La Nouvelle Tribune

Syrie, un an après: l’interminable révolution

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La révolution syrienne est en passe d’échouer. Un an qu’elle s’est déclenchée et ses perspectives sont des plus funestes. Les Syriens, versés dans les rues, n’ont de cesse de demander l’accomplissement de réformes qui chaque jour semblent s’éloigner davantage. Contrairement aux révolutionnaires de Tunisie, d’Egypte, de Libye et du Yémen, le changement ici, se dérobe aux manifestants qui payent un tribut en sang et en cadavres à leur lutte désespérée pour la démocratie. La faute aux émeutiers eux-mêmes. La faute à Bachar al-Assad. La faute à Vladimir Poutine et Hu Jintao. La faute à Barack Obama, Nicolas Sarkozy et David Cameron. Une faute multiple et largement partagée, interne et extérieure.

Le Président américain Barack Hussein Obama a récemment annoncé sa certitude de voir le régime de Bachar al-Assad tomber dans peu de temps. Cette certitude, il ne la partage sans doute qu’avec lui-même. A moins d’avoir secrètement mis en branle les moyens de son accomplissement sans en avoir tenu informé le reste du monde. Ce ne serait pas la première fois que les Etats-Unis tenteraient une opération de déstabilisation d’un chef d’Etat étranger qui ne correspondrait plus à leurs standards et ne serait plus en adéquation avec leurs intérêts. Mais, ni l’histoire récente des Etats-Unis, ni la géopolitique des relations internationales contemporaines, ne prêtent crédit à cette hypothèse. Il s’agirait plutôt pour Barack Obama, à travers ses déclarations, de signifier à quel point il peut être certain qu’un régime autant rejeté que l’est celui de la Syrie, un régime aussi brutal, un régime aussi cruel, a déjà hypothéqué le peu de chances qu’il lui restait de continuer à présider aux destinées du peuple. Mais en attendant que ces professions de foi ne se concrétisent, il faut bien voir que la révolution syrienne a du plomb dans l’aile. Et pas qu’à cause de la brutalité de la répression orchestrée par le parti baasiste au pouvoir à Damas.

Il est entendu que si Bachar al-Assad s’était laissé faire aux premières heures de la révolte, il y a bien longtemps que la révolution syrienne serait achevée. Mais il y bien trop de privilèges, trop d’avantages à sauvegarder, trop de morts à cacher dans les placards, trop de serviles courtisans à protéger… La perfide dynastie des al-Assad n’allait tout de même pas essuyer l’affront de se faire déchoir par un soulèvement populaire dont, même si les germes sont internes, l’exemple est venu de l’extérieur ! C’est à coup de canons, mortiers, blindés, avions et hélicoptères de combat que depuis douze mois, Bachar et les siens opèrent leurs « réformes ». 8.500 morts plus tard, cela semble suffisant au régime qui, s’il a bel et bien tangué à un moment donné, est depuis en passe de se remettre complètement d’aplomb.

Mais l’opportunité que le clan Bachar a eu de reprendre la main, il la doit en partie à ses adversaires qui, au début de leur soulèvement ont peut-être trop véhément crié leur hostilité à une intervention étrangère du type de celle qui se déroulait alors en Libye. Sans doute pensaient-ils pouvoir compter sur une désaffection progressive de l’armée, un lâchage ethno-religieux interne et ainsi acculer le régime à une sortie rapide. Un excès d’optimisme qui leur aura coûté du temps, des vies et peut-être même la victoire.

La révolution syrienne qui s’éternise, c’est aussi le fait de facteurs extérieurs. La guerre en Libye entre autres. Le dévoiement par les puissances coalisées (Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Qatar…) de la résolution 1973 des Nations unies sur la Libye, à l’origine d’une guerre disproportionnée qui s’est achevée par la prise de Tripoli et la mort du Guide libyen, a convaincu la Chine et la Russie, membres du Conseil de sécurité, qu’il ne faut plus jamais laisser la moindre ouverture de ce type. Par surcroît, la Russie et dans une moindre mesure la Chine, possèdent de nombreux intérêts en Syrie qu’il ne leur parait pas concevable de perdre comme elles ont perdu ceux qui les liaient à la Grande Jamahiriya avant la chute et la mort du Colonel Kadhafi. D’autant plus que depuis que le Conseil national de transition libyen est au pouvoir, les avantages liés à l’exploitation des richesses de la Libye, il ne les partage qu’avec les alliés d’hier parmi lesquels ne figurent naturellement ni Russes, ni Chinois.

Dans les circonstances actuelles, il est difficile d’envisager judicieusement quelles sont les perspectives de sortie de la longue crise que vit le peuple syrien depuis plus d’un an. Le régime brutal de Bachar al-Assad n’entend pas céder une once de pouvoir à ses opposants et peut dans cette optique compter sur le soutien de grandes puissances extérieures. Par ailleurs, le Conseil national syrien, conglomérat disparate d’opposants au régime, ne donne pas l’assurance de pouvoir gérer un pays aux complexités ethniques et politiques immenses. Mais il faut bien que cessent les tueries. Il faut bien que s’opèrent les réformes, les vraies. Il faut bien que le droit à l’autodétermination politique des peuples soit en Syrie également, respecté. Et pour cela, les bonnes vieilles méthodes du genre de celle que préconise le Qatar pourraient avoir leur utilité. On attaque d’abord, les Nations Unies avaliseront après. Ce ne serait pas la première fois.