et 2010, il était le porte-parole des pays africains dans le cadre de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (conférence de Copenhague et conférence de Cancun).