SOS pour nos Centres universitaires

C'est à croire que les Béninois ne croyaient pas en eux-mêmes, en leur capacité d'innover au moment où ils ouvraient le chantier des Centres universitaires. C'était en 2008. Il s'agit de structures publiques de formation universitaire.

L'objectif visé est de décentraliser, à terme, l'enseignement supérieur. L'ambition affichée est d'accorder le profil et les programmes de ces Centres avec les potentialités de leurs régions d'accueil.

Avouons que l'idée est bonne. Les Centres universitaires ainsi conçus sont appelés à nous sortir du schéma classique des grosses universités, modèles américain, anglais ou français. Du reste, nous nous fracassons contre un mur invisible chaque fois que nous reproduisons de tels modèles. Soit que nous créions des éléphants blancs, soit que nous installions de véritables monstres. Avec des structures déconnectées de leur environnement socioculturel, ce sont des générations entières de nos jeunes compatriotes que nous  soumettons à l'absurde et périlleux exercice de passer par le trou d'une aiguille.

Ainsi vus, les Centres universitaires s'inscrivent dans une logique de rupture. L'ambition, à terme, c'est de mailler tout le territoire national de pôles universitaires d'excellence, organisés en des grappes d'écoles professionnelles. A ce jour, 16  Centres universitaires ont ouvert leurs portes. D'autres suivront. Ce qui portera leur nombre à 22 à l'horizon de l'an 2015. Mais entre le projet et la réalité, quelle est la vérité?

Disons-le sans détour: nous n'avons pas pu nous donner les moyens de nos ambitions. Le campus, ou ce qui en tient lieu, est encore, dans bien des cas, plus virtuel que réel. Les  infrastructures tiennent davantage du précaire ou du provisoire. Font défaut l'Internet, les bibliothèques, les laboratoires. C'est tout l'environnement scientifique et propre aux études supérieures qui est loin d'être constitué. L'encadrement pédagogique serait sans reproche s'il y avait un effectif suffisant d'enseignants disponibles. Au total et pour l'instant, l'on bricole au quotidien, opérationnalisant a minima  un concept pourtant plein de promesse.

Nous ne pouvons pas fermer les yeux sur la dérive qui s'observe et qui affecte durement l'expérience. Une telle dérive  risque de noyer nos Centres universitaires, menacés de disparaître, corps et biens, dans l'océan d'une gouvernance sans vision. Nous ne pouvons continuer de tirer prétexte de notre statut de pays sous-développés, aux moyens limités, pour nous satisfaire d'une formation au rabais, sacrifiant, au passage, notre toute première richesse: la ressource humaine.

Un double audit sera nécessaire. Audit matériel, d'une part, pour confronter l'existant à notre l'ambition de  créer ces Centres universitaires. Le souci, ici, avons-nous dit est de donner à l'enseignement supérieur une place de choix dans le développement de notre pays. Dans le respect d'un ratio enseignants/ apprenants aux normes. Grâce à la qualité des maîtres, à la qualité de  leurs enseignements, à la qualité de l'environnement des études et de la recherche.

Audit humain, d'autre part. Nous devons connaître, en effet, le coût humain des cinq premières années de l'expérience des Centres universitaires. Quel type de professionnels avons-nous formé depuis 2008, année de démarrage de l'expérience des Centres universitaires? Quel regard le marché du travail porte-t-il sur les produits de nos Centres universitaires?  Quelles actions remarquables ou valorisantes certains de ces produits ont-ils eu à porter à leur actif ?

Enfin, avant que ne soit connu le résultat de ce processus d'évaluation de nos Centres universitaires, un projet de relance devrait commencer à se mettre en place. L'anticipation, c'est ce que nous savons faire le moins, et c'est par là que nous péchons le plus. Il ne peut s'agir d'un exercice facultatif.

L'anticipation peut porter sur les voies et moyens de trouver des ressources additionnelles. C'est d'autant plus impératif qu'il est peu probable que l'Etat s'engage plus avant et avant longtemps, sur la part actuellement réservée à l'enseignement supérieur dans le budget national. Ailleurs, on a tenté et réussi un véritable partenariat public/ privé, grâce à l'engagement de l'entreprise. Elle a commandé, en les finançant, les profils d'agents dont elle a besoin.

L'anticipation peut porter également à revoir toute la politique de formation des formateurs et surtout à inaugurer une politique intelligente de redéploiement d'enseignants déjà à la retraite. Qui s'engage à innover et à faire du neuf doit porter l'imagination au pouvoir. Nos Centres universitaires attendent cette impulsion créatrice pour être le levier de nos espérances.

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