Bénin : ministres, personnalités politiques et économiques mis sur écoute téléphonique par Yayi

Au Bénin, depuis maintenant plusieurs mois, membres du Gouvernement, opérateurs économiques influents, hommes politiques, sont mis sur écoute téléphonique.  L’information portée à notre attention, sans grand détails, par des sources proches du Pouvoir, a été confirmée par La Lettre du Continent - réputée pour sa fiabilité - dans sa parution N° 654 d’hier 06 mars 2013.

Dans un article intitulé « Boni Yayi bascule dans un Etat paranoïaque » la Lettre du continent N° 654 du 06 mars 2013 fait un état de lieux de la situation actuelle du pays avec un zoom sur la « chasse aux sorcières », « la gestion ultra-sécuritaire »  du pays, et tout cela dans la perspective d’un troisième mandat qu’envisagerait le Président Boni Yayi.

Ainsi, on apprend que  le « contexte malsain de suspicion généralisée » dans lequel se trouve le Bénin depuis 2011 a amené le Président Boni Yayi à prendre un certain nombre de mesures « ultra-sécuritaires.» 

Selon nos confrères, Boni Yayi a par exemple placé  le Palais présidentiel « au cœur d’une stratégie de surveillance globale ». Et « moyennent plusieurs milliards de Fcfa » la Présidence et la résidence privée du Chef de l’Etat, sise au quartier Cadjèhoun, ont  été dotée d’un système sud-africain permettant de mettre sur écoute qui bon lui semble.»

Des sources proches du régime ont précisé que depuis l’installation de ce dispositif de mise sur écoute, les conversations téléphoniques et les sms des membres du Gouvernement, des personnalités politiques, surtout de l’opposition, et des opérateurs économiques, sont interceptés par la Marina. On apprend même que des journalistes ont été aussi mis sur écoute et sont suivis dans leurs commentaires sur internet par des agents de renseignements qui aurait infiltré les réseaux sociaux.

Koupaki aussi

La Lettre du Continent donne, quant à elle, des exemples précis. Elle fait savoir qu’un « rapport quotidien est fait » au Chef de l’Etat sur « les communications du chef du Gouvernement Pascal Irénée Koupaki, auquel il est reproché des velléités de succession trop poussées. »

Le Gouvernement avait, par un décret pris en 2010, exigé l’enregistrement des numéros de téléphone. Ce qui, pour des raisons sécuritaires devrait permettre d’associer chaque carte sim à une identité.   Pour des raisons commerciales, sans doute, les opérateurs de GSM qui n’ont pas voulu systématiquement couper leurs abonnés non enregistrés, ont mis sur pied des stratégies pour inciter ces derniers à se faire enregistrer. Mais depuis quelques semaines, la pression gouvernementale s’est accrue sur les opérateurs GSM si bien que la semaine dernière, l’un d’eux a entamé l’opération de coupure des cartes sim non enregistrées. 

Selon des indiscrétions, au-delà des raisons évoquées par les autorités gouvernementales, c’est cette pratique de mise sur écoute des conversations téléphoniques qui expliquerait l’empressement du Gouvernement ces dernières semaines.

On apprendra de la Lettre du Continent, que « le directeur corporate » d’une compagnie de téléphonie mobile, « a été appréhendé par les services de renseignements, pour qu’il remette les conversations téléphoniques de plusieurs opposants.» Contacté par notre rédaction, l’intéressé dément. Au Bénin, on vit donc désormais sous écoute

Les ingrédients d’un régime « civilo-sécuritaire »

Et voilà. Le régime Yayi montre progressivement son vrai visage. Au nom d’une prétendue menace sécuritaire ventilée ça et là dans l’opinion,  à grand renfort médiatique, le pays se retrouve dans une psychose générale. Et comme si cela ne suffisait pas, des citoyens sont mis sur écoute. Il n’est pas exclu que pour des raisons d’enquêtes, la police mette sur écoute certaines personnes ou exige d’avoir accès à l’historique de leurs conversations. Et dans ces cas, ce n’est pas le chef du Gouvernement qui intercepte ces appels, mais ce sont les services de la police ou de la justice qui le font. Mais, la mise sur écoute de certains citoyens par le pouvoir en place, est illégale.

On se croirait dans un régime dictatorial et sécuritaire dans lequel le chef de l’Etat est le centre de tout. Et au nom de la sécurité, les libertés des citoyens sont mises en veilleuse avec un chef d’Etat qui fait la justice. Et dans ce genre de régime, la méfiance s’installe en permanence entre différents acteurs de l’appareil étatique. Quand les histoires de menace sur la sureté de l’Etat son véhiculées en permanence, cela se termine par l’instauration de l’Etat d’urgence où les libertés individuelles sont totalement brimées.

Sinon, comment comprendre qu’un chef d’Etat, qui se réclame démocrate, puisse mettre sur écoute ses ministres, son premier ministre, et les opposants à son régime. Ce sont les ingrédients d’un régime sécuritaire.

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