La Nouvelle Tribune

Le rapt amoureux ou le mariage à la BETAMARI (partie 1)

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A Boukoumbé et environs, chez les Betamari-Bè, les mariages ne se négocient pas par des fleurs ou des paroles mielleuses. Le mariage, le vrai, celui qui offre au futur époux l’occasion de montrer ruse, virilité et intelligence, se fait par enlèvement. 

La jeune femme qui fait saliver le damoiseau est kidnappée, la nuit venue, par des malabars, puis confiée au soupirant. Lequel, une fois en tête à tête avec elle, la fait grimper au sommet....

De ces épisodes, il parait que sont sortis des couples forts, fusionnels qui ne connaissent pas les déchirements et les divorces des unions formelles d’aujourd’hui. Les Betamari-Bè ne sont pas adeptes des love affaire glamour certes, mais ils ont créé, tout comme d’autres peuples qui ont inventé la poudre, la séduction violente qui offre à la femme, parait-il, la sécurité d’un ménage...heureux.

Benoit N’. M’. est un enfant du milieu. Ayant grandi à Cotonou, il est reparti au village pendant les vacances se « ressourcer » ainsi que le lui a recommandé son père. Arrivé sur place, le jeune homme retrouve des amis d’enfance. Justement, dans le lot, il croise Fanta, une jouvencelle aussi pétillante que du champagne, revenue, elle, de Porto-Novo. Quand les deux partageaient leurs jeux d’enfance, il y a quelques années, ils n’étaient pas plus hauts que trois pamplemousses. Mais aujourd’hui, les hormones ont muri et les corps, avantagés par la malbouffe, se sont développés à la...djogo-djogo.

Benoit, rien qu’à voir son ancienne amie de jeu, s’émeut comme une madeleine. Malheureusement, il est tout aussi timide qu’un bossu. Et donc, n’ose pas confier à la belle les tourments qui l’agitent. Or, Fanta, la rieuse Fanta n’en est pas innocente. Elle sait, dès qu’elle voit les cristaux qui brillantinent son regard, qu’il y a anguille sous cœur. Cependant une chose, pour la demoiselle, est de savoir que ce jeune godelureau en pince pour elle, une autre chose est d’être sensible à son vertige. D’autant que d’après ses amies, Benoit la laisse plutôt à...37 degrés !

Alors, excédé de devoir épuiser le dictionnaire pour la convaincre de ce qui pourtant semble être entendu entre eux, Benoit décide de recourir à l’ancienne méthode. Il va l’enlever, la séquestrer et la posséder. Un état-major est rapidement constitué. Entre ados, on a le sens de la philosophie « tous pour un, un pour tous ». De fait, une stratégie est mise sur pied pour organiser le rapt. Mais avant, les trois mousquetaires conseillent à l’amoureux de faire une dernière tentative de séduction... à l’occidentale : fleurs, sortie et Cie. Mais Fanta qui a, comme les filles de son âge, le sens exacerbé de la coquetterie, n’est pas née du dernier crachin.

-Je te voyais venir, fait-elle en se frappant la cuisse quand Benoit entreprend la démarche, je n’aime pas vos rendez-vous façon-façon là !
-C’est juste sortir, plaide le jouvenceau, se promener et aller prendre un pot.
-Et tout ça pour finir où ? Entre mes cuisses ?
Et elle explose de rire, un rire large qui la plie en deux, l’oblige à s’adosser à un arbre pour ne pas perdre équilibre. La jeune femme est en compagnie de sa cousine Sarah, de cinq ans son aînée, une vendeuse qui expose son étal de maïs grillé sur la place du village.
-Ah, Sarah, fait-il à sa cousine, tu vois ce qui arrive aux enfants d’ici qui s’en vont s’abrutir ailleurs ?
Benoit est déconcerté. L’insolence de Fanta l’a déjà plus que vexé. Dans ses mains, le bouquet de fleurs qu’il voulait offrir, lui paraît du coup ridicule. La jeune femme se tourne à nouveau vers lui, et, les yeux posés sur les roses, se lèche les lèvres.
-En plus, tu es venu avec ces herbes colorées. Et une veste atchouta ! Ah, mon frère, mon frère, tu n’as pas autre chose pour me mettre à terre ?

Un autre rire, celui-là, plus sonore, s’ensuit. C’en est trop pour Benoit. Le pauvre risque de tomber raide mort de honte. Il se retourne d’un coup. Les rires dans son dos le pourchassent comme des abeilles surexcitées. Il est obligé de s’enfuir à grandes enjambées pour échapper à la charge hilare.

Cette nuit-même, à l’état major, la décision est prise : qu’elle gambade, sautille ou cabriole, l’effrontée sera kidnappée ; elle sera kidnappée, emballée, déportée et mise à la disposition de Benoit. Et s’il se trouve qu’elle n’a jamais péché, qu’elle conserve sa fraîcheur de jeune fille n’ayant pas encore pactisé avec le diable, il tentera d’être le premier et « gagnera femme ». Et Benoit, rien qu’à cette seule perspective, est transfiguré et durcit les muscles à la Schwarzenegger. Non, mais... (à suivre)