«Seule une force internationale sous mandat de l’Onu qui peut sauver le Mali » dixit Moïse kérékou

Il fût l’un des premiers à prédire que la guerre au Mali sera longue et difficile à gérer. Quelques jours après l’offensive française dans ce pays, Moïse Kérékou, spécialiste des relations internationales revient ici sur cette crise. Selon lui, la solution militaire, telle que souhaitée par le Président Boni Yayi, est la meilleure option pour éradiquer cette crise.  

 Nouvelle Tribune: Moïse KEREKOU, ces derniers jours la France est passée à une offensive militaire au Mali ; quelles sont vos impressions à chaud ?

MK : Depuis 10 mois, le Mali est secoué par une crise qui a mis à rude épreuve sa démocratie et sa stabilité politique. Le model démocratique malien, jadis admiré, a du jour au lendemain volé en éclat sous l’assaut des groupes islamistes, armés et terroristes. Le pays est divisé en deux, les populations du nord Mali vivent une situation infernale sous un régime embryonnaire totalitaire qui a imposé la Charia et a procédé à la destruction systématique de tout l’héritage culturel du vaillant peuple malien.  Pour nous africain, c’est une honte d’assister impuissant à une telle invasion, une telle bavure digne de l’époque coloniale. L’inaction des forces militaires régionales et continentales n’a fait que renforcer ces groupes terroristes dotés d’un arsenal militaire lourd issu du pillage des casernes du Colonel Ghadaffi lors de la crise libyenne.  Pourtant certains chefs d’Etat dont notamment le Président en exercice de l’Union  africaine, le Dr Boni Yayi, Président de la République du Benin avait dès l’aube de la crise, anticipé sur la contamination régionale de ce fléau et a appelé de tous ses vœux à une intervention militaire pour circonscrire le mal et l’éradiquer définitivement. L’histoire lui donne raison aujourd’hui. Car au lieu d’une intervention radicale militaire on a préféré la voie du dialogue, on a négocié avec des terroristes en bravant les règles élémentaires en management de conflit. L’une des premières règles quand la partie en face est une organisation terroriste est qu’il ne faut pas négocier. Ces gens sans foi, ni loi ne comprennent qu’un seul langage, celui de la force brutale. Le mot « paix » n’existe pas dans leur vocabulaire. Et c’est ce langage que la France depuis vendredi passé a conjugué avec des raids aériens, des frappes sporadiques et chirurgicales qui ont fait selon la presse internationale une centaine de mort dans le camp des groupes terroristes. C’est donc avec un soulagement incommensurable et une joie pure que j’accueille, je salue et que je supporte l’intervention militaire de la France au Mali. Cette intervention militaire est légitime, elle est juste et elle est bonne.  On aime à la voir à nos côtés, la France de Napoléon, la France de Louis XIV, la France de De Gaulle en ces moments critiques. Je voudrais également saluer le leadership, la détermination et le courage du Dr Boni Yayi, Président en exercice de l’Union africaine, Président de la République du Bénin ; à qui l’histoire donne raison. On aurait procédé depuis longtemps à cette intervention armée qu’on n’en serait pas là aujourd’hui. Yayi Boni avait vu juste, l’intervention militaire était inéluctable.

NT : Pensez-vous que quelques frappes réduiront à néant les terroristes et permettront de recouvrer l’intégrité territoriale du Mali ?

Non, mais ceci n’est qu’un prélude à une vaste offensive armée. La crise malienne est devenue, avec l’apparition des groupes terroristes, une crise internationale. Les groupes terroristes sont des acteurs transnationaux qui n’ont ni un territoire, ni une armée conventionnelle. Et depuis les attaques du 11 septembre 2001, la réponse contre le terrorisme international est la force internationale. Aux grands maux, les grands remèdes. Dans une telle guerre qui oppose une ou des armées régulières avec des groupes qui n’ont pas de visage et qui ne craignent pas la mort au nom d’une foi, il faut faire extrêmement attention.  Les groupes intervenant au nord du Mali sont lourdement armés, disposent de moyens financiers, de l’argent frais généré par les produits de contrebande et les trafics de tout genre opérés dans le désert. Ils ont aussi un réseau insoupçonnable de relations dans les milieux politiques, financiers et religieux. Cependant si hier, le rapport de force était en leur faveur, aujourd’hui avec l’entrée de la France en jeu, le rapport de force va en la faveur des forces alliées. Car la France, 5ième puissance mondiale, alliée des Etats-Unis, membre de l’OTAN et membre du Conseil de Sécurité des Nations Unies dispose d’une armée forte, d’une capacité logistiques extraordinaire et a les moyens à elle seule, si elle le veut bien évidemment, de mettre fin à cette injustice au nord du Mali. Elle devra compter non seulement sur ses alliés de l’OTAN, mais aussi des forces africaines dont je salue les mérites et qui ont montré leur preuve sur plusieurs théâtres de guerre et d’opérations de maintien de la paix. C’est avec satisfaction que je constate que le Niger, le Nigéria, le Sénégal ont approuvé l’envoi chacun en ce qui les concerne un bataillon de 500 hommes pour appuyer l’armée régulière malienne. Le Bénin n’est pas resté en marge de ce déploiement prévu de 3.300 hommes ; en effet le contingent béninois fort de 650 hommes de l’infanterie et de la gendarmerie viendra en appui à celui du Togo pour débouter une fois de bon ces terroristes et libérer le peuple malien du joug de la domination des extrémistes. Hier, sur instruction du Président de la République, dès son retour d’Abidjan, c’est un contingent entier de 500 hommes qui sera envoyé, selon les dires du Chef d’Etat Major des Armées, le Contre-Amiral Denis Hounsou GBESSEMEHLAN. On ne peut que rester en prière et saluer le courage de nos forces armées qui ont accumulé depuis un moment des expériences de tout genre à travers non seulement les diverses opérations de maintien de paix, notamment en Côte d’ivoire et au Congo, mais aussi les manœuvres de simulation effectuées sous la supervision des coopérants français et belges. C’est l’occasion de montrer effectivement ce dont nos forces armées sont capables en situation de combat réel. Le Bénin, voisin éloigné du Mali, occupant la présidence de l’Union africaine ne saurait rester indifférent à la vaste opération militaire de libération du Mali. Le conflit dépasse les frontières nationales du Mali, régionales de la CEDEAO et continentales de l’Afrique. Du fait de l’implication terrorisme international et du fait qu’on signale la présence à côté d’Ansar Dyne et du Mujao, de AQMI, c’est-a-dire d’Al Qaida, ce conflit revêt automatiquement une dimension internationale et seule une force internationale mise en place par la communauté internationale et dotée d’un mandat précis et clair du Conseil de Sécurité de l’ONU peut permettre au Mali de reconquérir son territoire et sa souveraineté.

NT : Vous avez parlé de forces armées africaines, ne pouvaient-elles pas mettre fin à cette guerre à elles seules ?

MK : Bien que j’apprécie le mérite de nos forces armées africaines qui ont capitalisé beaucoup d’expériences vécues à travers les opérations de maintien de la paix sur le Continent, il faut aussi reconnaitre qu’elles ne sont pas suffisamment préparées non seulement pour cette nouvelle forme de guerre – la guerre contre le terrorisme - mais aussi sur ce nouveau terrain inconnu et aussi vaste que le désert. Les forces africaines seules ne pourraient venir à bout des groupes surarmés du nord Mali. Une chose est de vouloir aller en guerre ; une autre est de pouvoir aller en guerre. Et quand il s’agit d’une guerre en bonne et due forme, le vouloir ne peut jamais remplacer le pouvoir. Nos forces armées peuvent-elles prétendre mener seules cette guerre, sans le soutien de la communauté internationale ? Je dois y répondre par un non catégorique. Nos forces armées respectives sont toujours en construction, elles disposent d’un budget annuel de défense faible qui permet de payer juste les soldes et de réaliser à peine quelques dépenses d’équipement mineures par ailleurs. A cela, il faut ajouter une logistique défaillante, un renseignement négligé, une mauvaise organisation et dans certains pays dont je me garderai de citer les noms une corruption endémique, un commandement incompétent et un moral à zéro de la troupe. Toutes ces insuffisances ne sont pas de nature à envisager le déploiement d’une force composée uniquement de troupes africaines. Ici, on ne peut se passer du soutien de la communauté internationale. Si les raids aériens français continuent à frapper l’ennemi jusqu’à ses derniers retranchements, si les Etats-Unis acceptent de mettre à contribution leurs fameux drones militaires qui ont fait leur preuve en Afghanistan et au Pakistan, si l’Algérie et la Mauritanie s’engagent aux côtés des forces africaines et si les troupes au sol disposent d’un commandement organisé, unifié et cohérent, il y a de fortes chances que cette guerre prenne fin rapidement dans les semaines à venir. Last but not least, et c’est à ce niveau que se situe mon inquiétude car toute guerre a un coût. Au Mali, qui supportera le coût de la guerre ?

NT : Votre mot de fin.

MK : Je ne saurais finir sans saluer une fois encore la détermination et le leadership du Président Yayi Boni qui visiblement tient à mettre un terme à cette crise malienne avant la fin de son mandat à la tête de l’Union africaine. C’est certainement l’une des raisons qui justifie l’offensive diplomatique qu’il mène depuis le début de la crise pour mobiliser la communauté internationale autour du conflit au Mali. Cela est tout à son actif. Je voudrais aussi saluer et encourager les 500 soldats béninois qui vont s’engager au Mali. Nous sommes de cœur avec eux car cette guerre est nécessaire, elle est bonne, elle est légitime et elle est juste. 

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