La Nouvelle Tribune

Lutte contre la corruption au Bénin : le bon exemple devrait venir d’en haut

Espace membre

Le gouvernement a amorcé depuis 2006 une grande croisade contre la corruption. Elle a abouti fin 2011 au vote de la loi « anti-corruption ». En dépit de la volonté et l’engagement apparents et revendiqués du gouvernement, les gros corrompus tapissent toujours dans l’ombre du pouvoir. Ce qui laisse dubitatifs maintes personnes sur la sincérité de la lutte.

Il existe au moins un fait sur lequel il n’y a pas trop de contestation : le gouvernement manifeste sa volonté de lutter contre la corruption. On a encore, vivace dans nos mémoires, l’engagement personnel du Chef de l’Etat pour faire voter en procédure d’urgence par l’Assemblée nationale, la loi sur la corruption. Le temps de l’euphorie et de l’autocongratulation terminée, voilà les ministres en campagne pour vulgariser la loi vite promulguée par le président Yayi. Partout où ils sont passés, les membres du gouvernement ont attiré l’attention des populations sur l’importance de cette loi. Sur la volonté de mise en application de cette loi, rien à dire. On peut passer notre chemin. Seulement entre cette grande volonté affichée et l’efficacité du combat, il y a un grand fossé. Les faits semblent bien contredire le Chef de l’Etat. Selon plusieurs personnes, la lutte contre la corruption ne peut réussir que si le bon exemple vient des responsables eux-mêmes. C’est la lutte contre la corruption par l’exemple. Mais comment peut-on faire cette lutte si les responsables ne donnent pas le bon exemple. Malheureusement, cette idée n’est pas la mieux partagée au sein du gouvernement. En effet, selon la loi tous les ministres doivent faire une déclaration de leurs biens à l’entrée et à la sortie du gouvernement. Pourtant, la plupart des ministres du gouvernement ne l’ont pas fait. Exit Boni Yayi lui-même. Depuis 2006, il serait selon certaines sources beaucoup embourgeoisé, aurait construit ou acheté des manoirs et des palaces un peu partout à Djougou, Parakou, Tchaourou, un peu à l’extérieur et agrandi considérablement sa résidence de Cadjêhoun . Voilà pour ce qui est du visible Les ministres. Le reste ne saurait peut être jamais su. Bon nombre de ses détracteurs et des barons de l’opposition ne cessent de critiquer cela. La semaine dernière, invité sur le plateau de Canal3 Monde, l’honorable Lazard Sèhouéto de l’Un a affirmé que le président Boni Yayi donnerait le bon exemple en faisant une déclaration de ses biens acquis sous le pouvoir et en précisant la source des revenus qui lui ont permis de réaliser tout cela. En 1996, le président Kérékou a réussi un grand coup médiatique en déclaration et rendant public ses biens. Idem pour celui de ses ministres. Pourquoi le Chef de l’Etat qui veut lutter contre la corruption ne peut pas suivre l’exemple de son prédécesseur. Dans un tel système où un ministre peut s’enrichir allègrement en peu de temps sans être jamais inquiété et où il n’existe aucune structure de punition-la Cour des Comptes n’étant pas toujours installée- comment les populations peuvent-elles croire en cette lutte. Le Chef de l’Etat doit donc donné le bon exemple en nettoyant autour de lui.

La corruption électorale oubliée

Au cours de leur campagne de vulgarisation, les ministres sont restés muets sur la corruption électorale qui est pourtant la plus grande forme de corruption au Bénin. La loi elle-même n’en fait pas un grand écho puisqu’il n’y a que deux articles dans toute la loi qui en parle. Est-ce une façon d’occulter ce problème assez sérieux et important qui empêche les hommes de valeur de servir leur pays ? Comment lutter contre la corruption si ceux qui accèdent au pouvoir l’y sont de façon frauduleuse ? Aussi, il faudra travailler pour l’application de cette loi. A ce niveau, la justice a un grand rôle à jouer. Quel mécanisme met-on en œuvre pour que les faussaires soient réellement punis ? Autant de problèmes à régler si le gouvernement veut polir son image de gouvernement décidé à lutter contre la corruption.