Entretien avec le cinéaste Abdel Hakim Amzat

«On peut aujourd’hui sortir un film chaque mois à Laha Production» Après une formation de pointe en cinématographie en Inde, Abdel Hakim Amzat, Pdg du groupe Laha production est revenu plus entreprenant que jamais dans le monde du 7ème art. Comme le montre d’ailleurs son nouveau look avec les cheveux rasta, les barbes drues et parfois des boucles d’oreille.

Il lance bientôt sur le marché, de grands films -sur des réalités tant du temps moderne que de la tradition en Afrique et au Bénin en particulier- dont «Agan». Un chef-d’œuvre sur sa culture yoruba. A quelques minutes d’un casting important, il a accepté répondre à nos questions. Entretien avec un des artistes les plus polyvalents de notre temps. Acteur, metteur en scène, cinéaste, producteur, écrivain …

 

Après vos débuts, on a constaté depuis un certain temps, une accalmie au niveau des activités du groupe Laha Production. Est-ce un recul stratégique pour mieux sauter?

Je crois qu’il est important et très important d’ailleurs de mieux maîtriser l’activité dans laquelle on investit. Peut être qu’on le faisait d’une manière pas très professionnelle. A un moment donné, on a jugé d’aller à la rencontre du cinéma. C’est-à-dire aller apprendre le cinéma. Il nous a fallu onze mois de formation en Inde dans le secteur de la réalisation télé et cinéma et puis en mise en scène.

 

Vous avez eu la chance d’aller en Inde et de côtoyer de grands réalisateurs au niveau international. Quelles sont vos relations avec les maisons de production en Amérique et en Europe surtout ?

C’est sûr ; vous jurez à travers nos produits avec les films qu’on a réalisé jusque là. Nous sommes en étroite collaboration avec des amis avec qui nous avons fait des études, nos professeurs mais aussi d’autres réalisateurs. Nous préparons beaucoup de choses ensemble. Quand je parle de mon prochain film «Agan», je le ferai entourer de mes amis réalisateurs indiens et français. Vous le verrez en son temps. C’est un film qui sera tourné en 35” avec la collaboration et l’apport intellectuel des amis professionnels du milieu. Parlant de mes relations avec d’autres réalisateurs de l’extérieur, vous l’avez remarqué avec Abèni. C’était en collaboration avec le cinéaste nigérian Tundé Kélani.

 

Au niveau national, comment organisez vous le travail? Est-ce que vous avez des relations avec des maisons de production ou des acteurs au Bénin?

Au Bénin, on n’a pas encore la culture de collaboration. C’est jusque là du «chacun pour soi». Nous sommes éparpillés. Le moment n’est peut-être pas encore venu pour qu’on comprenne réellement que l’art en général ne pourra pas être le centre d’une concurrence. Parlant des acteurs, c’est clair que ceux qui ont eu la chance ou ceux là qui sont dans les écoles de cinéma, ont compris qu’avant qu’ils ne soient à l’école, ce qui se passait n’est pas ce qui devait être. Il nous est un peu difficile, à notre retour aujourd’hui, de faire comprendre aux gens que le cinéma n’est pas d’appeler les cousins et cousines, les amis à côté. Il faut vraiment des professionnels. Et il est difficile de le faire comprendre à des gens qui ont un certain nombre de films à leur actif. Pour eux, ils sont des acteurs confirmés. Honnêtement, c’est un peu difficile parlant de ce rapport producteurs-acteurs au Bénin.

 

Est-ce que vos productions arrivent à percer le marché international?

Vous avez essayé de parcourir et de lire aussi un peu à travers le monde comment est-ce que les gens parlent de nos films, aux Etats Unis, en France, en Suisse et ailleurs. Que ce soit à Abidjan ou à Lomé à côté, voyez comment nos œuvres, nos anciens films, circulent. Je crois qu’on a essayé quelque chose en cours.  On peut par rapport à cela, se frotter les mains et dire que l’avenir est prometteur.

 

Est-ce que vous avez des films déjà nominés à des festivals ou à des rencontres au niveau international?

On a pas mal de récompenses. Dernièrement, on a eu une reconnaissance signée du professeur Wolé Soyinka suite à Abèni. Aussi, en 2007, au festival de Toronto,  Abèni a été nominé. C’est un grand festival, je pense le 3ème ou le 4ème mondial. C’est vrai qu’il n’y a pas eu de reconnaissance gouvernementale. Mais ça passe. Ce qui est important pour nous, c’est d’aller au bout de nos rêves.

 

Là, c’est beaucoup de millions voire milliards que vous injectez dans la culture béninoise. Est-ce que vous bénéficiez d’un soutien de l’Etat béninois?

On n’a jamais eu quoi que ce soit d’aucun régime. Nous sommes toujours seuls. Peut être aussi parce qu’on n’a rien demandé.

 

D’autres projets en vue?

J’ai aujourd’hui 5 à 6 romans sur le marché. Rassurez-vous que les films de ces romans ont déjà été tournés. Aussi, d’autres films sont-ils déjà tournés. Si nous nous décidons par exemple dès l’année prochaine de vendre un film par mois, je crois qu’aujourd’hui, on a déjà toutes les productions qu’il faut pour toute l’année. Mais nous ne nous arrêtons pas là. Nous continuons les tournages.

Parlez-nous du thème central de l’un de ces films. «Agan» par exemple.

«Agan», pour moi, c’est remettre en valeur ma culture. C’est montrer le Egoungoun dans son temps. Ce qu’il était vraiment. Egoungoun que moi j’ai connu, peut être parce que je suis né dedans, c’est carrément autre chose. Je voudrais qu’on fasse comprendre aux béninois et aussi à tout le monde entier, que c’est quand même quelque chose de très grand et vraiment riche culturellement. «Agan», c’est une histoire où je parle d’un des fils d’un Balè qui a grandi à l’occident. Un 10 janvier, il rentre avec des blancs pour voir ce qui se passe. Voyant les Egoungoun, les blancs se demandent ce que c’est. Lui, le fils du Balè, dit : venez, je vais vous montrer. Il les amène au couvent où il essaie de mettre le «awotèlè» d’Egoungoun. Quand il voit que les mariwochas sont entrain de venir, il tente de l’enlever en vain. Le «awotèlè» se scotche sur sa peau. Maintenant, impossible de l’enlever. Il fallait l’enterrer vivant. C’est la loi du couvent. C’est des histoires pareilles dans «Agan». Quand moi j’étais enfant, on ne pouvait pas toucher à l’accoutrement de l’Egoungoun. Quand çà te touche, tu tombes si tu n’es pas vraiment initié. C’est des choses comme çà que je veux mettre en valeur. «Agan», c’est une nuit sacrée. Que se passe t-il réellement dans cette nuit? qui peut y participer? qu’est ce qu’est «Agan»? C’est ce que je veux essayer de développer d’une manière ou d’une autre. C’est un grand film. Un film qui ferra parler du Bénin à travers le monde.

 

Vous avez changé de look, pourquoi?

Pour ceux qui me connaissent, quand j’étais revenu de l’Europe en 1995, je les avais coupés. C’était vraiment long. Mais en 2009, j’ai jugé bon de reprendre. Pour moi, cela signifie la tolérance. Tolérance parce que je veux sortir du rang de ceux là qu’on voit comme grand homme,  comme on a l’habitude de le dire ici «boss». Qu’on ne m’écarte vraiment pas. Je veux qu’on me voie comme tout autre jeune de mon âge qui n’a peut être pas de grands moyens. Le rasta aujourd’hui, quand il passe dans la rue, c’est facile pour un petit de dire rasta man. Je veux ça. Je veux qu’on m’interpelle comme ça. Peut être aujourd’hui, on pense qu’on ne peut pas m’approcher. Pourquoi? Etant un rasta, peut être ça diminue un peu ce mythe de grande personne.q

Réalisation :

Marcel Zoumènou & Blaise Ahouansè

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