La Nouvelle Tribune

Sénégal : Papy Wade jusqu’auboutiste jusqu’au bout de l’irrationnel

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Qu’est-ce qui donc fait courir et tenir Me Abdoulaye Wade ? Car il faut bien le dire, pépé Wade tient. Il tient plus que tout à aller jusqu’au bout de son ambition de se succéder pour la deuxième fois à lui-même. Il tient obstinément à conserver le pouvoir qu’il a, ailleurs, recommandé à d’autres de quitter. Il tient à réaliser son rêve (dynastique?) envers et contre tout.

Il ne semble plus rien y avoir comme moyen de faire entendre à Abdoulaye Wade, président sortant du Sénégal, la raison qu’il avait pris la liberté, il y a quelques mois d’aller prêcher à Mouammar Kadhafi de la Libye ou encore à Laurent Koudou Gbagbo de la Côte d’Ivoire. Il est vrai que les circonstances ne sont pas exactement les mêmes. Alors que le second se refusait à rendre un pouvoir perdu à la régulière, le premier rechignait à quitter les privilèges dont il avait la sensation d’être en Libye l’unique et perpétuel dépositaire. A l’un et A l’autre, il existait des raisons de penser que la légitimité avait tourné dos. Papy Wade par contre, va à la quête de la légitimité. Du renouvellement de cette légitimité que lui contestent aujourd’hui bien de ses compatriotes à tort ou à raison. Mais dans les circonstances actuelles, à la lecture du processus qui a conduit le Sénégal au bord de la crise qui couve, il n’y a pas à dire, le Vieux Abdoulaye Wade fait preuve d’une obstination obscure. Sauf à entrer dans le secret de ses intentions profondes.

Il n’est pourtant pas beaucoup d’effort à fournir pour comprendre ce qui fait courir Abdoulaye Wade, autant que ce qui le fait tenir. Pépé Wade se bat pour son fils. Karim. Il suffit de revisiter le parcours chaotique de tous les collaborateurs, sacrifiés sur l’autel des ambitions dynastiques du vieux président sénégalais pour se le rappeler (voir chronique du 20 juin 2011 : Le père, le fils et lesprit malin). Tout, depuis 2002, a été mis en œuvre pour baliser le chemin au seul qui aux yeux de Me Wade a trouvé toute grâce. L’autre fils adoptif et spirituel, les alliés de circonstance, les pourfendeurs de l’opposition, les repentis, les fidèles serviteurs… Tous ceux qui à un moment ou à un autre ont, par l’accroissement de leur aura et de leur popularité menacé l’affirmation des ambitions du fils, ont été balayés. Sans ménagement. Jusqu’au 23 juin dernier et le réveil du peuple sénégalais qui a obligé le Président de la République à renoncer à son projet de révision constitutionnelle qui aurait grandement ouvert pour le père et le fils les chemins de l’éternité dynastique. Depuis, Karim fait profil bas. Il fait moins parler de lui. Il se cache presque. En dépit de son rôle non négligeable de responsable de la logistique de la campagne électorale de Papa.

Il se pose donc la question de savoir si l’obstination de Pépé Wade n’est pas vaine si en tout cas, elle n’est destinée qu’à servir les ambitions d’un fils mal à l’aise avec les foules et incapable de galvaniser les troupes comme le réussit encore si bien son père en dépit de ses presque 86 ans. Il me semble pour ma part que la réélection de Me Wade n’est pas de l’ordre de l’irréalisable. L’homme détient les moyens de l’Etat. Il en fera sans doute usage, s’il ne le fait déjà. Nul ne sait à quel point la liste électorale est fiable, ni combien la Commission électorale nationale autonome est autonome. D’autres chefs d’Etats en exercice en Afrique ont déjà usé de ces moyens pour se faire réélire. Et l’opiniâtreté farouche de Me Wade ne laisse rien présager de bon à cet effet. D’autant mieux que l’opposition, éclatée en plusieurs candidatures, réunie au sein de l’hétéroclite coalition du M23 peine à rassembler autour du mot d’ordre de l’exigence du retrait de la candidature du Vieux.

Tout de même, cela n’implique pas systématiquement la réalisation du rêve inavoué de Me Wade de voir son fils lui succéder. Les Sénégalais ignorent de moins en moins les antagonismes larvés entre l’actuel Premier Ministre Souleymane Ndéné Ndiaye, directeur de campagne du président sortant et Karim Wade. Il faut croire que le Vieux n’a encore rien remarqué. Souleymane Ndéné Ndiaye ne ferait pas de vieux os sinon. A moins d’être le faire-valoir qui démontre que Papy Wade n’avait pas renvoyé les autres pour faire de la place à Karim. Ou alors, un renvoi par les temps actuels serait un mauvais calcul.

On peut commencer à douter, question de sénilité, de la justesse des calculs de Me Abdoulaye Wade dans l’optique de l’organisation de sa succession au profit de son fils avant la fin du mandat qu’il ambitionne se voir renouveler. Les Sénégalais, même ceux du camp présidentiel sont-ils prêts à laisser leur destin entre les mains d’un parvenu politique qui n’aura même pas eu le courage de battre ouvertement campagne pour la conquête du pouvoir qui lui est presque promis ? Le proverbe dit qu’il vaut mieux tenir que courir. Papy Wade fait les deux. Et il le fait bien. Pour l’instant. Mais pour quel résultat ?