Conférence des Présidents des institutions à Porto-Novo : des conclaves non constitutionnels aux résultats contestables

Alors que sur le front politique, opposition et majorité présidentielle se regardent en chiens de faïence, c’est la bonne ambiance au sein des institutions du pays.

Depuis quelques mois, leurs responsables se rencontrent  périodiquement  pour discuter. Mais au finish, on se demande bien à quoi servent ces rencontres informelles, non constitutionnelles qui ne débouchent sur aucune décision.

Une nouvelle forme de concertation entre institutions de la république prend progressivement corps dans le paysage politique. Depuis quelques mois en effet, les présidents de la Cour constitutionnelle, de la Cour suprême, de la Haute cour de justice, de la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication(Haac) et du Conseil économique et social(Ces) ont pris l’habitude de se rencontrer périodiquement pour échanger sur les sujets préoccupants de la nation. Pour une troisième édition, la rencontre a eu lieu au siège de la Haute Cour de justice. Tous étaient là. De Robert Dossou à Nicolas Adagbè en passant par Mathurin Nago, Théodore Holo, Ousmane Batoko et Théophile Nata. Aux termes de leur dernière rencontre, le président de l’Assemblée nationale Mathurin Nago s’est prononcé sur certains sujets de l’actualité comme l’interview du Chef de l’Etat du 1er Août dernier. On se rappelle, le Chef de l’Etat avait affirmé  lors de cette interview que les institutions de la république sont mouillées. A cette déclaration, la réponse du président Nago, à l’issue du conclave des présidents d’institution a été assez surprenante. Il a esquivé la question en disant n’avoir pas entendu cela. La réponse donnée par le président de l’Assemblée nationale serait-elle à l’image de leur rencontre ? Serait-elle un rendez-vous de mensonges ? Si on ne peut l’affirmer officiellement, il y des raisons de croire toutefois que ces différentes rencontres ne servent à rien et n’aident pas trop le pays à avancer.

Se rencontrer, et après ?

La dernière rencontre qui s’est tenue entre les présidents de cette institution serait la troisième du genre. La première remonte à un passé récent et a permis à ces présidents des institutions de prendre langue avec l’homme d’affaires Patrice Talon en désaccord avec le président Boni Yayi sur les dossiers Pvi et le coton. Certains n’hésitent pas à dire que la rencontre entre les présidents des institutions a été initiée à cause de  Talon. Depuis, rien n’a été dit sur les décisions que ce collège de présidents a prises pour régler le différend. Le conclave des présidents s’était-il juste contenté d’écouter Patrice Talon ?  Aussi inefficace  qu’il est apparu dans la résolution de la crise entre l’Etat et des opérateurs économiques, ce collège de personnalités semble bien montrer ses limites dans la décrispation de la tension politique dans le pays. Jusqu’à ce jour et après avoir effectué trois rencontres, le collège des présidents des institutions n’a rendu publique aucune déclaration pour prendre une position par rapport à un sujet de l’actualité ou pour faire des propositions de sortie de crise. Il semble même que tout a été fait exprès par ces personnalités qui sont conscientes que leur conclave n’est pas prévu par la constitution. Nulle part dans la constitution il n’est prévu une telle rencontre. Les présidents le savent si bien qu’ils n’osent pas  prendre des décisions ou se prononcer officiellement sur des sujets sensibles de l’actualité nationale. Par contre, la constitution a bien délimité les champs d’intervention de ces différentes institutions. Mais force est de constater que certaines institutions délaissent leurs prérogatives. C’est le cas de la Cour suprême qui devrait se saisir du dossier de la Chambre du commerce et d’industrie du Bénin. C’est aussi le cas de l’Assemblée nationale qui n’arrive pas toujours à contrôler les actions du gouvernement. La Haac, elle, peine à assumer la régulation de l’espace audiovisuel. Dans ce cas, les conclaves organisés ne pourront porter des fruits. Ils s’apparentent à des kermesses initiées par des hommes-politiques pour la plupart- qui peinent à assumer les réserves liées à leur mission constitutionnelle.

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