La Nouvelle Tribune

Alternance au sommet de l’Etat en 2016 : Comment l’Un compromet ses chances

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Refus de déclaration à l’opposition, absence totale de programme et de perspectives politiques, manque de leader charismatique, indifférence totale vis-à-vis de tous les problèmes des populations, démission face au combat contre une Lépi «prédatrice»… Depuis la dernière élection présidentielle, l’Union fait la nation (Un) baigne dans un apolitisme inquiétant. Compromettant ainsi toutes ses chances de prendre le pouvoir en 2011.

 

Ya-t-il une opposition au Bénin? La réponse à cette question n’est plus aisée depuis la dernière élection présidentielle du 13 mars 2011, et ce, en dépit de l’existence de l’Union fait la nation (Un), coalition de partis politiques; une existence qui, de 2008 jusqu’à cette élection, a fait une opposition pure et dure à Yayi. Mais depuis, plus rien. L’Un a choisi de ne plus faire de la politique, laissant la chance à la majorité parlementaire de puiser parmi ses éléments. Premier indice de cette résignation politique, le refus de faire une déclaration d’opposition telle que l’exigent les textes de la République. Ce faisant, l’Un s’enferme dans une opposition défaitiste qui ne l’honore et qui lui vaut de vives critiques de la part des caciques du pouvoir. Deuxième indice, l’Un n’offre aujourd’hui aucune alternative crédible face à Yayi. Normalement, en tant que parti de l’opposition, elle devait faire des propositions concrètes face à celles du pouvoir. L’éducation, la santé, l’agriculture, la lutte contre le chômage, la sécurité, l’économie, ce sont autant de centres d’intérêt sur lesquels l’Un pouvait apporter des solutions autres que celles du gouvernement. Mais malheureusement, cette coalition s’est murée dans un mutisme complice et laisse Boni Yayi et sa mouvance conduire le pays comme ils le veulent. La conséquence de cette attitude, c’est qu’elle plonge des milliers de leurs militants et sympathisants dans l’incertitude et le désespoir. Désorientés, égarés, ces militants sont astreints à rejoindre par défaut la majorité présidentielle pour chanter comme les autres, les cantiques de la refondation. Si l’honorable Edmond Agoua a décidé de quitter cette coalition, c’est aussi à cause du fait que l’Un ne donne pas l’espoir d’une conquête du pouvoir en 2016. Que propose concrètement l’Un au peuple? Telle est la question que se posent maintes personnes. Et à cette question, même les militants les plus fidèles et les plus convaincus ne trouvent pas facilement de réponse. C’est ce qui pourrait aussi expliquer cette torpeur médiatique notée au niveau de cette coalition. Car, si ce n’est que pour critiquer, l’Un risque de tomber dans les mêmes erreurs que lors de la dernière élection. Elle doit au contraire effacer son image de celle qui ne propose rien mais ne fait que critiquer. Il faut craindre donc l’effet boomerang. Mais, il y a plus grave. Depuis quelques mois, l’Un affiche une grande indifférence face aux grandes préoccupations des populations. Cherté de la vie, insécurité, réformes, inondations, révision de la Constitution… l’Un est restée assez muette sur ces sujets donnant ainsi dans l’opinion une vilaine impression que ses leaders sont déconnectés des réalités des populations. «Moi je suis fâché, je ne peux plus continuer à voter pour des gens que je ne vois qu’une seule fois en cinq», s’est offusqué un transitaire qui manifestait contre le PVI. L’Un a observé le même silence face au dossier de la Lépi. Alors que la Rb, Me Jacques Migan crient sur tous les toits qu’il faut exiger corriger la Lépi avant une prochaine élection, l’Un le premier concerné ne semble pas réagir. Pourtant, c’est elle qui en a été le plus victime. Mais l’Un a un autre problème. Il s’agit de l’absence de leader charismatique pouvant incarner cette coalition depuis le retrait politique de Me Adrien Houngbédji. Entre Kolawolé Idji, Lazare Sèhouto, Emmanuel Golou ou même Lehady Soglo, qui incarne vraiment cette opposition? Est-ce son président Bruno Amoussou ou son ancien candidat Houngbédji qui a aussi choisi de ne plus parler? Enfin, l’Un ne mène aucune action dans les structures décentralisées de la coalition. Elle ne se prépare pas à gagner le pouvoir. Dans une dernière déclaration à Jeune Afrique, le professeur Albert Tévoédjrè a déclaré: « Je suis surpris de constater qu’on s’archane (Yayi) à lui prêter des intentions et de manœuvres illusoires, au lieu de se préparer à le remplacer, le moment venu…. ». Malheureusement, tout ceci ne semble mouvoir cette opposition. Il n’y a pas si longtemps aussi, Bénoît Dègla a affirmé qu’en 2016, Yayi serait toujours au pouvoir puisque celui qui serait là, serait un de ses disciples. Pourtant, l’Un ne réagit pas. Apparemment, cette coalition ne semble pas tirer leçon de son passé.