La Nouvelle Tribune

Mali : les limites de l’option militaire proposée par Yayi

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Lors de sa dernière visite à Paris, le président de l’Union Africaine Boni Yayi a proposé qu’on fasse recours à l’armée pour rétablir l’ordre constitutionnelle et l’intégrité territoriale du Mali.

 Bien que bonne, cette option ne manque pas d’avoir des conséquences. Et pour cause. 

Quelle solution pour aider le Mali à sortir de la crise qu’elle traverse ? A cette interrogation, le président de l’Union Africaine Boni Yayi a semblé trouver une réponse. Lors de sa dernière visite à Paris, il a proposé le recours à l’option militaire avec l’intervention des forces internationales pour rétablir l’ordre dans le nord du Mali et aider ce pays à retrouver son intégrité territoriale  perdue depuis que le Mouvement national de libération de l’Azawad(Mnla) a proclamé un nouveau pays au nord du Mali en annexant les trois régions de Tombouctou, Gao et Kidal.  Trois mouvements se côtoient et se discutent dans cette nouvelle république. Il s’agit du Mnla, l’organisation politique conduite par une ancienne « chair à canon » de Khadaffi, le colonel Mohamed Ag Najim et qui selon ses barrons ne défend que la création d’une république touarègue dite de l’Azawad, affranchie de la tutelle encombrante de Bamako. Elle ne soutiendrait  donc aucune cause religieuse comme Ansar Dine d’Iyad Ag Gali.  Ce vieux routier de la rébellion touarègue, proche collaborateur du feu Mohamed Ag Bahanga a mué subitement sa revendication identitaire en dessein salafiste en créant Ansar Dine qui prône une république islamiste avec la charia comme arsenal juridique. Ces deux premières organisations ont bénéficié du soutien d’une troisième Al Qaîda au Magreb Islamique( Aqmi), une organisation terroriste. Chose grave, toutes ces trois organisations sont armées. C’est pourquoi la proposition faite par le président Boni Yayi n’en demeure pas moins bonne. Face aux gens qui ont l’armé, il faut opposer la force des armes. Seulement, elle ne manque pas de comporter des risques. La première c’est le risque de contagion de ce conflit en cas d’attaque des positions tenues par ces organisations. En effet, dans cette région désertique où le Mnla a créé sa république, les frontières sont si improbables, si poreuses que les attaques de ces positions peuvent engendrer une dispersion de ces organisations dans des pays limitrophes comme la Mauritanie, le Niger, l’Algérie, le Burkina…Deuxième conséquence plausible, l’échec militaire des forces internationales est possible. Ce qui peut engendrer un renforcement militaire du Mnla et des deux autres organisations connexes. Le combat dans le désert demande des aptitudes et une maîtrise particulière de terrain que les forces militaires internationales, qu’elles viennent de l’Afrique ou du reste du monde, peuvent ne pas avoir. La preuve, tous les soldats maliens, sudistes pour la plupart, envoyés sur les fronts du nord ont perdu leurs combats.  Comme d’ailleurs l’armée malienne battue sur tous les fronts par les touarègues du Mnla. Dans cette optique, les forces internationales ne peuvent recourir à la force de feu des drones, des chasseurs et autres pour arriver à en finir avec ces rebelles et ces terroristes. Si la recherche de solutions par l’Union Africaine, la Cedeao et autres avait tenu compte de celles des maliens eux-mêmes, il  est certain que le recours à l’option militaire ne soit  pas  privilégié. Tout en voulant que cette situation n’envenime pas la zone du Sahel, tout en souhaitant l’urgence de la résolution du conflit, le président de l’Union Africaine aurait dû prendre des gants avant de qualifier  de « terroristes », ces organisations sur les antennes de Rfi. Ceci pouvait bien pousser à  la radicalisation de ces organisations avec qui Bamako a pourtant engagé un début de pourparlers.