La Nouvelle Tribune

Incertitude autour des données démographiques et économiques : un obstacle au développement du Bénin

Espace membre

L’élaboration des politiques économiques nécessite la disponibilité et l'exactitude des données économiques et démographiques. Dans le contexte béninois, la fiabilité de ces données reste à prouver, compte tenu des polémiques qu'elles suscitent au sein de l'opinion publique et politique.

La population béninoise est désormais proche des 10 millions d’habitants, d’après les résultats provisoires du 4ème  Recensement général de la population et de l’habitation, donnés par le ministre du Développement, Marcel de Souza, il y a quelques semaines. Précisément, la population béninoise est estimée à  9.983.88 contre 6.769.914 habitants en 2002. Elle a donc connu, sur la période 2002-2013, un taux d’accroissement de 3,5% par an, contre 3,25% au cours de la décennie 1992-2002. Sur l’effectif total, les femmes font toujours 51,2%, soit 5.115.704 habitants résidents, représentant la majorité de la population béninoise.

Si ces chiffres semblent faire l'unanimité, ceux par région restent à polémique. Au lendemain même des résultats, huit députés de Cotonou sont montés au créneau, pour dénoncer la sous-estimation du nombre des habitants de la capitale économique, qui selon le Rgph4, est fixé à  678 874 contre  800 000 en 2011 par le RENA, hormis les enfants de moins de 8 ans.

Pour rappel, cette polémique intervient pendant que celle liée au taux de la croissance, les 5,4%, venait à peine de cesser de faire couler encre et salive. Il se pose ainsi une problématique d'incertitude autour des différentes données liées au développement, une situation qui compromet l'émergence du pays.

En effet, aucune politique de développement ne saurait être véritablement élaborée et atteindre son objectif, sans des chiffres exacts sur la population et les indicateurs du développement. La question devient plus préoccupante quand on sait que c'est en terme de ratio qu'on définit la  mise en place des structures sociales (écoles, hôpital, poste de police…). C'est alors la satisfaction des besoins des populations qui est hypothéquée par cette situation.

Par ailleurs, même si les vraies données existent, leur mise à disposition des acteurs économiques, demeure une autre problématique. Ce qui entrave, indirectement, le développement du pays. Pour preuve, ces données doivent aider les opérateurs économiques à réaliser convenablement les études de marché, pour mieux connaître la cible de leurs activités, sans quoi l'entreprise ne sera pas viable pour générer des ressources.

Le risque demeure le même pour les investisseurs privés étrangers et locaux  qui, pour toutes études pré-investissement, ont ainsi recours  à des données faussées, biaisant donc leurs prévisions.

Outre ces acteurs qui vivent quotidiennement la réalité économique du pays, les partenaires techniques et financiers sont également intéressés par cette situation. Car, ils ont besoin de données fiables pour intervenir dans le pays. En effet,  il n’est pas rare de voir, au Bénin, des reformes financées à fonds perdus par des ptf, réformes qui échouent parce que mal planifiées, compte tenu de l’inexactitude des données gonflées ou diminuées, parfois volontairement, pour susciter l’augmentation de l’enveloppe.

Par conséquent, il est donc primordial de disposer de données fiables pour répondre à tous les besoins ci-dessus identifiés, pour les acteurs publics, pour les entreprises, ainsi que pour les partenaires techniques et financiers, afin d’engager des projets de développement vraiment efficaces et en adéquation avec les réalités du pays.