L’UPM:


Un simple instrument de contrôle et d’influence? « UPM est un mélange contre-nature des démocraties européennes, des démocraties africaines et moyen-orientales avec des dictatures - africaines et moyen-orientales - ».

Née à la conférence de Paris le 13 juillet 2008, l’UPM parait être un ambitieux projet d’union avec, sans doute, une finalité secrète. Cette alliance Nord-Sud - née à l'initiative de la France - dont le sommet a réuni 43 pays, les 27 de l'Union européenne plus 16 du pourtour méditerranéen, date de 1995 et est issue de l’ex processus de Barcelone.


Des divergences fondamentales
Tout le monde n’est pas d’accord avec cette vieille et riche idée de sécuriser, de développer et de prospérer économiquement ensemble, uniquement dans le pourtour méditerranéen. Et le ton de la désapprobation ou celui de la nuance et de la préférence géographique est donné.
Du côté de l’Union Européenne même,  certains affichent tout haut leur aveu d’impuissance et leur préférence géographique et historique. Ainsi,"le monde ne va pas être changé par cette réunion", a notamment déclaré Karl Bildt, le chef de la diplomatie suédoise. La Suède avec les derniers adhérents à l'UE estiment qu'un partenariat avec l’Europe de l’est serait plus prometteur. Oui, la préférence continentale, culturelle et religieuse, sans doute.
Et côté africain, le désintérêt a été marqué depuis lors par la Libye. Selon Kadhafi les pays arabes riverains de la Méditerranée concernés par ce projet appartiennent à un espace arabe sous le parapluie de la Ligue arabe et à l’espace africain sous l’égide de l’Union africaine (UA). Pour cela, il faut plutôt soutenir les formules de coopération entre Bruxelles, capitale de l’Union européenne, Le Caire, capitale de la Ligue arabe, et Addis-Abeba, capitale de l’Union africaine, que de se soumettre à une totale domination. Le Colonel Mouammar –el -Kadhafi a un tout autre avis sur la question. Mais quelle question ? Celle de l’hégémonie et du contrôle sans partage de l’Union Européenne sur l’espace Méditerranéen ? Ou la simple question du contrôle des migrations, des influences islamistes et des bandes organisées et groupuscules terroristes maghrébins et moyen-orientaux ?
Pour ce qui est de l’hégémonisme géostratégique et du contrôle des flux migratoires et de la surveillance des courants islamistes régionaux ou installés en Europe ; alors, Kadhafi a fais très tôt savoir que lui et sa Libye n’entendent pas se soumettre à quoi que ce soit, qui réduirait leur puissance continentale ou qui anéantirait leur influence diplomatiques et philosophique sur le continent africain et dans le monde arabe.  Et il est allé bien plus loin, en estimant que « nous ne sommes pas des chiens pour que les européens nous jettent des os ». Avant de demander au nom de quoi on obligerait les Etats arabes à reconnaître l’existence de l’Etat d’Israël ?


Redorer le blason de la France dans le monde arabe et moyen-oriental
L’Union pour la Méditerranée parait n’être qu’un rêve de grandeur historique et civilisationnelle pour une France dont la politique arabe s’ contrastée et dégradée depuis belle lurette. Michel Jobert ancien Ministre français des Affaires Etrangères - sous Pompidou - ne pensait pas si bien dire, au début des années 90, lorsqu’on lui posa la question sur la politique arabe de la France. Je le cite : « la politique arabe de la France ? C’est Barbès - Rochechouart ». Pour ceux qui ne savent pas, Barbès – Rochechouart est un périmètre, un des quartiers populeux et malfamés de Paris, réputé pour ses allures de Souk arabe où on trouve de tout... C’est reconnaître le prosaïsme diplomatique de l’époque. Si déjà dans les années 90, la ligne diplomatique et politique arabe de la France s’était empêtrée et engluée dans les marcs de pétrole, au grand dam de l’Israël – l’air était déjà au cas par cas pour paraphraser les chantres et  « régularisateurs » obligés d’immigrés en situation irrégulière -. Aussi la communauté juive de France, électoralement très importante, socialement et politiquement influente ne devait pas tarder à s’organiser et dénoncer de vives voix le flou de cette pétro diplomatie qui la livrait à la merci de mouvements terroristes. Il faut rappeler que la communauté juive avait toute les raisons de s’inquiéter et de s’offusquer de cette ambiguë diplomatie commencée sous la présidence Giscard et poursuivie sous Mitterrand ; tant les répercutions au plan national, se traduisaient par des actes anti-sémites à son égard. L’attentat de la rue de Rozier – le 9 août 1982 -, l’attentat de la rue de Rennes – le 17 septembre 1986 -, les actions de sabotage – la profanation du cimetière juif de Carpentras en  mai 1990 …-, le conflit interne algérien des années 90 – avec des enlèvements et exécution de ressortissants français en Algérie -, la série d’attentats de 1995 dans le métro parisien…Toute chose, de quoi susciter l’angoisse et la désapprobation de l’opinion publique française -. Et de pousser les gouvernements Jospin, Raffarin et Villepin à ne pas amplifier ni maintenir cette pétro diplomatie. Aujourd’hui, en 2008, on s’aperçoit encore que cette politique d’équilibrisme de la France dans un monde arabe en ploie à des tensions internes et des querelles byzantines avec l’Israël, cherche à renaître de sa cendre avec une nouvelle philosophie. Quoique, édulcorée sous la bannière de l’Ue,  c’est toujours une géométrie variable qui sera offerte. Nonobstant la nouvelle obédience et les finalités concrètes et concrètement inavouable. Que certains parlent de développement économique, de sécurisation, de réconciliation, de dépollution de la méditerranée  et que d’autres parlent de contrôle de l’immigration et de la lutte musclée et à la source contre l’immigration clandestine. Cela ne semble pas venir à bout des velléités  des réactivateurs de ce grand projet qu’est l’UPM – qui de toute façon a vue le jour -. Nous devons, tous, nous accorder à dire que le président français avait réussi un grand coup diplomatique et médiatique en réunissant autour d’une même table, sans jamais se serrer la main ni s’adresser directement la parole – pour l’anecdote - l’intransigeant  Bachar Al-Assad de la Syrie et l’obstiné Ehud Olmert d’Israël. Sans oublier les dirigeants  palestinien, libanais et certains leaders du Maghreb africain, autres acteurs et faits valoir de la querelle arabo-israélienne. Peu importe, Sarkozy a réussi à ramener l’Israël au devant de la scène coopérative et diplomatique internationale du monde proche et moyen-oriental et arabe.  Il aura réussi à donner une meilleure assurance à la pacifique communauté juive de France, souvent, malheureusement encore, en proie à des actes antisémites isolés de toutes sortes – tout comme les autres minorités dites visibles confrontées aussi aux affres des discriminations d’ailleurs -. Cet exploit diplomatique paraissait irréalisable, mais tel un exercice de haute voltige que seul le président Sarkozy et son entourage – qui en ont le secret - pouvaient réussir : ils l’ont fait ! L’UPM est née. Mais à quel prix, pourquoi faire réellement et pour combien de temps encore?


Sécuriser l’Europe et lutter efficacement contre l'immigration africaine
Nombreux sont ceux des africains qui se posent la question suivante : Comment peut-on plaider avec grandiloquence pour une assistance humanitaire et une aide accrue au développement des pays du tiers monde, et  consentir à jeter des millions d’euros dans une Méditerranée archi polluée de conflits et de querelles byzantines ? Si ce n’est juste pour plomber davantage l’Afrique noire dans son cantonnement géographique, au nom d’une légitimité culturelle et historique berbère/andalouse ( !?!). Nul doute que le marché couvert par l’UPM est vaste – près d’un milliard d’habitants – et le territoire étendu sur 12,5 millions de km2 ferait pâlir d’envie américains et japonais. Mais en dehors de cette reluisante perspective économique et quelque soit l’idéologie, la politique ou la thématique choisie par l’UE et son président en exercice pour enrôler ses partenaires ; le but inavoué de cette union  reste fonder sur la farouche volonté affichée par Nicolas Sarkozy  – alors ministre de l’intérieur – de réduire  l’immigration clandestine, juguler l’immigration régulière et contrôler les courants islamistes extrémistes. Le cadre religieux étant déjà défini et contenu par les organisations musulmanes impulsées lors du séjour à la place Beauvau du président Sarkozy, il ne reste plus qu’à anticiper et aller directement à la source pour une nouvelle approche des problèmes. L’Ue et ses pays membres sont parfaitement en droit d’accepter qui ils veulent dans leur espace territorial et économique. Et il n’y a pas lieu d’organiser une cynique farce diplomatique pour faire valoir ce droit ; si ce n’est que les seules frontières physiques européennes ne suffissent plus à mieux freiner et contrôler l’immigration clandestine. Mais seulement, rappelons cette fameuse métaphore, cette phrase prémonitoire utilisée à la fin des années 80 par l’ancien président sénégalais Abdou Diouf, lors de son passage dans l’émission politique télévisée – en vogue de l’époque - : « l’heure de vérité » de France 2. Je cite : «aucune police, aucune armée  ne sera assez forte pour arrêter la déferlante humaine, la marée noire qui risque de s’abattre sur l’Europe….». Oui une déferlante humaine peut s’abattre sur l’Europe si elle continue à feindre d’ignorer les conséquences affreuses d’une mondialisation inégalitaire et à visage inhumain, axée non sur le transfert des compétences  technologiques pour l’Afrique mais sur son total dépouillement. L’Europe et les anciennes puissances coloniales se sont bien servies - et se servent encore - de l’Afrique. Et tant que les conditions pour un  commerce équitable véritable; l’arrêt des soutiens aux dictatures et la révision de tous les accords – tant les accords économiques que les accords de défense et de coopération militaire, fréquemment utilisés pour rétablir l’ordre ancien – ne seront pas réunies le continent africain restera toujours en mal de développement. Et les africains en proie à la faim, aux misères et fléaux de toutes sortent lorgneront toujours vers le miroir aux alouettes européen. Et ce ne sera pas le fait de déplacer les frontières européennes vers les rives méditerranéennes afin de mieux surveiller –grâce aux police, douane et forces de sûreté des pays partenaires à l’UPM – et appréhender les flux migratoires en direction de l’Europe qui changera la donne.  Que certains de nos amis maghrébins acceptent de se transformer en agent de renseignement, de police ou autres pour la riche Europe c’est leur intérêt économique éphémère qu’ils défendent, sans une grande vision prospective. De toute façon, reconnaissons et louons la lucidité d’un KADHAFI qui a refusé de se prêter à ce jeu de simulacre. Ceux qui ont accepté de jouer la carte de l’UPM ne résisterons pas non plus à la forte pression sociale et à la poussée de liberté de l’intérieur, car leur population, surtout leur jeunesse a la même soif que la jeunesse subsaharienne : la soif de voguer vers d’autres cieux, plus prospères. Et le mirage européen et le rêve américain n’en sont que des substituts. Le nirvana  c’est aussi être à l’aise chez soi dans son Afrique natale parmi les siens, dans de bonnes conditions de vie, dans un bon système démocratique, économique, éducatif, social et sanitaire. Pour nos amis européens, américains et autres, accepter que l’Afrique doit rapidement redevenir un havre de paix pour ses habitants afin de s’autoalimenter ; s’industrialiser et se développer : c’est régler la moitié des problèmes liés à l’immigration clandestine et même régulière ; pour peu qu’on veuille.

29 Août 08 - Par Guillaume ADOUVI – DP  www.sikainfo.com

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