Capture de Laurent K. Gbagbo : la fin de l’imposture (vidéo)

Douze jours. La bataille d’Abidjan aura duré douze jours. Douze jours durant lesquels les Forces républicaines de Côte d’Ivoire favorables au Président Alassane Ouattara ont mené trois grands assauts. Chacun considéré comme le final. Sans succès. Douze jours durant lesquels les forces loyales au Président sortant ont soufflé le chaud et la terreur sur Abidjan et sur leurs ennemis. Douze jours de saccages et de ravages. Et au bout du rouleau, la fin d’un bicéphalisme ubuesque qui aura coûté la vie à des centaines, voire à des milliers d’Ivoiriens.

 

Il ne fut pas facile de mettre la main sur Laurent Koudou Gbagbo. La longue histoire de sa résistance face à Félix Houphouët-Boigny, face à Robert Guéi et face à la rébellion des Forces nouvelles ne s’est pas trouvée démentie durant ces jours. Pas même au plus fort de l’évidence d’une défaite inéluctable. Une résistance qui a pris les allures de la lutte d’un gourou fanatique. Une résistance qui a arboré les couleurs de l’irrationnel. La pestilence de la chair à canon dont il a fait ses partisans. Une résistance qui n’aurait pu s’achever, hors intervention armée extérieure, que de deux différentes façons : un effroyable bain de sang ou un effroyable bain de sang.

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Le désormais ex-président ivoirien avait choisi la stratégie du pire. « Après moi, le Rwanda » !, titrais-je dans la chronique du 4 avril dernier. Les raisons en sont connues. Les avouées et les inavouées. Laurent Koudou Gbagbo se battait pour l’ivoirité, non pour la Côte d’Ivoire. Le nationalisme de façade qui a sous-tendu les derniers rushs qu’il a jetés dans la guerre n’avaient pas d’autre  motivation que la conviction qu’il avait que son adversaire, vainqueur de la présidentielle, n’était pas un ivoirien « bon teint ». Si Laurent Gbagbo a de temps à autre fait mine de voiler son jeu, ses partisans les plus zélés, eux, ne s’en cachaient pas. Les truculents Jeunes patriotes à la tête desquels Charles Blé Goudé animait les meetings et les shows de la haine avaient les mots clairs et le verbe limpide sur le sujet. « La Côte d’Ivoire aux Ivoiriens », clamaient-ils.

L’arrestation de Laurent  Gbagbo dans son bunker dans la résidence présidentielle d’Abidjan Cocody a finalement de quoi soulager les Ivoiriens. Et surtout les Abidjanais qui, plus que les autres, avaient des raisons de souhaiter la fin rapide des hostilités. Il se pose peut-être, de l’avis de certains, la question de l’opportunité de l’action de l’opération française Licorne aux côtés des Forces républicaines de Côte d’Ivoire. Je trouve pour une part ridicule la rhétorique des forces françaises tentant piteusement de faire croire qu’elles ne se sont pas directement chargées de l’arrestation de Laurent Gbagbo et de son dernier carré de fidèles dont son épouse et ses enfants. Alors même que tout le monde a vu que sans l’intervention directe des blindés et des hélicoptères français, la partie était plus que loin d‘être gagnée. Les impacts de mortiers et de balles tirés sur l’Hôtel du Golf le 9 avril au soir, en attestent bien. La seule fonction de ce type de communication fondée sur les arrangements avec la vérité est de conforter les partisans de Laurent Gbagbo dans leurs diatribes anti-néocolonialistes de ras de pâquerettes.

Or, en intervenant comme elle l’a fait en Côte d’Ivoire, sous mandat de l’ONU, la France a joué d’abord dans son intérêt propre, ne nous voilons pas la face, mais en sus, a accéléré une fin inévitable qui pour trop tardive qu’elle devenait, faisait courir au pays un risque éminemment plus grand. Il fallait intervenir. Les forces pro-Ouattara n’y réussissaient pas. Les troupes de l’ONUCI ne le pouvaient manifestement pas. La France l’a fait. A plus tard les diatribes anticoloniales. Le souvenir du terrible génocide rwandais qui a fait entre 800.000 et 1.000.000 de morts en trois mois, ne doit pas faire litière de la présence des forces onusiennes en avril 1994 à Kigali.

Laurent Gbagbo arrêté, c’est de ses maux que la Côte d’Ivoire s’en va peut-être guérir. En premier lieu, l’ivoirité. Qui a profondément divisé les Ivoiriens « de souche » et les autres. Ensuite, les morts de la guerre, dont la mémoire depuis 1999 au moins, demande justice. Et enfin le marasme économique né de la crise, accentué par l’entêtement de Laurent Gbagbo et décuplé par la guerre. Alassane Dramane Ouattara a fort à faire. Son statut de rassembleur commencera seulement maintenant à être mis à l’épreuve. Good luck, Mister President !

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