La Nouvelle Tribune

Célestine ZANOU : «De la presse à sensation, évitons de glisser vers des institutions à sensation»

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Nouvelle Tribune : La HAAC, par sa dernière décision en date du jeudi 08 décembre 2011, vient d’enrayer de l’espace médiatique béninois le quotidien « Le béninois Libéré » et a interdit à ses deux premiers responsables l’exercice du métier de journaliste jusqu’à nouvelle ordre. Que vous inspire une telle décision ?

 

Célestine Zanou : J’ai suivi comme nombre de béninois l’élément à l’Ortb et permettez que je m’adresse aux deux parties.

Au quotidien « Le béninois Libéré », je tiens à dire ceci : démocratie n’est pas anarchie ; liberté n’est pas libertinage ; et en toute chose, il faut de la retenue et du respect même si l’on a fait l’option d’être une presse à sensation (ce qui n’est pas interdit). Vous devriez faire l’effort de rester dans les limites fixées par la loi et les textes en la matière et surtout respecter la déontologie en matière de presse au risque de subir les sanctions prévues par les textes de la Haac et qui sont loin ceux qui vous ont été appliqués. Sans vouloir vous défendre, je reconnais qu’il y a eu de la précipitation et de l’abus en ce qui vous concerne surtout qu’il y a une délibération en attente qui intéresse plus le peuple béninois au regard des affres causés par l’affaire « Icc Services et Consort ».

A l’endroit de la Haac je retiens que l’article 40 de la loi organique, N°92-021 du 21 août 1992, relative à l’institution et disponible sur son site dispose : « La Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication statue comme Conseil de discipline en matière de presse et de communication, sans préjudice des dispositions du Statut général de la Fonction Publique».

Je veux savoir si c’est ce que la Haac a fait avec le « Le béninois Libéré » ? Je veux savoir si les conseillers de la Haac connaissent cet article de la loi organique qui les régit ? Je veux savoir enfin si les conseillers de la Haac comprennent le sens élémentaire de cet article ?

Pour ma part, ayant suivi « l’élément spectacle » comme tous les béninois, j’ai entendu des conseillers et pas des moindres s’insurger contre le fait que la Haac a mission de statuer en qualité de conseil de discipline de la presse et de la communication. Où sommes-nous ? L’article 102 du règlement intérieur que nous pouvons interpréter comme code de conduite de la maison Haac stipule : « Conformément à l’article 40 de la loi organique, la Haac en sa qualité de Conseil de discipline en matière de presse et de communication, statue sans préjudice des dispositions du Statut Général de la Fonction Publique, mais dans le respect des dispositions du Titre VI de la même loi et des droits de la défense ». Est-ce sur les agents fonctionnaires de la Haac que les conseillers vont statuer en matière de conseil de discipline de presse et de communication ? Si oui, à quel dessein ? Mon pays est à l’envers. L’auditionné à tellement évoqué l’article 102 en l’occurrence son droit à la défense que j’ai compris qu’il maîtrise encore mieux les textes que les régulateurs eux-mêmes !!!

De plus, au regard de l’article 47 de la loi organique, la Haac, organe de régulation a compétence à statuer, et ne peut que prononcer des sanctions disciplinaires qui se présentent comme suit : (1) la suspension de l’autorisation ou d’une partie du programme pour un mois au plus ; (2) la réduction de la durée de l’autorisation dans la limite d’une année ; (3) le retrait de l’autorisation.

Nulle part donc, les textes de la Haac, n’ont prévu cette sanction extrême infligée au quotidien « Le Béninois Libéré » qu’est l’exclusion de ses deux premiers responsables de la profession et la saisie conservatoire des biens de l’organe. La Haac a-t-elle ce pouvoir ? Tout au plus, ils peuvent être sanctionnés comme l’indique l’article 49 de la loi organique : « ……. Le refus du titulaire de se conformer à cette décision est passible d’une des sanctions pécuniaires prévues au Titre VII de la présente Loi. »

Ma conviction profonde est que tout comme « Le Béninois Libéré », les conseillers de la Haac ont eux aussi manqué de retenue en confondant leurs ressentiments personnels et leur mission institutionnelle. Le débat était plus que personnalisé. La Haac a outrepassé ses prérogatives et « de la presse à sensation évitons donc de glisser vers des institutions à sensation ».

 

Selon vous, Y a-t-il donc restriction de la liberté de presse et d’expression ?

Nous avons connu dans ce pays les contrats avec les organes de presse. En son temps nous avions dénoncé la pratique car pour nous, elle n’était rien d’autre qu’un premier pas vers la restriction de la « Liberté de presse et d’expression ».

Avec le spectacle qu’offre la Haac en médiatisant les auditions, ce n’est ni plus ni moins un terrorisme psychologique qui se développe. Il me semble, que c’est une manière de faire peur et de restreindre la liberté de presse et de d’expression. Il nous revient de dénoncer cet état de chose sans pour autant faire le choix de la porte ouverte aux dérives de la presse qui doivent être sanctionnée conformément à la loi et aux textes en vigueur. La Haac n’a nullement le droit d’outrepasser ses prérogatives et place doit être laissée à la justice en cas de nécessité.

 

Quelles sont alors vos propositions pour assainir le secteur ?

A l’instar d’autres secteurs d’activités, la presse béninoise a besoin d’un ordre au sein duquel les volets d’assainissement du secteur, de formation et de renforcement des capacités des journalistes, de sanction et de régulation et autres peuvent être abordés. Mais le plus urgent est la réduction du poids de l’argent dans la presse. C’est le nœud gordien et ici ce sont les politiciens qui sont interpellés. Si nous sommes arrivés à ces extrêmes en matière de dérives dans la presse, c’est bien parce « le service de l’argent » est entrain de prendre le pas dans la presse toute tendance confondue en lieu et place « de service de l’information pour le développement» qui doit rester le crédo des acteurs du secteur de la presse et de la communication. On est pas quatrième pouvoir pour rien. J’ai dit.