La Nouvelle Tribune

Le Mali, un révélateur de la mal gouvernance démocratique

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« Talibanisation », « Somalisation », « Afghanistan de l’Afrique ». Telles sont quelles que unes des expressions  utilisées pour caractériser la situation au Mali  depuis la tournure tragique prise par les événements  au lendemain  du coup d’Etat du 22 Mars   2012. L’Afrique semble osciller entre impuissance et incompréhension.

Au fil  des semaines et des mois, tout indique que ni l’Union Africaine (Ua), et encore moins la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao)  ne sont pas encore à même de trouver les voies et moyens de sortir les Maliens dans l’imbroglio créé par une clique de jeunes soldats en mal « d’aventure ».

Samedi dernier, le comité des chefs d’Etat de le Cédéao  mis en place pour proposer des solutions de sortie  à cette crise  s’est réuni à Ouagadougou  autour du médiateur désigné, Blaise Compaoré, le président du Burkina Faso. Le communiqué qui a sanctionné cette énième rencontre est encore une fois  un modèle  de langue de bois diplomatique  face  à une situation qui tourne de plus en plus  à un scénario   de film d’épouvante pour les populations maliennes. En particulier les habitants de toutes les grandes villes du Nord, à savoir  Kidal, Tombouctou et Gao.  L’absence  à cette concertation du président intérimaire   et du premier ministre   illustre bien  les difficultés et les obstacles  politico- diplomatiques, voire juridiques qui se dressent sur le chemin  des chefs d’Etat qui ont décidé de prendre à bras le corps la résolution de cette crise. 

En effet ,les chefs d’ Etat présents dans la capitale burkinabè avaient en face d’eux  une délégation des « forces vives maliennes » dont on peut se poser des questions sur la légitimité du mandat à traiter de questions cruciales pour la survie du Mali en tant qu’ Etat souverain  dès lors que chaque jour qui passe voit se renforcer  les tendances à l’ affrontement  des principales forces politiques  dans la capitale Bamako d’une part , pendant que d’autre part les groupes séparatistes , terroristes et politico-maffieux  ne cessent de multiplier des actes de défi à l’ endroit de la communauté internationale dans la partie sous leur contrôle .  On se demande alors à quelle stratégie politico-diplomatique répond  ce délai du 31 Juillet 2012  fixé  pour que les Maliens   s’accordent sur la mise en place d’un «  gouvernement d’union. » N’est – ce pas encore une fuite en avant, alors que sur le terrain les populations n’en peuvent plus  de vivre dans l’incertitude et la psychose ?

Face aux atermoiements aussi bien au niveau de l’Ua que de la Cédéao, la crise malienne  est un révélateur, si besoin en était encore, de la fragilité des expériences démocratiques en cours en Afrique depuis un peu plus de deux décennies. En effet, une fois le temps de la condamnation du coup de force militaire passé , il est nécessaire de s’interroger  sur les conditions – proches ou lointaines – qui ont permis à une clique de jeunes officiers subalternes et d’hommes du rang  de prendre  le pouvoir , pratiquement sans coup férir dans un pays qui passait pour une des rares vitrines de la démocratie en marche en Afrique.  Plus grave, les sérieuses menaces sur l’unité du Mali illustrent les insuffisances, incohérences  et autres pratiques d’une classe politique  à qui les populations sont fondées à demander des comptes  sur sa gestion.  Les oppositions que l’on observe actuellement entre les hommes politiques maliens  ont servi, dans une large mesure, de détonateur à cette folle aventure dont les auteurs n’ont pas mesuré toutes les funestes conséquences.   Il faut intégrer ce paramètre  dans l’analyse du problème, au risque  de se voiler la face sur les causes profondes  de la mal gouvernance des systèmes démocratiques  en Afrique.

C’est pourquoi, ce qui se passe  aujourd’hui au Mali, un pays dont le premier président Modibo Kéïta  a été un des pionniers de la lutte pour l’unité africaine dans les années 1960, mérite  une mobilisation  des Africains au-delà des hommes politiques. Les dangers d’une nouvelle balkanisation  de l’Afrique sont plus que réels, 50 ans après des indépendances intervenues dans des conditions où les populations n’ont pas été à l’ abri des manipulations, voire des  violences pour les empêcher de prendre en mains leur destin.