Des «facilitateurs» à l’école du Projet PICS

Des sacs de conservation du niébé arrivent

Des agents facilitateurs retenus pour accompagner le déploiement du «Projet de l’Université Purdue sur le Stockage Amélioré du Niébé» (PICS) étaient, lundi dernier, à la station-Bénin de l’Institut International d’Agriculture tropicale (IITA) dans le cadre d’un atelier de formation organisé à leur intention.
Ils étaient une vingtaine de cadres agricoles et autres acteurs invités à ce rendez-vous qui soient venus des systèmes de recherche agricole du Bénin et du Togo. Le but était de les voir se pencher sur la conservation non chimique, et donc sans danger du niébé. Cette problématique, objectif principal du stage de formation, les a réuni autour de la nouvelle technologie du triple ensachage de la légumineuse la plus riche et la plus prisée sur les marchés africains.

Communément appelé haricot, le niébé riche en protéine, est transformé par les femmes dans le cadre de leurs activités génératrices de revenus et offre ses fanes à l’alimentation des petits ruminants (cabris, moutons…). A l’heure actuelle, la demande de la consommation de cette culture nécessite que 3,7 millions de tonnes du produit soient cultivés chaque année à l’échelle mondiale tandis que 70% de cette production reviennent à l’Afrique de l’Ouest et du Centre. Et même si le Bénin (3 %) et le Togo (1%) ne pèsent pas lourds dans le concert des pays producteurs, sur certaines périodes de l’année, ces deux pays dépendent de leurs voisins le Nigeria (66%), le Niger (14%), le Burkina Faso (6%)… Pour cette raison, la technologie du triple ensachage s’impose comme moyen de conservation par excellence du niébé. A ce propos et, à l’ouverture des travaux, le Dr Bouraima Yacoubou, le chargé de la communication et de l’information rurales au niveau du Centre régional pour la Promotion agricole (CeRPA/Ouémé-Plateau), dira que « le projet PICS, par le biais des sacs plastiques, arrive à point nommé après d’autres expériences malheureuses qui n’ont pas apporté la solution attendue du monde agricole et des consommateurs»; allusion faite du séchage solaire.

«Vous êtes les ambassadeurs de ce projet!»

C’est connu de tous que des insectes appelés bruches attaquent le niébé et le contaminent dès le champ à la fin de la saison des cultures, déposant leurs œufs sur les gousses. A la récolte, après le battage, les graines sont apparemment saines mais renferment déjà des larves et œufs de bruches. A cette étape, et de l’avis les spécialistes, le taux d’infestation initiale est  de 3% à 5%. Lors du stockage, le développement des bruches se poursuit et plusieurs générations peuvent se succéder en quelques mois. Au bout de 5 à 6 mois, dans les stocks non protégés, 80% à 100% de pertes sont enregistrées. Il est donc prouvé que sans protection, les récoltes sont perdues rapidement et entièrement. De sorte que l’urgence de l’introduction de la technologie du triple ensachage n’est plus à démontrer.

Elle promet tout au moins d’aider à maintenir la qualité de la quantité du niébé produit, le temps pour les producteurs d’accroitre le niveau des rendements afin d’être sûr de satisfaire la demande du marché. La technologie consiste à stocker le niébé dans des sacs plastiques étanches à l’air, ce qui étouffe à terme les bruches, et augmente le niveau de la conservation du niébé sur une longue durée. La méthode s’est révélée facile à expliquer et à diffuser, efficace et sans danger. D’un autre point de vue, le triple ensachage offre l’avantage de ne pas nécessiter l’utilisation des pesticides et de permettre aux grains qui y ont été conservés de cette manière d’être prêts à être consommés. Les sacs plastiques peuvent être utilisés autant de fois que nécessaire contribuant ainsi à rentabiliser le commerce du niébé.

Les officiels qui se sont adressés aux participants ont énoncé le rôle central que joue la légumineuse recherchée dans les économies tant domestique que nationale et sous-régionale. Le Dr Manuelle Tamo (chef de la station IITA-Bénin) a dit combien la problématique de la conservation est d’une nécessité vitale pour la production, la distribution et la consommation du niébé avant de rassurer que les sacs plastiques qui vont très bientôt être mis en circulation sont des outils d’importance majeure pour nos économies. Et le coordonateur du «Projet de l’Université Purdue sur le Stockage Amélioré du Niébé» (PICS-Afrique), le Dr Ousmane Coulibaly, de démontrer que les gains économiques, environnementaux et du point de vue  de la santé humaine et animale sont énormes à utiliser la technologie du triple ensachage. Selon lui, l’introduction et l’utilisation des sacs PICS induisent une chaine des valeurs qui lie les consommateurs de niébé aux fabricants des sacs PICS sans oublier les rapports qu’ils créent entre les producteurs de niébé, les transformateurs et commerçants de niébé, les grossistes et détaillants de sacs PICS. « En adoptant le triple ensachage, on s’assure que le niébé mis à la disposition du consommateur est traité sans produit chimique nocif à la vie de l’homme». Et en regardant les participants - tout ouï- droit dans les yeux, le Dr Coulibaly leur lance en forme d’exhortation: «Vous êtes les ambassadeurs de ce projet!».

{mosgoogle}Des séances de démonstration de l’utilisation des sacs plastiques ont été ensuite organisées et les participants ont appris par eux-mêmes à les manipuler, donnant ainsi des gages qu’ils sont désormais outillés pour être les ambassadeurs du projet PICS auprès des utilisateurs que sont principalement les communautés paysannes et les commerçants.

Il faut préciser que ce rendez-vous d’échange et de formation est la première d’une série qui regroupera les CeRPA des autres départements du Bénin. Derrière le projet PICS se dressent des partenaires institutionnels que sont Purdue University aux Etats-Unis, l’IITA-Bénin, l’INERA, l’INRAN qui sont des instituts de recherche agricole du Burkina Faso et du Niger, World Vison et beaucoup d’autres ONGs, ainsi que des associations paysannes.

Emmanuel Tachin

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