Le triple ensachage du niébé en Afrique de l’Ouest

La lutte contre les ravageurs du niébé va faire rage

De Cotonou à Parakou en passant par Porto-Novo et Bohicon, le triple ensachage du niébé fait son petit bonhomme de chemin. Les ateliers de formation pour le vulgariser se déroulent sans difficultés, laissant présager de l’engouement que la technologie promet de susciter auprès des utilisateurs finaux. «Et si on utilisait aussi les sacs plastiques pour stocker et conserver le maïs?». La préoccupation est la même presque partout. Un paysan producteur, par ailleurs membre du Conseil d’arrondissement de Médédjonou dans la banlieue de Porto-Novo, département de l’Ouémé-Plateau, un autre à Bohicon dans le Zou-Collines, au centre du Bénin, formulaient ainsi leur préoccupation aux techniciens agricoles venus faire des démonstrations in situ à l’endroit des leaders d’opinion de leurs localités. A Korobororou, un village périphérique situé à 5km côté est de Parakou dans le Borgou, cette interrogation est revenue. A elle seule, elle dénote a priori du succès qui pointe à l’horizon du processus de vulgarisation de la technologie du triple ensachage. Même si la réponse à la question est, de toute évidence, «non»! Les explications qui leur ont été données et les démonstrations faites relativement à la  technologie appliquée au niébé auront si bien convaincu que la soif de certains paysans est de savoir si on ne peut déjà pas aussi l’étendre à d’autres cultures, notamment les cultures à grain.

Pour l’heure, les études de laboratoire ayant conduit à la fabrication des sacs plastiques n’ont tenu compte que des spécificités de la bruche, insecte ravageur, redoutable pour la légumineuse qu’est le niébé. Entre autres caractéristiques, la texture de chacun des sacs plastiques est de 80 microns d’épaisseur; juste assez épais pour résister aux piques perforeuses des bruches.
Le principe du triple ensachage lui-même nécessite un matériel de stockage composé de trois sacs dont le premier est intérieur –celui qui reçoit les graines de niébé- le deuxième au milieu (tous en plastique) et le troisième, extérieur et portant les deux premiers, est en polypropylène tissé. La recherche scientifique a montré que les trois sacs enfoncés l’un dans l’autre sont des récipients hermétiques à l’air.

«J’essayerai de doubler mon rendement…»

Le dispositif admet moins d’échange d’air avec l’extérieur. En conséquence, les bruches consomment le peu d’oxygène disponible tout en émettant du CO2 et rentrent en quiescence pour mourir, peu de temps après. En quelques heures, le milieu ainsi mis en place s’appauvrit en oxygène et s’enrichit en CO2, arrêtant ainsi les dégâts des bruches qui ont pu infester le niébé depuis les champs. C’est que si rien n’était prévu pour les stopper dans leur élan destructeur, les bruches se multiplient rapidement dans les stocks. Ces milieux confinés offrent une concentration de ressources qui seront utilisées par les insectes ravageurs pour vivre et faire leurs œuvres. Ainsi, sans protection, les récoltes sont entièrement perdues.
Le nouveau mécanisme de conservation du niébé est simple et son maniement l’est davantage pour tous. Mais encore faudrait-il se mettre à l’école des animateurs du projet PICS (Purdue Improved Cowpea Storage). Depuis peu, ces derniers propagent l’utilisation de l’innovation auprès des techniciens du  développement rural, à travers différents modules de formation relatifs à tous les aspects de la trouvaille.

Agents assermentés des Centres régionaux pour la Promotion agricole (CeRPA) du Bénin, les techniciens du développement rural sont des pièces maîtresses du dispositif de vulgarisation de la nouvelle méthode de conservation du niébé. Et M. Olivier Vigan, le DG/CeRPA Ouémé-Plateau de rassurer l’IITA (Institut international d’Agriculture Tropicale) et tous les partenaires du projet de la disponibilité de son personnel à encadrer efficacement les producteurs et porter bien loin dans nos contrées la pratique du triple ensachage. En spécialiste averti du développement agricole, M. Vigan qui sait l’intérêt pour les paysans d’adopter le triple ensachage dira, entre autres, que «la technologie présente l’avantage de garantir une meilleure rentabilité des opérations de production du niébé, à travers les gains monétaires substantiels que permettra le stockage du niébé sur de longues périodes, favorisant ainsi une mise en marché du produit en période de soudure, où les prix sont souvent plus rémunérateurs». Dans le village de Korobororou, une femme productrice a d’ailleurs exprimé sa joie à l’annonce de la technologie. Et de promettre: «Dès la prochaine campagne, j’essayerai de doubler mon rendement, car j’ai besoin d’argent pour les besoins de ma famille».

Grâce au triple ensachage qui se veut un maillon de la lutte contre les insectes ravageurs du niébé, les producteurs peuvent garder intact leurs stocks pour leur conférer une valeur marchande à la hauteur des efforts et investissements consentis lors des activités de production.

{mosgoogle}La place du niébé dans l’économie de l’Afrique de l’Ouest et du Centre montre qu’elle est la légumineuse autochtone la plus importante pour l’alimentation des régions rurales et des villes ainsi que le secteur informel de l’exportation sous-régionale. Les produits à base de niébé sont très importants pour les activités des femmes. Du niébé bien conservé signifie aussi pour les paysans plus de nourriture et plus de moyens financiers pour faire face à leurs besoins en soins médicaux, d’achats d’intrants de même que pour l’élevage. Autant de choses que le projet PICS porte à cœur de garantir et de pérenniser. D’où son crédo de faire en sorte que d’ici à 2012, 50% du niébé stocké par les producteurs le soient grâce au stockage hermétique du triple ensachage. Et tout l’encadrement institutionnel du monde agricole au Bénin à travers les CeRPA de réaffirmer sa détermination de porter à bout de bras ce défi en se proclamant «ambassadeur» du projet PICS.

Emmanuel Tachin

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