La Nouvelle Tribune

Concepts de changement et refondation constitutionnelle : jamais deux, sans trois avec Boni Yayi

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Le débat sur la révision de notre Constitution du 11 Décembre 1990 est une réalité aujourd'hui et bat son plein avec les commentaires des uns et des autres. Bien entendu le pt Boni Yayi en avait fait son cheval de bataille lors de la campagne présidentielle de Mars 2011 et l'a réaffirmé lors de sa prestation de serment le 06 Avril 2011. Il parait qu'une mouture de la nouvelle constitution existe même et connue des initiés.

Vu les derniers développements de l'actualité nationale, la révision de notre constitution est aujourd'hui possible car la loi organique référendaire vient d'être votée même si le peuple ignore ce que cela renferme. Nous pouvons alors présager que les prochains jours s'annoncent riches en évènements. Ce qui est une bonne chose pourvu que le peuple y trouve son compte.

D'abord le Chef de l'État parle de refondation sans définir de façon exhaustive ce que renferme ce concept. C'est vrai que sur la chaîne Africa 24, un essai de définition publicitaire a été diffusé et se résume à une profession de foi dont on nous a habitué depuis 2006. Pour le commun des béninois, les explications de la refondation se font toujours attendre. Mais ne nous m'éprenons pas , des actes subtiles de préparations psychologiques se posent telle la rencontre avec les têtes couronnées de la société civile pour les sensibiliser sur la révision de la constitution; les déclarations du chef de l'Etat qu'il ne touchera pas aux articles 42 et 44 etc.…etc. Est ce de la poudre aux yeux ?

Les béninoises et béninois n'ont qu'à le savoir une fois pour de bon tout porte à croire que la refondation égale révision de la constitution du 11 Décembre 1990.

Maintenant que le décor est planté et qu'il y a matière à débat, il faut nourrir la polémique nécessaire car la révision de la constitution ne peut être l'œuvre exclusive du Chef de l'État encore moins de son camp même s'il y a eu victoire au premier tour de l'élection présidentielle de Mars 2011. Il faut lever cette équivoque pour ne pas endormir l'opinion nationale et internationale. La révision de la constitution est une affaire nationale qui intéresse toutes les couches de la société.

N'ayons pas peur de la révision de notre constitution qui s'inscrit dans une dynamique de progrès. La question ici est de savoir quelle forme de révision est en préparation ? Quel est le texte qui sera soumis à l'étude de vote ? Voilà des questions préalables de bonne foi et de transparence. Pourquoi ?

Lorsque la révision interviendra avant la fin du mandat présidentiel, cas le plus plausible, le débat sera beaucoup plus politique que technique.

Par rapport à l'article 44, même la constitution révisée ne lui fera aucun barrage pour éventuellement briguer un mandat présidentiel car le Pt Boni YAYI en 2016 aura en âge 64 ans.

Le débat politicien et vicieux se fera sur l'article 42 qui limite le mandat présidentiel à deux (2). Les esprits malins trouveront en ce moment que nous sommes sous l'empire d'une nouvelle constitution et qu'il n'est pas normal qu'on exclue des citoyens qui jouissent de tous les droits politiques. L'exemple du Pt KEREKOU est là qui, bien qu'ayant dirigé le pays pendant dix-sept (17) ans sous la révolution et un (1) an sous la transition a été candidat une fois en 91 et est revenu en 96 pour être à nouveau président pendant dix ans. Ce qui constitue une jurisprudence dans la vie politique de notre pays. Pour peu, il allait continuer si ce même article 44 qui l'y a favorisé ne le limitait pas. Alors pourquoi ne pouvons-nous pas croire au même scénario avec Boni Yayi?

La révision de la Constitution de 1990 est certes, une nécessité pour des ajustements en conformité avec des conventions internationales. Certaines dispositions ont présenté leurs limites tel le délai entre les deux tours de l'élection présidentielle; le champs du recours par le Pt de la république à l'article 68; des désignations des membres à la cour constitutionnelle qui doivent désormais revêtir des critères plus pointus ; des pouvoirs de la Cour constitutionnelle elle-même et ces limites, la désignation des Présidents de certaines institutions (Haac, Cour suprême) etc.

Vue comme telle, cette révision à mon avis technique et utile peut se faire sans grand tapage et à l'unanimité; sans influencer outre mesure le fonctionnement des institutions de la république.

Par contre un bouleversement en profondeur de la constitution va nous éloigner de 1990 et en avant les dégâts. Le feuilleton du Sénégal n'est pas encore terminé et personne ne peut en prévoir l'issue. Le président Gbagbo après 10 ans de pouvoir accidentel a pensé qu'il était encore maître de la situation et la suite nous la connaissons.

Dans ces conditions, nous devons prendre au sérieux cette histoire de révision afin de ne pas finalement tuer notre démocratie qui, sérieusement a pris des coups de semonce depuis Mars 2011. L'expérience de la Lépi jusqu'à l'élection présidentielle du 13 Mars 2011 est encore fraîche dans nos mémoires. Pourtant cette Lépi était censée améliorer ce qui se faisait. Cela doit nous édifier.

La trop forte collusion entre le gouvernement et les Institutions de la république; l'acharnement du Pt de la République à n'instaurer que le monologue et tout régenter dans le pays etc. doivent nous éveiller à prendre des dispositions afin de prévenir toute dérive préjudiciable à notre démocratie par rapport à cette révision qui pointe au concept et objectif encore très flous. C'est possible que le Chef de l'État soit de bonne foi dans ces déclarations d'être à son dernier mandat; mais comme en Afrique les candidatures sont l'œuvre de marcheurs et autres pour les susciter, le dérapage est vite arrivé. D'ailleurs la crainte pour un piège est légitime car la proposition de révision actuelle fait trop l'affaire du Pt Yayi et de son camp.

La meilleure et la seule sécurité qui vaille aujourd'hui dans cette affaire de révision de la Constitution pour clarifier et baliser le terrain pour une révision à la mesure des attentes de la population, c'est d'inclure quelque soit la forme de la révision adoptée une clause qui dit: Tout président de la République ayant exercé deux (2) mandats depuis 1990 ne peut plus être candidat aux élections présidentielles.

En démocratie, il n'y a pas d'hommes indispensables mais des hommes utiles tapis dans le peuple qu'on découvre au fur et à mesure des échéances électorales comme ce fût le cas en 1991 pour le Pt Soglo, en 2006 pour le Pt Boni Yayi et il en sera ainsi pour les échéances à venir car la grandeur aujourd'hui consiste d'avantage à passer le témoin plutôt qu'à achever la course.